Parcours d’un candidat I Me Moustapha Kamara : « Mes 3 chantiers prioritaires si je suis élu… »
Avocat, enseignant en droit du sport, président de club et fin connaisseur des réalités du football, Me Moustapha Kamara entre dans l’arène de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) avec une ambition assumée : incarner un changement profond dans la gouvernance du football national. Issu de Tambacounda, il porte une vision inclusive, réformatrice et structurée pour un football sénégalais plus équitable, plus transparent, et surtout, plus en phase avec les défis contemporains. Dans cet entretien, il détaille son parcours, ses convictions et les grands axes de son programme, affirmant son désir de rompre avec les logiques figées pour donner un souffle nouveau à une discipline en quête de réforme.
Entretien.
Me Moustapha Kamara, vous êtes avocat, homme de terrain et président de club. Qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à briguer la présidence de la FSF ?
Me Moustapha Kamara : Je me présente à la présidence de la FSF avec une conviction profonde : le football peut être un véritable levier de transformation sociale et économique au Sénégal. En tant qu’avocat, professeur en droit du sport et président de club, j’ai pu observer les limites actuelles du système. Aujourd’hui, nous devons dépasser la simple gestion du quotidien pour proposer une vision structurante, inclusive et ambitieuse à horizon 2030. Ce que je défends, c’est une Fédération plus transparente, plus proche des réalités de terrain et tournée vers l’avenir.
En quoi votre origine de Tambacounda, souvent en marge des grandes décisions sportives, façonne-t-elle votre vision du football national ?
Me Moustapha Kamara : Être né à Tambacounda, c’est grandir avec la conscience que le football ne doit pas être confisqué par un centre. Trop souvent, les régions (autres que la capitale Dakar) vivent en périphérie des grandes décisions. Mon engagement repose sur une conviction forte : aucun territoire ne doit être oublié. Mon programme prévoit un accès équitable aux formations, aux infrastructures et aux compétitions. Je veux que demain, un jeune de Bakel ou de Matam ait les mêmes chances qu’un jeune de Dakar ou Thiès.
On vous présente comme un homme de convictions. Mais certains disent aussi que vous manquez de réseau au Sénégal. Comment comptez-vous convaincre au-delà de votre base régionale ?
Me Moustapha Kamara : Ce procès en isolement est infondé. Je suis enraciné à Tambacounda, mais mon engagement dépasse les frontières régionales… et même nationales. J’ai construit un réseau solide au Sénégal comme à l’international, en lien avec les grandes institutions sportives, les clubs professionnels, les fédérations, les syndicats et les organisations internationales. Mon expertise est reconnue au-delà de Dakar, et les dernières actualités l’ont encore démontré. Je dialogue aujourd’hui avec toutes les ligues et tous les clubs, petits ou grands, pour leur proposer un projet ambitieux, fédérateur et transparent. Ce projet ne s’adresse pas à une région, mais à toute une nation.
Quel est selon vous le plus grand échec de la FSF actuelle ?
L’un des plus grands échecs, c’est l’absence de vision partagée et de stratégie à long terme. On gère en pompier, sans planification. Résultat : les clubs professionnels souffrent, les violences s’accentuent, et les talents se perdent faute de structure. Nous avons besoin d’un projet collectif, porté par tous les acteurs, et d’une gouvernance qui rende des comptes.
Beaucoup de voix s’élèvent contre un système verrouillé. Faut-il changer les hommes ou le système ?
Il faut changer le système. Changer les visages ne sert à rien si les règles du jeu ne changent pas. Mon projet propose une séparation claire entre les fonctions électives et administratives, la digitalisation des processus, et la création de directions thématiques (football féminin, formation, sécurité). Nous devons institutionnaliser la transparence.
L’équipe nationale A est performante, mais le football local est en crise de gouvernance et de violence. Quelle est votre analyse ?
Le succès de l’équipe A masque des dysfonctionnements profonds. Il y a une crise de confiance entre les clubs, les arbitres, les supporters et la Fédération. La violence est le symptôme d’un manque de cadre, d’éducation et de dialogue. Il faut remettre de l’éthique, de la sécurité et de la pédagogie à tous les niveaux. Je propose notamment un plan national de secourisme et une charte d’éthique obligatoire pour les acteurs.
Quels seraient vos trois chantiers prioritaires si vous êtes élu ?
- Réforme de la gouvernance : digitalisation, transparence, séparation des fonctions.
- Développement des infrastructures : audit national, plan quadriennal, garantie bancaire pour l’équipement des clubs.
- Formation à tous les niveaux : joueurs, éducateurs, arbitres, dirigeants. L’éducation est la clé.
Allez-vous remettre à plat la gouvernance des ligues régionales, souvent jugée opaque ?
Absolument. Les ligues régionales doivent être des relais dynamiques et transparents, pas des fiefs. Nous proposerons des critères objectifs d’évaluation, des audits réguliers et une révision de leur fonctionnement. La base mérite plus de considération et de moyens.
Quelle place accorderez-vous au football féminin, dont les élections viennent encore d’être suspendues ?
Le football féminin ne sera pas un simple volet, mais un pilier. Nous garantirons son autonomie, sa promotion, et sa professionnalisation. Le report des élections est symptomatique d’un manque de volonté politique. Ce temps-là est révolu.
Votre projet comporte-t-il un plan structurant pour les clubs professionnels, souvent en difficulté financière ?
Oui. Nous allons mettre en place un mécanisme de garantie bancaire pour les clubs de L1, L2, N1 et N2, afin qu’ils puissent s’équiper dignement (bus, matériel, infrastructures). Nous favoriserons aussi les partenariats public-privé, et structurerons un modèle économique plus viable autour des clubs.
Beaucoup de vos adversaires parlent de développement des infrastructures. En quoi votre vision est différente ?
Je ne parle pas seulement d’infrastructures. Je parle d’un écosystème. Chaque infrastructure doit être pensée avec un modèle économique, une utilité sociale, une accessibilité pour les jeunes et les femmes. C’est un plan global : audit, financement, entretien, usage. Pas des annonces, des solutions.
Avez-vous reçu le soutien de certaines ligues ou présidents de clubs ? Ou comptez-vous faire campagne seul, sans compromis ?
Des soutiens existent, bien sûr, mais je ne suis pas dans la logique du marchandage. Mon ambition est de convaincre par le fond, pas par des arrangements. Mon équipe est composée de personnes engagées et compétentes. L’intérêt du football doit toujours primer sur les calculs d’appareil.
On vous dit proche de certains acteurs influents du foot amateur. Est-ce un atout ou un risque dans cette élection ?
C’est un atout. Le football amateur, c’est l’âme de notre sport. C’est là que tout commence. Ma proximité avec les éducateurs, les petits clubs, les territoires, me donne une lecture fine des réalités. Et je les valoriserai à la hauteur de leur engagement.
Avec les enjeux autour des paris sportifs, des soupçons de corruption et de conflits d’intérêts, quelles réformes éthiques proposez-vous ?
Je propose un comité d’éthique indépendant, doté de moyens d’enquête, un registre public des conflits d’intérêts, et une obligation de transparence sur les revenus liés aux partenariats et transferts. Les agents devront être enregistrés et formés, les mandats déclarés, et les joueurs protégés, notamment les mineurs.
Pensez-vous que le mode de scrutin actuel permet un choix juste et représentatif ?
Le mode actuel est trop restrictif et ne reflète pas la diversité des acteurs du football. Il faut ouvrir la représentativité à plus de composantes : éducateurs, arbitres, joueurs retraités, femmes, etc. Une réforme statutaire est indispensable pour démocratiser la gouvernance.
Votre candidature est souvent qualifiée d’« alternative ». Vous sentez-vous marginal ou novateur ?
Je suis un homme libre. Pas marginal, mais novateur, oui. Mon parcours parle pour moi : avocat reconnu en droit du sport, professeur, auteur, président de club, et homme de terrain engagé depuis toujours dans la réalité du football sénégalais. J’ai une vision claire, bâtie sur l’expertise et l’action concrète. Ce que je propose, ce n’est pas une candidature marginale, c’est une alternative crédible, structurée, ambitieuse. Nous avons besoin d’un renouveau, mais un renouveau compétent. Je suis prêt à incarner ce changement avec rigueur et modernité. Le football sénégalais mérite aujourd’hui un souffle nouveau, et je suis prêt à l’incarner avec rigueur et courage.
En cas de défaite, continuerez-vous à militer pour la réforme de la FSF, ou est-ce un engagement conditionné à votre élection ?
Mon engagement dépasse l’élection. J’ai toujours servi le sport, je continuerai à le faire. Mais si je suis candidat, c’est parce que je crois que la transformation passe aujourd’hui par une responsabilité politique à la tête de la FSF.
Que diriez-vous aux clubs et électeurs qui hésitent encore à vous suivre ?
Je leur dis ceci : notre football a besoin de vous. Il est temps de rompre avec les logiques anciennes. Mon projet est pour vous, avec vous. Ensemble, écrivons une nouvelle page du football sénégalais. Un football plus juste, plus transparent, plus ambitieux. Le football pour tous n’est pas un slogan. C’est une promesse.
Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ





