A LA UNE Reportage

Nanthio, l’enfant qui n’a jamais quitté Bambali

Il y a des enfants qui partent et qu’on oublie. Et il y a des enfants qui partent et qui reviennent chaque fois plus grands que le monde qu’ils ont conquis. Le petit Nanthio de Bambali est de cette race-là.

Il est parti en catimini, un jour, loin des regards, loin des projets que ses parents avaient tracés pour lui. Eux voyaient un fils sage, un métier sûr, une vie rangée. Lui ne voyait qu’un ballon, une pelouse, et un rêve trop grand pour tenir dans un village. Alors il est parti. Et Bambali, ce petit coin de la région de Sédhiou, est resté derrière lui dans son cœur, jamais dans son dos.

Le monde a appris à connaître ce nom bien après le village. Les pelouses d’Europe, les nuits de Ligue des champions, les soirs de Coupe d’Afrique soulevée à bout de bras pour tout un peuple, les Ballons d’Or africains accumulés comme on récolte une terre qu’on a bien travaillée, deux déjà, et peut-être un troisième dans quelques mois, cette deuxième place au Ballon d’Or France Football qui n’a jamais suffi à raconter l’homme. Le monde entier l’appelle l’enfant de Bambali. Pas l’enfant du Sénégal seulement. L’enfant de Bambali. Comme si le monde avait compris, avant même beaucoup de Sénégalais, que ce nom de village était devenu une part de la légende.

Mais il y a une chose que les trophées ne disent pas, et que Nanthio, lui, n’a jamais oubliée : chaque but marqué avait un prix payé d’avance par une terre qui l’a vu naître pieds nus. Alors, à chaque lauréat, à chaque contrat, à chaque nuit de gloire, il a détourné une part de ses gains vers l’endroit d’où tout est parti. Des écoles ont poussé là où il n’y avait que la poussière. Des mosquées ont accueilli les prières d’un village qui priait déjà pour lui avant qu’il ne devienne quelqu’un. Un centre de santé a sauvé des vies là où, avant, il fallait souvent choisir entre attendre et mourir. Là où l’État tardait, l’enfant de Bambali a construit. Non pas en concurrent des pouvoirs publics, mais en fils pressé de rendre à sa terre ce qu’elle lui avait donné en premier : le courage, le travail, le partage, l’humilité.

Ce samedi 19 septembre, la légende a pris une dimension nouvelle. Sur cette même terre de Bambali, dans la région de Sédhiou, la première pierre d’un projet colossal a été posée : une usine de transformation de fruits, d’un coût avoisinant les 12 milliards de francs CFA, l’un des plus grands chantiers jamais programmés en Casamance. Mille emplois dès le démarrage. Deux mille cinq cents visés d’ici deux ans. Pas un stade, pas un trophée, pas une lumière de plus pour lui mais des mains occupées, des salaires versés, une région entière qui respire un peu plus fort.

Face à sa communauté rassemblée, Nanthio a parlé le langage qu’il connaît le mieux : celui de la vérité simple. « Je suis né ici. J’ai grandi ici. C’est sur cette terre que j’ai appris le courage, le travail, le partage et l’humilité. Avant les stades, avant les lumières et avant les victoires, il y avait Bambali. C’est ici que mes rêves ont commencé. Aujourd’hui, à mon tour, je veux lui rendre une petite partie de tout ce qu’il m’a donné. »

Et puis cette autre phrase, celle qui restera peut-être plus longtemps que n’importe quel palmarès : « Je ne veux pas que l’on se souvienne seulement de moi pour les buts que j’ai marqués ou les trophées que j’ai remportés. Je souhaite que l’on se souvienne aussi de ce que nous aurons réussi à construire ensemble pour notre communauté. »

France Football ne s’y est pas trompé. En lui remettant la toute première édition du Prix Socrates distinction née pour honorer le sportif qui s’illustre le plus dans l’œuvre caritative, le magazine a mis des mots sur ce que Bambali savait déjà depuis longtemps : il y a le footballeur, et il y a l’homme. Et c’est souvent l’homme qui gagne le plus beau des trophées, celui qu’on ne pose jamais sur une étagère.

La morale de cette histoire, si fable il devait y avoir, tiendrait en une phrase simple : on ne mesure pas la grandeur d’un enfant du pays au nombre de buts qu’il a marqués loin de chez lui, mais à ce qu’il choisit de faire pousser, une fois revenu.

D.V.

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