Papa Moussa Ba « Quand le club vacille, c’est tout Pikine qui souffre »
Chargé de la communication du Comité des supporters de l’AS Pikine, Papa Moussa Ba incarne la passion et la ferveur d’un public fidèle, exigeant et profondément attaché à son club. Dans cet entretien sans détour, il revient sur l’amour viscéral des Pikinois pour leurs couleurs, les défis vécus la saison passée, les tensions internes, mais aussi l’espoir d’une reconstruction durable autour des valeurs historiques du club rouge et vert.
Papa Moussa, comment est née votre passion pour l’AS Pikine ?
Je suis devenu supporter de l’AS Pikine naturellement, comme beaucoup de jeunes de la ville. C’est un héritage affectif, familial, mais surtout territorial. Ce club est l’âme de Pikine.
Que représente l’AS Pikine pour les habitants de la ville ?
L’AS Pikine représente plus qu’un club pour ses habitants : c’est une identité, un symbole de résistance sociale et de dignité.
« Les supporters ne sont pas que des spectateurs. Ils sont des acteurs clés de la vie du club, avec une participation financière directe de plus de 40 millions de francs CFA par an via la billetterie ».
On parle souvent de “l’esprit de Pikine”, ce côté combatif et populaire. Le ressentez-vous ?
Oui, nous vivons cette image de “banlieue combative” avec fierté. C’est dans l’ADN du club, dans notre manière de supporter : bruyante, fidèle, engagée.
Les supporters pikinois sont réputés parmi les plus actifs du pays. Quel est leur véritable rôle dans la vie du club ?
Les supporters ne sont pas que des spectateurs. Ils sont des acteurs clés de la vie du club, avec une participation financière directe de plus de 40 millions de francs CFA par an via la billetterie. Ils organisent des animations, soutiennent la mobilisation et portent le club dans les moments difficiles. Ils sont le deuxième bailleur du club, derrière la mairie.
Comment analysez-vous la dernière saison, conclue à une 9ᵉ place décevante ?
La 9e place obtenue est clairement en deçà des attentes du public pikinois. Cette saison compliquée s’explique en grande partie par un début chaotique marqué par le limogeage très précoce de l’entraîneur Senghor, dès la 2e journée, ce qui a créé une instabilité dès les premières semaines. Il a fallu du temps pour que les choses se réorganisent. C’est véritablement à la deuxième partie de saison que la patte de Lamine Diagne a commencé à se faire sentir, avec une meilleure assise tactique, plus d’envie dans le jeu, et des résultats plus constants. Malheureusement, le retard accumulé au début de saison n’a pas permis d’espérer mieux qu’un maintien.
Quels ont été, selon vous, les principaux dysfonctionnements du club ?
Plusieurs facteurs ont contribué : un management parfois confus, une communication interne déficiente et un manque d’alignement entre les différentes strates du club.
Comment les supporters ont-ils vécu cette période difficile ?
Les supporters l’ont très mal vécu. Nous sommes passionnés, et quand le club vacille, c’est tout Pikine qui souffre.
Certains évoquent une fracture entre la direction et les supporters…
Il y a eu une tension, oui. Pas une rupture totale, mais une fracture alimentée par le manque de transparence et d’écoute.
La situation du président qui est actuellement hors du pays a certainement été une des raisons. Comment cela a-t-il été perçu du côté des supporters ?
Ça a jeté un flou sur la stabilité du club. En tant que supporters, nous ne souhaitons pas commenter la situation actuelle du président.
Des plaintes auraient été déposées contre certains supporters. Est-ce vrai ?
Oui, il y a eu des plaintes contre des supporters simplement pour avoir demandé des comptes et plus de transparence. C’est regrettable.
Cela a-t-il affecté l’unité au sein du mouvement des supporters ?
Ces tensions ont blessé l’unité. L’ambiance s’en est ressentie, surtout avec le mot d’ordre de boycott lancé par le Comité des Supporters.
« La direction doit retisser la confiance avec une gouvernance claire, des bilans publics et une meilleure communication ».
Le dialogue reste-t-il possible avec la direction actuelle ?
Oui, le dialogue reste possible. Et même essentiel. Mais il doit être basé sur le respect mutuel, pas sur la menace ou l’intimidation.
Certains dirigeants reprochent aux supporters d’avoir parfois dépassé les limites. Que leur répondez-vous ?
Il peut y avoir eu des excès, mais il faut comprendre la frustration. Quand un public qui injecte des millions par an dans la billetterie demande des comptes, il mérite des réponses, pas des plaintes.
Comment restaurer la confiance entre la direction et les supporters ?
La direction doit retisser la confiance avec une gouvernance claire, des bilans publics et une meilleure communication.
Les supporters sont-ils prêts à tourner la page ?
Oui. Nous avons montré notre maturité lors des dernières rencontres avec les dirigeants. Les valeurs de l’AS Pikine vivent toujours, mais elles ont besoin d’être ravivées par des actes concrets, pas seulement des slogans.
Qu’attendez-vous de la saison à venir ?
Nous espérons une saison apaisée, un club stable et compétitif, et surtout une AS Pikine unie.

Pape Moussa Ba, supporter AS Pikine
Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse pikinoise ?
À la jeunesse, nous disons : ne perdez pas espoir. L’AS Pikine est une institution qui a besoin de vous, de votre engagement et de votre énergie.
« C’est dans la constance, la transparence et l’engagement collectif que l’AS Pikine pourra redevenir le géant respecté qu’il était en 2014. »
Si vous aviez un message à adresser au président Modou Fall ?
Je lui dirais : écoutez votre base. Elle vous a porté, elle mérite d’être considérée.
Enfin, comment voyez-vous la reconstruction du club dans les prochaines années ?
Pour que l’AS Pikine retrouve sa grandeur de 2014, le club doit redevenir une famille unie autour d’un objectif commun, comme ce fut le cas lors de cette saison historique. Cela passe d’abord par l’unité de tous les acteurs : dirigeants, staff, joueurs, supporters et partenaires. Sans cohésion, il est impossible d’atteindre les sommets.
Ensuite, il est impératif d’installer une stabilité au niveau du staff technique, en évitant les changements précipités. Il faut faire confiance à un entraîneur, lui laisser le temps de bâtir une équipe compétitive et cohérente autour d’un projet sportif clair, ambitieux et durable.
Cette reconstruction doit également reposer sur la formation des jeunes, une politique de recrutement ciblée, une bonne gestion administrative et une communication moderne.
C’est dans la constance, la transparence et l’engagement collectif que l’AS Pikine pourra redevenir le géant respecté qu’il était en 2014.
Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ
FICHE CLUB : AS PIKINE
- Nom complet : Association Sportive de Pikine
- Surnom : Les Vert et Rouge / Les Banlieusards
- Fondation : 1970 (issue de la fusion de plusieurs clubs du département de Pikine)
- Siège : Stade Alassane Djigo, Pikine
- Couleurs : Rouge et Vert
- Président : Mamadou Guèye
- Entraîneur : Massamba Cissé
Palmarès
- Coupe de la Ligue : 2011
- Ligue 1 : 2014
- Coupe du Sénégal : 2014
Saison 2024-2025
- Classement : 9e avec 39 points
- Stats clés : 9 victoires, 12 nuls, 9 défaites







