Entretien I Massaer Dieng décrypte l’art du dribble et les exigences du numéro 10
Meneur de jeu d’Ajel de Rufisque, Massaer Dieng parle sans détour de son rôle dans l’équipe, de la disparition progressive du “vrai 10” et de l’évolution du football moderne vers plus d’intensité. Entre amour du dribble, rigueur collective et rêves d’ailleurs, le milieu rufisquois se confie avant le choc contre l’AS Pikine.
Massaer, comment avez-vous vécu ce match nul (1-1) d’Ajel face à la Sonacos pour l’ouverture de la saison ?
C’était un peu difficile, car on avait en face une équipe solide. En plus, nous avions beaucoup d’absents, ce qui a complètement bouleversé nos plans. On s’était bien préparés, mais au dernier moment certains joueurs se sont blessés et d’autres sont tombés malades, moi y compris. Malgré tout, les gars ont bien géré le match jusqu’à la dernière minute. Sonacos a obtenu un penalty et a égalisé. Au vu des circonstances, c’est quand même un bon point pris à l’extérieur.
Après la cinquième place historique de la saison passée, quels sont les objectifs d’Ajel pour ce nouvel exercice ?
Quand on connaît Ajel, on sait que c’est un club ambitieux. L’an dernier, comme c’était notre première saison dans l’élite, l’objectif était surtout le maintien. Mais cette année, on vise clairement le titre. Le président a fait beaucoup d’efforts pour renforcer l’équipe, et le coach Tabane ne joue pas pour le podium : il joue pour le sacre. On a un bon groupe, de très bons joueurs, et on sait qu’on peut le faire. On est tous motivés pour aller chercher le championnat.
Ce samedi, vous recevez l’AS Pikine à Rufisque. Comment préparez-vous ce choc ?
Ce ne sera pas un match facile. Pikine est une grande équipe, avec des supporters passionnés et exigeants. On prépare cette rencontre comme toutes les autres, avec sérieux. Tous les matchs seront difficiles, car désormais Ajel est attendu. L’an dernier, on avait fait match nul à l’aller et on les avait battus au retour. Ce sera donc un beau duel. On sort d’un nul contre la Sonacos (1-0), Pikine aussi a été accroché par Ouakam (0-0), donc chacun voudra lancer sa saison. On cherchera les trois points à domicile.
Ensuite, vous affrontez le Jaraaf et le Casa Sports. Lequel de ces matchs est le plus excitant à jouer ?
Tous les matchs sont importants. On les aborde un par un. On ira au Jaraaf pour essayer de prendre les trois points, avant de recevoir le Casa Sports. Ce sont des adversaires difficiles, mais c’est ça le haut niveau. À nous de bien négocier ce début de saison pour engranger un maximum de points.
Vous êtes considéré comme un vrai meneur de jeu. Comment définissez-vous ce rôle dans une équipe moderne ?
C’est un rôle important et valorisant. Je suis dans de très bonnes conditions et le coach, comme mes coéquipiers, me mettent en confiance. L’équipe a besoin de moi dans l’organisation du jeu, et ça me motive. L’année dernière, j’ai eu quelques blessures et petits soucis, mais mes coéquipiers ont fait le travail. Dans une équipe, tout se fait collectivement, et c’est ce qui facilite le jeu et la fluidité.
Quelles sont, selon vous, les qualités essentielles d’un bon meneur de jeu ?
Il doit savoir organiser le jeu, distribuer les passes, pousser ses coéquipiers à aller de l’avant et participer aux buts. Le meneur de jeu, c’est un peu le cerveau de l’équipe : s’il est bon, l’équipe tourne bien. Il faut beaucoup de concentration, savoir quand jouer simple et quand prendre ses responsabilités. C’est un poste exigeant, mais passionnant.
On vous présente aussi comme l’un des meilleurs dribbleurs du championnat. D’où vient cette facilité à éliminer vos adversaires ?
C’est quelque chose de naturel chez moi. Depuis tout petit, je travaille le dribble. Neymar est mon idole : je regardais ses matchs, j’essayais de reproduire ses gestes. Même si je suis milieu de terrain, ma technique me permet de jouer sur les côtés, d’éliminer, de créer des occasions ou de marquer. C’est une arme que j’utilise pour aider l’équipe.
Beaucoup estiment que le “vrai numéro 10” a disparu du football moderne. Partagez-vous cet avis ?
Oui, je partage cet avis. Aujourd’hui, même les numéros 6 sont des 10. Tout le monde sait jouer, marquer, défendre. Avant, les meneurs restaient souvent dans leur zone pour distribuer, sans trop courir. Maintenant, le jeu a changé : il n’y a plus vraiment de postes fixes. Les joueurs sont devenus à la fois techniques et athlétiques.
Selon vous, qu’est-ce qui a provoqué cette évolution : les systèmes tactiques ou l’exigence physique ?
Je pense que ce sont surtout les systèmes tactiques. Prenons notre équipe, Ajel : on est très physiques, très athlétiques, et c’est une exigence du coach Tabane. Avant, je ne courais pas autant, mais ici, il m’a demandé de défendre, de presser, de couper les lignes de passe et ensuite de créer. Même contre les grandes équipes, c’est notre point fort. Je me souviens que Malick Daf l’avait reconnu après notre match retour contre le Jaraaf l’an dernier.
Le football d’aujourd’hui est de plus en plus athlétique. Comment un meneur comme vous s’adapte-t-il ?
Tout passe par le travail à l’entraînement. Le football a évolué : il faut courir, défendre, se replacer, mais aussi savoir créer. On regarde les grands championnats, les grands joueurs. On apprend d’eux, surtout de ceux qui jouent à ton poste. C’est une source d’inspiration pour progresser.
Certains disent que les meneurs doivent désormais “courir avant de créer”. Cela ne tue-t-il pas la créativité du poste ?
Pas vraiment. Le milieu offensif doit savoir tout faire : organiser, distribuer, comprendre le jeu, mais aussi défendre. Si tu ne cours pas, ton équipe se déséquilibre. La course ne tue pas la créativité, elle la rend plus utile au collectif.
Quels sont les meneurs de jeu, au Sénégal ou à l’étranger, qui vous ont inspiré ?
Au Sénégal, je dirais Ousseynou Fall Seck, mon ancien coéquipier à Ajel, qui évolue maintenant au Danemark. Ses passes, sa sérénité et sa vision du jeu faisaient du bien à l’équipe. Il va beaucoup nous manquer. À l’étranger, c’est Iniesta. Son jeu était simple, intelligent, créatif. Sa vision, ses contrôles, ses combinaisons… il représentait l’essence même du meneur de jeu.
Et aujourd’hui, quels créateurs admirez-vous le plus dans le football mondial ?
J’aime beaucoup Pedri. C’est un jeune joueur très discret, mais très professionnel. Il a une excellente vision, une grande intelligence de jeu, surtout dans les petits espaces. Et comme moi, il s’inspire d’Iniesta. J’aime aussi Vitinha, parce que je supporte le PSG, mais surtout parce que c’est un joueur complet et collectif, qui a beaucoup progressé en peu de temps.
Vous avez effectué des essais en Norvège. Que retenez-vous de cette expérience ?
Oui, j’ai eu cette opportunité, mais ça ne s’est pas passé comme prévu. On a fait notre travail, mais Dieu en a décidé autrement. C’est comme ça, ça arrive. Ce n’est pas la fin du monde. Maintenant, je suis concentré sur le championnat en attendant une autre opportunité.
Pensez-vous qu’une nouvelle opportunité à l’étranger pourrait se présenter bientôt ?
Oui, pourquoi pas. L’essentiel, c’est de continuer à travailler et à bien jouer. Les opportunités viendront naturellement, peut-être dès le mercato de janvier, on ne sait jamais.
Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux supporters de Rufisque avant le match contre l’AS Pikine ?
Je dis non à la violence. On voit trop de débordements dans notre championnat, et ça fait mal. Le football doit rester une fête. On peut supporter des équipes différentes, mais à la fin, on est tous Sénégalais. Le trophée ne sortira pas du pays. J’appelle tous les supporters à venir encourager dans le fair-play. C’est ça, le vrai esprit du sport.

Entretien réalisé par Ndèye CAMARA






