Béye à l’Om, quand la théorie se heurte à la pratique
Il en a rêvé, mais le mandat de Béye à l’Om pourrait tourner au cauchemar. Entre résultats décevants, tactiques défaillantes et gestion problématique, l’entraineur sénégalais semble avoir perdu tout contrôle dans un club où la tension n’est jamais loin.
Résultats en dents de scie
Habib Béye a disputé 9 matches toutes compétitions confondues avec l’Om depuis sa venue en Février dont 8 en championnat. Pour un bilan plus que mitigé, 4 victoires, 4 défaites et une élimination en Coupe de France face à Toulouse aux tirs au but.
A son arrivée, Marseille était 4e de Ligue 1 avec 5 points de retard sur Lyon, mais 3 points d’avance sur Lille, Rennes et 6 sur Monaco.
Aujourd’hui, le club phocéen est sorti du top 4 pointant à la 6e place avec deux points de retard sur Lyon et Lille et un point de moins que Rennes. Marseille ne devance qu’un concurrent, Monaco en l’occurrence avec seulement un point d’avance.
Pire, Marseille est 11e du classement sur la période des 8 matches disputés par Habib Béye.
Autre stat peu flatteuse, Béye fait les pires débuts d’un coach à Marseille sur les 20 dernières années.
Des choix tactiques défaillants
Quand Habib Béye remplace De Zerbi sur le banc olympien, il opte pour une stabilité tactique dissemblable de son prédécesseur. Il dispute ses premiers matches avec un système en 4-3-3, prônant un jeu plus direct fait de transitions rapides en haute intensité, là où De zerbi prônait un jeu de possession et de position. Sauf que Béye est aussi un adepte des systèmes hybrides, et a évolué tactiquement sur ses 4 dernières sorties avec un 3-4-2-1 qui se transforme en 4-2-3-1 selon que l’équipe a le ballon ou non, variant donc selon les positions des pistons (Weah qui retrouve son poste de latéral droit et Paixao qui monte d’un cran en tant qu’ailier gauche).
En conférence de presse d’avant match contre Lorient, Beye a été invité à définir sa philosophie de jeu : « Pour moi il est important d’avoir une équipe protagoniste, c’est-à-dire dans cette volonté d’aller chercher haut l’adversaire et de presser. Je veux une équipe qui avance quitte à se déstructurer » a-t-il avancé.
Beye a même pris en exemple le match retour de quart de finale de Ligue des Champions entre le Bayern Munich et le Réal Madrid (4-3), pour expliquer sa théorie avançant que le football moderne se dirigeait vers ce jeu où les équipes cherchent à déstructurer l’adversaire pour profiter des espaces.
On le sait, Beye est un excellent théoricien du football. Ce n’est pas pour rien qu’il était considéré comme un des meilleurs consultants du PAF (Paysage Audiovisuel Français).
La pratique, par contre, semble encore un obstacle pour l’ancien coach du Stade Rennais. Depuis sa venue à Marseille, On a seulement entraperçu cette patte Beye sur 3 matches, les victoires contre Lyon (3-2) et Toulouse (1-0) et la défaite face à Monaco (2-1). Des matches où Marseille a eu le contrôle du jeu, déséquilibrant son adversaire pour profiter des espaces et se créer des occasions.
Le reste, c’est plutôt un visage de l’Om fébrile, sans agressivité dans le pressing, dépassé dans le contre pressing, sans idées dans ses phases de possession, hormis les accélérations d’un Greenwood, Paixao ou Timber. Trop insuffisant pour une équipe qui prétend à se qualifier pour la Ligue des champions.
On peut même remonter à son passage à Rennes pour s’apercevoir que les préceptes de Béye sont à l’opposé des idées qu’il théorise, son équipe ayant du mal intégrer sa philosophie de jeu.
Gestion des joueurs et communication déficientes
Entrainer une équipe ne se limite pas seulement à parler tactique, malheureusement. Le management et la gestion des hommes est tout aussi importante, sinon même plus. Et Beye semble encore avoir un déficit dans ce domaine. Les bruits de couloir à Marseille font état aujourd’hui d’un vestiaire qui n’est plus à l’écoute de son coach.
Juste avant son départ de Rennes, il a eu un clash avec le capitaine et gardien Brice Samba. Des tensions qui ne sont pas nouvelles dans les vestiaires, mais qui renseignent aussi sur les méthodes de Beye qui ne seraient pas toujours efficientes.
Aujourd’hui, à Marseille, il lui est reproché la gestion des cadres qui ne sont pas performants. Le capitaine Hojberg par exemple erre sur le terrain et est en dessous de ses standards, alors que des joueurs comme Nadir, Vermereen ou N’dadi sont peu utilisés. Aubameyang montre qu’il n’est plus capable de tenir 90 minutes et n’a marqué que 2 buts depuis l’ère Beye (doublé face à Lyon), et pourtant il est titulaire et dispute la quasi-totalité des matches.
Dans ce genre de situations, il est attendu d’un coach qu’il challenge ses joueurs en faisant des choix forts en stimulant la concurrence.
Au-delà de la gestion des joueurs, Beye est tancé sur sa communication. La qualification en Ligue des Champions étant serrée en Ligue 1 avec 5 équipes qui se tiennent en 4 points, les équipes entrent et sortent du top 4 selon les performances. Béye a beaucoup avancé l’argument du classement depuis sa venue « Quand je suis arrivé, on avait 5 points de retard sur Lyon, aujourd’hui on est devant eux et on est 3e », répondait-il quand il était critiqué.
Aujourd’hui, l’Om est 6e, avec deux points de retard sur Lyon. L’argument donc ne tient plus.
Et au jeu des comparaisons, celle avec son homologue Franck Haise qui l’a remplacé à Rennes est troublant. 8 matches, 6 victoires, un nul et une défaite…et un point d’avance sur Marseille.
L’Om est donc en eaux troubles et cherche par tous les moyens à regagner la rive. Beye en capitaine de barque doit redresser la barre pour atteindre l’objectif de la qualification en Ligue des Champions. Son avenir dans son club de rêve en dépend.






