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Eldorado : Le crash de Seattle doit être un électrochoc

Une gueule de bois brutale

La déception est immense. C’est une gueule de bois brutale après l’énorme crash de Seattle. Ceux qui ont réussi à fermer l’œil ont sans doute vu défiler, tout au long de cette courte nuit, les images de la débâcle : le jeune Mbaye, trop facilement éliminé par Moreira sur l’action qui mène à la réduction du score ; Sadio Mané, qui n’apporte jamais son soutien à Ismail Jakobs ; la poussette dans le dos de Moussa Niakhaté et la mauvaise sortie de Mory Diaw sur le deuxième but ; l’action de Lamine Camara sur le penalty fatal. Et, au milieu de tout cela, un coach qui semble perdu, comme vidé de sa science entre janvier et juin.

Des précédents qui montrent la voie

Mais cela fait partie des cycles de la vie, et le sport n’y échappe pas. Toutes les équipes dominantes ont, à un moment, connu de terribles chutes, des déconvenues parfois inimaginables. L’essentiel est de savoir s’en relever et de transformer l’échec en une expérience qui fait grandir. La douche froide reçue par la RDC au Stade des Martyrs en septembre dernier fut certainement bien plus douloureuse. Pourtant, les Léopards ont su rebondir et arracher leur qualification pour la Coupe du monde au forceps.

Même constat pour le Maroc. Laisser filer à domicile un trophée convoité depuis cinquante ans, alors qu’il semblait presque acquis, fut un traumatisme immense. Mais la Fédération marocaine, entre les manœuvres de Fouzi Lekjaa à la CAF et le départ de Walid Regragui, a su trouver les leviers nécessaires pour redonner confiance à un groupe en lambeaux. Même Carlo Ancelotti, aujourd’hui référence absolue dans la gestion des émotions et dans sa capacité à renverser les situations les plus compromises, était surnommé le loser en Italie à la fin des années 1990 en raison de ses échecs répétés en Serie A. Lui aussi a fini par trouver le déclic.

Le défi qui attend la Fédération

C’est précisément à ce niveau que l’on attend aujourd’hui cette Fédération. Elle s’apprête à traverser sa première véritable grande crise. Saura-t-elle trouver les solutions ? En est-elle seulement capable, elle qui se déchire en interne de manière incompréhensible depuis le sacre à la CAN 2025, alors que ce triomphe aurait dû renforcer davantage son unité ? La reconstruction commencera d’abord par un recentrage. Il faut remettre un véritable projet de développement du football sénégalais au cœur de la démarche fédérale. Il faut surtout mettre fin à des querelles internes dignes d’enfants de huit ans dans une cour de récréation.

Un staff technique à clarifier

Ensuite viendra le temps des décisions fortes concernant le staff technique. Depuis le début de cette Coupe du monde, une impression persistante s’est installée : celle d’une absence de vision globale. Les interrogations autour du staff médical et physique, l’arrivée en pleine compétition d’un analyste vidéo, le télescopage entre Mayacine Mar et Souleymane Diallo, le comportement parfois discutable des joueurs, ou encore la taille démesurée de la délégation, avec des invités pris en charge par la FSF sans réelle utilité sportive : autant d’indices d’un environnement mal maîtrisé.

Toubab Dialaw, un chantier prioritaire

Il faut également penser structurellement. Toubab Dialaw doit devenir un grand centre fédéral d’entraînement de dernière génération, doté de pôles d’excellence en haute performance médicale, en préparation physique et en analyse du jeu. Car l’une des grandes faillites de cette équipe durant le tournoi fut d’abord physique. À l’exception du match contre la faible équipe d’Irak, le Sénégal a terriblement souffert sur le plan athlétique, alors même que le groupe avait bénéficié de trois semaines complètes de préparation aux États-Unis.

Une défense trop perméable

La seconde faillite fut tactique. Le Sénégal n’a jamais réellement réussi à verrouiller ses adversaires. Depuis la CAN, cette équipe concède énormément d’occasions et se fait trop facilement transpercer. Hormis la finale contre le Maroc, elle a presque systématiquement encaissé un ou plusieurs buts durant les temps forts adverses.

Le mal doit être un remède

Oui, le Sénégal doit se relever. Mais pour se relever, il faudra d’abord évaluer sereinement, cesser de s’entre-déchirer comme des politiciens, remettre de l’ordre et de la discipline dans un environnement devenu excessivement pollué, puis investir à moyen terme dans une direction technique puissante, structurée autour de véritables pôles de développement. Le crash de Seattle doit être un électrochoc.

D.V.

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