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Moussa Ndiaye : « Nous, on ne lâchait rien, mais cette génération a plus de qualité à tous les niveaux »

La prochaine Coupe du monde de football se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le Sénégal est logé dans le groupe I en compagnie de la France, de la Norvège et de l’Irak. Titulaire lors du premier match du Sénégal en Coupe du monde en 2002 face à la France, Moussa Ndiaye ouvre la boîte à souvenirs. L’ancien Lion revient aussi sur l’évolution du football sénégalais et donne son avis sur Aliou Cissé et Pape Thiaw, deux anciens coéquipiers devenus sélectionneurs vainqueurs de la CAN.

Moussa Ndiaye, comment se passe votre quotidien ?

Je vais bien. Je suis dans mon coin, au travail, avec le projet du Jolof Olympique Club (D3 Sénégal) qui me tient à cœur. J’en suis l’entraîneur principal depuis 2020. Ça se passe bien et nous travaillons tous les jours pour faire avancer ce projet.

Vous avez choisi de rester dans le milieu du football après votre carrière. Qu’est-ce qui explique ce choix ?

Je suis un passionné de football. J’aime ce sport, donc je suis resté dans ce que j’aime le plus. Je me suis préparé à cette reconversion et je m’y sens bien. Donc ce n’était pas compliqué.

« L’objectif était surtout de freiner Bixente Lizarazu. Il fallait fermer le côté gauche de la France et empêcher les débordements. Il ne fallait pas perdre sa concentration, même une minute. Bruno Metsu insistait énormément là-dessus »

La Coupe du monde approche à grands pas. Vous avez eu la chance de la disputer en 2002. Comment prépare-t-on une telle compétition ?

Écoutez, c’est le plus haut niveau. La Coupe du monde, c’est le rêve ultime de tout joueur. Il y a de l’excitation, de l’envie. Les jours sont comptés. Le joueur prie surtout pour y être sans blessure. C’est la fête du football, une compétition où tu retrouves les meilleurs. C’est passionnant et excitant.

Personnellement, qu’est-ce que le Mondial a apporté à Moussa Ndiaye ?

Beaucoup de choses : la notoriété, le plaisir de jouer une telle compétition, affronter les meilleurs… Ce sont des souvenirs qui resteront gravés à jamais. Juste ce plaisir-là, c’est inestimable. Ça a relancé beaucoup de choses dans ma carrière. Une Coupe du monde peut être une grande vitrine pour un joueur encore méconnu du grand public.

En 2002, le Sénégal avait affronté la France le 31 mai lors de son premier match. Vous aviez été titularisé par feu Bruno Metsu. Étiez-vous surpris de ce choix ?

Non, pas du tout, parce que tout avait été bien préparé. Juste avant la France, nous avions disputé un match amical durant lequel nous avions travaillé certains aspects tactiques. On avait beaucoup discuté du plan. C’était clair et bien travaillé.

Justement, expliquez-nous ce plan tactique…

L’objectif était surtout de freiner Bixente Lizarazu. Il fallait fermer le côté gauche de la France et empêcher les débordements, parce qu’il faut le dire, les Bleus étaient très forts de ce côté-là. Le danger venait beaucoup de là. Malheureusement pour eux, il y avait aussi l’absence de Zinédine Zidane. Nous, on s’était très bien préparés physiquement pour bloquer ce couloir. Il fallait être costaud et généreux dans les efforts. Il ne fallait pas perdre sa concentration, même une minute. Le coach insistait énormément là-dessus : rester focus et bien fermer les espaces. C’était une préparation intense et bien pensée. Personnellement, j’étais prêt physiquement et j’avais accepté cette mission avec fierté et courage. Au final, ça a été une réussite.

« Aliou Cissé était déjà le capitaine, un leader naturel. Il savait transmettre le patriotisme et l’envie de gagner. Il avait ce profil-là. Quant à Pape Thiaw, il aime profondément le football et le vit pleinement. »

Un parcours magnifique qui vous a conduits jusqu’en quart de finale contre la Turquie. Beaucoup ont estimé que l’euphorie avait pris le dessus et que l’équipe pensait déjà au Brésil en demi-finale. Partagez-vous cet avis ?

C’est vrai que la confiance était au rendez-vous, surtout après notre très beau parcours en phase de groupes et en huitième de finale. On se sentait très forts, peut-être trop. Tous les rêves semblaient possibles. Peut-être qu’inconsciemment, on avait gagné le match avant même de le jouer.

Une élimination qui a fait mal ?

Clairement. C’était la fin d’une très belle aventure.

Depuis, le Sénégal a disputé deux autres Coupes du monde, remporté les CAN 2022 et 2025 et atteint la finale en 2019. Comment expliquez-vous cette progression du football sénégalais ?

Par le travail. C’est la continuité du travail. Après 2002, il y a eu des échecs et des déceptions, mais la Fédération a continué à miser sur la stabilité et ça a fini par payer. Il faut aussi reconnaître que le Sénégal possède un vivier extraordinaire, avec des talents qui évoluent dans les meilleurs championnats européens. Avec cette qualité de joueurs et une bonne organisation, ça devient plus facile de gagner.

Aliou Cissé et Pape Thiaw, deux anciens coéquipiers de la génération 2002, ont réussi à gagner la CAN. C’est une fierté pour vous ? Et les voyiez-vous devenir entraîneurs à l’époque ?

Aliou était déjà le capitaine, un leader naturel. Il savait transmettre le patriotisme et l’envie de gagner. Il avait ce profil-là. Quant à Pape Thiaw, il aime profondément le football et le vit pleinement. Après sa carrière, il a entraîné NGB puis la sélection locale. Ça lui a permis d’apprendre et de progresser. Le fait d’être ancien international peut aider. Et parfois, il faut aussi un peu de chance.

Vous parlez de chance. Ça compte vraiment ?

Oui, la chance compte dans tout, sans enlever le mérite. Certains entraîneurs ont cette “baraka” qui les accompagne. Mais cette réussite vient après un gros travail technique et tactique. Aujourd’hui, ça se passe bien pour lui et c’est beau de le voir réussir.

« La France et la Norvège possèdent de grands joueurs, mais nous aussi, nous avons de la qualité. On ne doit avoir peur de personne. Tout se jouera sur le terrain. Ce sera du 11 contre 11. Il faudra les regarder dans les yeux. »

Comment voyez-vous la poule du Sénégal pour ce Mondial 2026 ?

Il y a de grandes équipes. La France et la Norvège possèdent de grands joueurs, mais nous aussi, nous avons de la qualité. On ne doit avoir peur de personne. Tout se jouera sur le terrain. Ce sera du 11 contre 11. Il faudra les regarder dans les yeux. Le Sénégal a une équipe capable de rivaliser avec ces nations.

Le premier adversaire sera la France, comme en 2002. Quelle analyse faites-vous de cette rencontre ?

En 2002, nous avions une équipe qui ne lâchait rien. Nous étions des guerriers, très solidaires. Notre force reposait surtout sur l’organisation défensive avec quelques individualités offensives. Mais cette équipe actuelle possède plus de qualité à tous les niveaux. La France reste une équipe forte, talentueuse et jeune. Elle voudra sûrement prendre sa revanche. Mais j’espère que nos Lions ne se laisseront pas faire. Il faudra être prêts physiquement pour contenir cette équipe et surtout être efficaces dans nos occasions. Nous avons l’équipe pour battre la France.

Donc vous croyez à un long parcours du Sénégal ?

Bien sûr. Mais il faudra avancer match après match. Le niveau sera très élevé, donc il faudra rester concentrés et focus jusqu’au bout.

Mohamed Fodé GASSAMA

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