Serigne Moctar Koita : « Gorée, c’est mon cœur. Le Jaraaf, c’est mon combat »
Double champion du Sénégal avec deux clubs différents, le milieu relayeur du Jaraaf a été un artisan du sacre 2024/2025. Entre humilité, lucidité et attachement à ses racines, il revient sur une saison (presque) aboutie, marquée par des performances notables, notamment en fin de saison… et un duel chargé d’émotions contre Gorée, l’équipe de son ile natale. Entretien avec un homme de peu de mots, mais de grands actes.
Que représente ce deuxième titre de champion d’affilée pour vous ?
Serigne Moctar Koita : Il représente énormément pour moi. Sur le plan personnel, c’est une fierté, un aboutissement. Et sportivement, c’est la preuve que le travail, la rigueur et la foi finissent toujours par payer. Gagner avec deux clubs différents, c’est une confirmation, pas un hasard.
Revenons justement sur vos deux sacres. Quelles sont les grandes différences entre les deux saisons ? Et lequel a été le plus difficile à décrocher ?
Serigne Moctar Koita : Chaque saison a ses réalités, mais cette année avec le Jaraaf, c’était plus intense. La pression, les attentes… tout était plus fort. Mon premier titre avec Teungueth m’a beaucoup appris, mais celui-ci a été plus difficile à aller chercher. C’est aussi pour ça qu’il a une saveur particulière.
Une course au titre face à Gorée, le club de votre île natale. Qu’avez-vous ressenti ?
Franchement, jouer le titre contre Gorée, c’était très fort. C’est chez moi, j’y habite, c’est ma famille, mon quotidien. Mais sur le terrain, j’étais avec le Jaraaf, et j’ai tout donné pour mon club. C’était un mélange d’émotion et de fierté. J’ai fait mon travail avec respect, sans jamais oublier d’où je viens. Gorée, c’est mon cœur. Le Jaraaf, c’est mon combat.
Beaucoup disent que vous étiez le chaînon manquant du Jaraaf qui a lutté pour le titre la saison passée. Vous validez ?
Je ne dirais pas que j’étais le chaînon manquant, mais j’ai essayé d’apporter ma touche, mon expérience, mon énergie. Le Jaraaf avait déjà de très bons joueurs. Moi, je suis juste venu compléter une équipe qui avait faim de titre.
Vous étiez peut-être le profil idéal pour aller chercher un championnat ?
Pour moi le profil idéal, c’est un mélange : de la discipline, un mental solide et un vrai collectif. Le joueur idéal, c’est celui qui sait s’effacer pour le groupe, qui joue avec le cœur mais aussi avec la tête. Un leader, ce n’est pas forcément celui qui crie, c’est celui qui montre l’exemple.
Vous avez déjà remporté le CHAN avec Pape Thiaw. Un doublé est-il envisageable ?
Inchallah ! Gagner le CHAN avec Pape Thiaw a été un moment fort. Si on peut enchaîner avec un deuxième, ce serait historique. On y croit, on travaille pour. Le coach connaît bien le groupe, il sait comment nous motiver.
Vous êtes passé du statut d’espoir à celui de leader. Qu’est-ce qui a changé ?
J’ai grandi. J’ai compris que le talent seul ne suffit pas. Il faut du travail, de la patience, de l’humilité. J’ai aussi été bien entouré, j’ai appris de chaque coach, de chaque coéquipier. Aujourd’hui, je suis plus posé, plus mature.
Vous avez marqué deux buts décisifs lors des deux dernières journées. Peut-on dire que vous avez été l’homme du sprint final ?
Ce sont des moments forts, oui. J’ai répondu présent quand l’équipe en avait besoin. Mais je ne dirais pas que j’ai été l’homme du sprint final. On l’a fait ensemble. Chaque joueur a apporté sa pierre.
On entend parfois que vous êtes sous-coté par le public, mais très estimé par les coachs…
Je pense que le public aime les profils spectaculaires. Moi, je suis plus discret, mais efficace. Les coachs voient ce qu’il y a derrière : le travail, les courses, l’équilibre tactique. Et ça, c’est ce qui fait souvent la différence dans une équipe.
Quel regard portez-vous sur votre saison avec le Jaraaf ?
C’est une belle saison, Al Hamdoulilah. Collectivement, on a été solides, réguliers, et on a mérité ce titre. Personnellement, j’ai su être constant, décisif à des moments clés, et je suis heureux de ce que j’ai apporté au groupe.
Vous sentez-vous prêt pour l’étranger ?
Je me sens prêt. Mentalement, techniquement, physiquement. Si une opportunité se présente à l’étranger, je suis ouvert. Mais je ne suis pas pressé. Ce qui compte, c’est le bon projet, au bon moment.
Vous avez connu trois clubs : Gorée, Teungueth et Jaraaf. Qu’en retenez-vous ?
Gorée, c’est la passion brute, l’amour du maillot. Teungueth, c’est la discipline, l’organisation. Et le Jaraaf, c’est la tradition, le prestige, la pression aussi. Chaque club m’a appris quelque chose et m’a permis de progresser.
Un mot sur votre parcours scolaire ?
J’ai étudié jusqu’en 5e secondaire, au Collège Africain, dans un programme sport-études. C’était une bonne opportunité : je pouvais suivre les cours tout en me formant au football. Mais avec le temps, ma carrière a pris de l’ampleur, et j’ai dû faire un choix. J’ai arrêté l’école pour me consacrer à 100 % au foot. Ce n’était pas facile, mais je savais ce que je voulais. Et même si j’ai quitté l’école tôt, j’ai toujours continué à apprendre – sur le terrain, dans la vie, auprès des gens autour de moi.
Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ






