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Style, philosophie, ambition : Qui est vraiment Pape Thiaw ?

Un sacre historique à la CAN 2025, un jeu transfiguré et des statistiques vertigineuses : en l’espace de quelques mois, Pape Thiaw a imposé sa griffe à la tête de l’équipe nationale. Entre audace tactique, gestion humaine de haute volée et une ambition décomplexée pour la Coupe du monde 2026, immersion dans la méthode d’un entraîneur qui a réconcilié le public sénégalais avec le beau jeu.

Dès sa première conférence de presse, au sortir d’une démonstration face au Malawi (4-0) en octobre 2024, Pape Thiaw avait annoncé la couleur : « Mon projet se base beaucoup sur le jeu offensif. Et à la perte, que le premier joueur près du ballon soit prêt à harceler, cadrer. Qu’on essaie de récupérer, pousser l’adversaire à faire une faute technique ». Quelques mois plus tard, le résultat est flagrant. Si Thiaw a intelligemment conservé le bloc défensif rigoureux et les lignes serrées héritées de l’ère Cissé, c’est dans l’animation offensive que sa patte est devenue incontournable.

Football offensif, management humain et réactivité tactique

Le Sénégal pratique désormais un football total, alternant construction maîtrisée depuis l’arrière et transitions rapides dévastatrices. Cette philosophie de jeu a éclaté aux yeux du monde durant la dernière CAN. On a vu des projections ultra-rapides vers l’avant, symbolisées par les fulgurances du jeune feu follet parisien Ibrahim Mbaye ou les rushs d‘Iliman Ndiaye. C’est d’ailleurs sur une de ces phases de transition rapide que le Sénégal est allé chercher son sacre en finale face au Maroc. Seulement trois joueurs sont impliqués sur le but : Sadio Mané, Idrissa Gana Guèye et le buteur Pape Guèye.

Pour parfaire ce tableau offensif, le sélectionneur semble explorer de nouvelles pistes, notamment les corners où les Lions se sont montrés enfin redoutables contre la Gambie (3-1), un axe de travail qui n’est pas sans rappeler les standards d’une référence européenne comme Arsenal. Les Lions par l’intermédiaire d’Abdoulaye Seck ont réussi à marquer sur un corners en bloquant la sortie du gardien. Une stratégie bien connue des Gunners.

Cette métamorphose esthétique repose sur une science du coaching en temps réel. Pape Thiaw excelle dans la lecture du jeu et la réactivité. Le technicien sénégalais est capable de bousculer ses plans en plein match. Il l’a prouvé lors de la finale de la CAN en basculant de son 4-3-3 habituel à un 3-4-3 audacieux, repositionnant Ismaïla Sarr en piston droit pour verrouiller son couloir tout en restant menaçant. Un coup de maître tactique qui a permis aux Lions de remporter leur deuxième étoile. Pape Thiaw n’est pas figé. Il n’hésite pas à jongler entre le 4-3-3, le 4-2-3-1 ou le 3-4-3 selon l’adversaire (comme face au Niger en amical).

Le style Thiaw, c’est aussi un management humain d’une grande maturité. Derrière son image d’homme calme et réservé se cache un leader à la main de fer et à la forte personnalité, capable de transcender son groupe par des discours mémorables dans le secret du vestiaire. « Sept matchs. Aujourd’hui c’est le premier. Je vous jure, on peut faire 7/7. On n’ira même pas aux penaltys avec personne », avait-il lancé dans les vestiaires en début de compétition, comme le révèle le documentaire L’Antre du Lion diffusé sur la RTS. Le Sénégal a fait 6/7 et a été champion d’Afrique.

À la tête de l’équipe nationale, son premier acte fort a été le repositionnement axial réussi d’Habib Diarra, alors utilisé comme piston. Le milieu de Sunderland a été buteur à quatre reprises sur les trois matchs qui ont suivi. Depuis, Pape Thiaw gère son effectif avec une parfaite lucidité : il sait ménager un cadre comme Sadio Mané pour préserver sa fraîcheur, intègrer les remplaçants et nouveaux venus lors des matchs de rotation (comme face à l’Irlande, 1-1). Il protège également la pépite, Ibrahim Mbaye, de la pression populaire en distillant son temps de jeu avec parcimonie.

Résultats : Une efficacité redoutable et des Lions libérés

Longtemps, il a été reproché à la sélection nationale sénégalaise une certaine rigidité tactique et un déficit d’efficacité devant le but. Sous la houlette de Pape Thiaw, ces critiques semblent appartenir au passé. Le Sénégal propose aujourd’hui un jeu fluide où la liberté d’expression accordée aux attaquants se traduit directement sur les tableaux d’affichage.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 19 rencontres sous ses ordres, les Lions de la Teranga ont inscrit pas moins de 44 buts, compilant un bilan impressionnant de 15 victoires, 3 nuls et une seule petite défaite (contre le Brésil en amical 2-0). Si les ailiers dynamiteurs continuent de porter le danger, la grande satisfaction réside dans le réveil des avants-centres. Des profils comme Nicolas Jackson et Chérif Ndiaye apportent désormais leurs pierres à l’édifice. En atteste leur partition lors de l’entrée en matière réussie face au Botswana (3-0). Cette menace devenue pluridimensionnelle profite aussi des milieux de terrain par projection, à l’image d’Habib Diarra et de Pape Gueye, devenus de véritables armes fatales à l’approche de la zone de vérité.

Le Mondial 2026 en ligne de mire

Humble dans sa posture mais volcanique dans ses objectifs, Pape Thiaw n’a pas peur de regarder les géants du football mondial dans les yeux. Le technicien sénégalais a récemment placé la barre très haute. « Si je perds ne serait-ce qu’une seconde la conviction de pouvoir gagner la Coupe du monde avec le Sénégal, je céderai ma place », a-t-il déclaré. Cette déclaration, loin d’être une simple formule de communication, traduit l’état d’esprit d’un homme habité par la gagne.  Sous son ère, le Sénégal a surmonté des défis énormes dans des stades hostiles. Une victoire importante en RD Congo (2-3), un succès historique en Angleterre (1-3) et un sacre continental au Maroc (0-1) avec le contexte connu.

Fort de son vécu de joueur lors de l’épopée historique de 2002 et fort de son récent triomphe continental sur le banc, Pape Thiaw est porté par la certitude que le football sénégalais a les moyens de briser le plafond de verre international. L’ossature est en place, l’organisation est millimétrée, et le public est de nouveau en totale symbiose avec son équipe. Pour le technicien des Lions, le sacre africain n’était qu’une étape. Le véritable chef-d’œuvre reste à écrire sur la scène mondiale.

Au Mondial 2026, le Sénégal est versé dans le Groupe I avec la France, la Norvège et l’Irak. Avec 44 buts en 19 matchs et une CAN dans la poche, les Lions n’arrivent pas pour faire de la figuration.

Moussa SOW

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