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Yassine El Yattioui : « Le Maroc veut offrir une CAN à la hauteur d’un Mondial»

À quelques mois de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, prévue au Maroc, les préparatifs s’intensifient. Le royaume chérifien mise sur cet événement pour consolider son image internationale et renforcer ses liens avec les pays africains, notamment le Sénégal, qui sera logé à Tanger. Pour faire le point sur les infrastructures, les enjeux diplomatiques, économiques et logistiques, nous avons interrogé Yassine El Yattioui, enseignant-chercheur à l’université Lumière Lyon II et spécialiste en diplomatie sportive.

Entretien.

Quel est l’état actuel des stades marocains sélectionnés pour accueillir les matchs de la CAN, en particulier ceux destinés au groupe du Sénégal ?

Le Maroc a entrepris un vaste programme de modernisation de ses infrastructures sportives en prévision de la CAN 2025. Six stades majeurs sont concernés : le Grand Stade de Tanger, le Complexe Mohammed V de Casablanca, le Complexe Sportif Prince Moulay Abdellah à Rabat, le Grand Stade d’Agadir, le Grand Stade de Marrakech et le Complexe sportif de Fès. Ces stades font l’objet de rénovations pour répondre aux normes de la Confédération africaine de football (CAF) d’ici 2025, avec un budget mobilisé d’environ 9,5 milliards de dirhams (environ 500 milliards FCFA) en partenariat avec la Caisse de dépôt et de gestion (CDG).

Le Grand Stade de Tanger, en particulier, est en cours de rénovation pour augmenter sa capacité d’accueil à 72 000 places, avec l’installation d’une structure de toit couvrant l’ensemble du stade, la rénovation de la pelouse et des espaces VIP. Ces travaux visent à offrir des conditions optimales pour les athlètes et les spectateurs, renforçant ainsi la position du Maroc en tant que modèle en matière d’infrastructures sportives en Afrique.

Quels sont les délais de livraison des travaux en cours ?

Les travaux sont en cours avec des délais de livraison échelonnés entre mars et août 2025. Par exemple, le Complexe Mohammed V de Casablanca a été fermé pendant 15 mois, d’octobre 2023 à mars 2025, pour des travaux de modernisation. Ces rénovations visent à rendre les enceintes sportives conformes aux normes de la CAF et de la FIFA.

Le Maroc a souvent été cité comme modèle en matière d’infrastructures sportives en Afrique. Selon vous, quels éléments le distinguent des autres pays du continent ?

Le Maroc se distingue par son engagement à moderniser ses infrastructures sportives pour répondre aux normes internationales les plus élevées. Le projet phare de cette initiative est la construction d’un nouveau stade à Benslimane, d’une capacité de 115 000 places, avec un budget alloué de 20 milliards de dirhams (1200 milliards FCFA environ). Cette ambition reflète la volonté du Maroc de renforcer sa position en tant que leader en matière d’infrastructures sportives en Afrique.

Quels hôtels et centres d’entraînement sont prévus pour l’équipe du Sénégal ?

Chaque équipe qualifiée disposera d’un camp de base combinant un hôtel haut de gamme et un terrain d’entraînement exclusif. Pour l’équipe du Sénégal, le camp de base sera situé à Tanger. Cette approche vise à offrir des conditions optimales pour la préparation et la performance des équipes participantes, avec des standards équivalents à ceux d’une Coupe du Monde ou d’un Euro. Les normes de qualité de la FIFA et de la CAF sont scrupuleusement respectées. Cela garantit des conditions optimales pour les équipes. D’ailleurs, le Maroc est devenu “the place to be” pour de nombreuses sélections africaines qui n’ont pas encore de stades conformes aux exigences de la FIFA.

Y a-t-il eu des consultations spécifiques avec les fédérations (comme celle du Sénégal) pour adapter les infrastructures à leurs besoins ?

Effectivement. Des consultations spécifiques ont été menées avec les fédérations, y compris celle du Sénégal, pour adapter les infrastructures à leurs besoins. Cela démontre l’engagement du Maroc à offrir une expérience de qualité à tous les participants de la CAN 2025.

La CAN 2025 s’inscrit-elle dans une stratégie plus large de diplomatie sportive du Maroc ?

Absolument. Cette CAN s’inscrit pleinement dans une stratégie de diplomatie sportive marocaine. En organisant des événements d’envergure, le pays renforce ses liens avec les pays d’Afrique subsaharienne tout en améliorant son image à l’échelle internationale. C’est une forme de soft power et de “Nation Branding”. Le Maroc considère, par exemple, le Sénégal comme un véritable “pays frère”. En accueillant des équipes africaines dans des conditions optimales, le Royaume cherche à consolider ses relations diplomatiques, politiques et économiques avec ses partenaires du continent.

En quoi la réussite logistique de cette CAN pourrait renforcer l’image du Maroc à l’échelle internationale ?

Une CAN bien organisée démontrerait que le Maroc est une destination fiable pour les événements mondiaux. Cela aura des retombées positives en termes de tourisme, d’investissements et de notoriété. Le Royaume se positionnerait ainsi comme un acteur central dans le sport africain et international.

Quel est l’impact attendu de la CAN 2025 sur le tourisme dans les villes hôtes, en particulier Tanger, où sera logée la sélection sénégalaise ?

L’impact sera significatif. À Tanger notamment, l’afflux de supporters et de visiteurs internationaux va dynamiser l’économie locale, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et des services. On parle ici d’une véritable économie du sport à l’échelle régionale.

Les autorités locales ont-elles mis en place des dispositifs particuliers pour accueillir les supporters étrangers ?

Oui, plusieurs dispositifs ont été mis en place. Les autorités ont initié des projets d’infrastructure pour améliorer les conditions d’accueil. Cela inclut la rénovation d’hôtels, l’extension des zones d’hébergement, et la création de centres d’information dans les aéroports. Le transport a également été renforcé avec des lignes de bus supplémentaires, la modernisation du réseau ferroviaire, et un système de bénévolat multilingue pour accompagner les supporters.

Quelles retombées économiques à court et long terme le Maroc espère-t-il tirer de cet événement ?

À court terme, les revenus proviendront principalement du tourisme, de l’hôtellerie, des transports et des ventes de billets. À long terme, la CAN devrait permettre une diversification de l’économie marocaine, stimuler l’emploi temporaire et attirer des investissements étrangers, notamment dans le tourisme durable et les infrastructures. Cela pourrait accroître le PIB national.

À quelques mois du coup d’envoi, quels sont les derniers ajustements en cours sur le plan logistique ?

Les derniers ajustements concernent l’achèvement des rénovations dans les stades, notamment les espaces VIP, les zones médias et les installations techniques comme l’Internet et les diffusions TV. Les autorités finalisent également les plans de transport et de sécurité, tout en formant les volontaires qui joueront un rôle crucial dans l’accueil des visiteurs.

Y-a-t-il des points de vigilance ou de tension identifiés à ce stade ?

À ce jour, aucun point de tension majeur n’a été signalé. Tanger est une ville sûre, véritable hub stratégique et économique du Royaume. Toutes les conditions sont réunies pour un bon déroulement de la compétition.

Quelles sont les garanties données par le Maroc pour assurer une CAN fluide, sécurisée et bien organisée ?

Le Maroc a mis en place un dispositif logistique et sécuritaire rigoureux. Un plan national de sécurité a été élaboré en collaboration avec la CAF. De plus, une application baptisée “Yalla” permettra aux visiteurs d’accéder à des informations en temps réel, avec un système d’assistance pour gérer les urgences.

Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial à Tanger.

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