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Abdoulaye Sy sur l’élimination des Lions : «Le départ des cadres, un faux débat »

Le Sénégal est éliminé (2-3) par la Belgique, mercredi 1er juillet 2026, au Seattle stadium, en seizièmes de finale de la Coupe du monde. Une élimination amère, selon Abdoulaye Sy. Dans cet entretien, l’ex-coach de la Linguère pointe entre autres les dysfonctionnements du staff technique. Il estime que le départ des cadres n’est pas encore d’actualité.

Entretien

Coach, le Sénégal est éliminé par la Belgique (2-3) en seizièmes de finale de la Coupe du Monde. Comment vivez-vous cette élimination en tant que technicien sénégalais ?

Je pense que, comme tout Sénégalais et entraîneur sportif, c’est une défaite prématurée, une élimination prématurée. C’est amer pour tout le monde et je pense que jusqu’à présent, ça reste dans les gorges. Il y a beaucoup de responsabilités partagées. D’autant plus que les joueurs, il y en a qui n’ont pas rempli leur mission. Et du côté du staff, il y a des dysfonctionnements. Je pense qu’il y a tout un ensemble qui n’a pas marché. Aux yeux de certains techniciens, c’était prévisible. D’autant plus qu’on a marché sur la pointe des pieds pendant la phase de groupes. Il y avait un sentiment d’avoir une bonne équipe, et ça ne se sentait pas, ça ne se lisait pas partout. Et c’est pour ça que c’est amer. Les responsabilités étaient partagées, mais la plus grande partie de ces responsabilités incombe à l’entraîneur principal (Pape Bouna Thiaw).

«Mener 2-0 à la 85e minute… Il n’y avait pas lieu de faire certains changements. On a sorti les trois milieux de terrain d’un seul coup. C’est ça qui a arrêté la machine»

Après l’échec, tout le monde pointe du doigt le coach et les joueurs ?

Les joueurs ont leur part, certes. Mais, je pense qu’il (Pape Thiaw) a failli quelque part. C’est vu par tout le monde, à mon avis. Quand une équipe joue à ce niveau, en Coupe du monde, avec une très grande équipe comme la Belgique, et que tu mènes 2-0 à la 85e minute, il n’y avait pas lieu de faire certains changements, ou bien de donner du temps de jeu. Ce n’était pas le moment pour moi. Il fallait laisser. Le milieu de terrain est primordial pour une équipe. Si tu n’es pas efficace au milieu, tu risques de perdre le match. D’un seul coup, on a sorti les trois milieux de terrain à ce niveau de la compétition, pour continuer contre une équipe comme la Belgique. Je pense que c’est ça qui a un peu arrêté la machine. Comme je l’ai dit à un collègue, on a failli sur le coaching.

À vous entendre, il y a des remplacements qui étaient inopportuns ?

Oui, bien sûr. Des remplacements inopportuns. Par exemple, si je veux faire sortir Pape Guèye, celui qui rentre doit faire plus que Pape Guèye, ou au moins la même chose. Ce n’était pas important de faire des changements. Si je sais que Pape Guèye a démarré, et qu’il n’y a pas un joueur du même profil sur le banc, c’est compliqué. C’était la même chose au poste d’attaquant. Même s’il était à court physiquement, si tu as sur le banc un attaquant qui tient le ballon et le garde en cette période du match, il ne fallait pas qu’il sorte. Il fallait qu’on le laisse là-bas pour garder le ballon. Le temps continue à filer, et le score reste en place.

Tout entraîneur qui a un joueur comme Iliman Ndiaye, qui peut garder le ballon en haut à cette période du match, ne le sort pas. Sauf s’il te dit : «coach, j’ai des crampes». Tu le fais sortir après. C’était des changements inopportuns. On n’a pas bien travaillé là-dessus. Et je pense que son entourage (le sélectionneur Pape Thiaw) aussi, derrière, n’a pas aidé. Il y a d’autres qui étaient dans les tribunes, ils n’ont pas aidé. On n’a pas aidé sur le banc, avec tous les cadres qui sont sur le banc. Avec tout son staff qui est sur le banc, ce sont des questions à poser. Ce sont des erreurs qui se répètent depuis le début du tournoi jusqu’à présent.

Et quelque part, mener jusqu’à 5 minutes de la fin, est-ce qu’il ne fallait pas changer de système avec un 3-5-2 ?

À un moment donné, il ne faut pas changer son système de jeu. C’était un état d’esprit qui a tissé. Il y a plusieurs situations de jeu. Il y a des équipes qui mènent au score pour mieux finir l’adversaire. Il y a d’autres équipes qui mènent au score et qui reculent juste devant le but. Et si tu n’as pas les hommes pour ça, tu ne peux pas le faire. Ni pour attaquer, ni pour défendre, tu n’as pas les hommes pour le faire. Ou bien si tu n’es pas bien organisé tactiquement, tu ne peux pas le faire.

Dans l’organisation défensive, cela a failli pendant tout le tournoi. Et ce n’est pas seulement les défenseurs qui ont pris les buts. Dans son ensemble, perdre le ballon, se rassembler et faire un bloc pour récupérer le ballon ou empêcher l’adversaire de traverser, ça a failli. Nos adversaires voyaient nos buts facilement. Sur ce côté, il y a du travail. Si on n’a pas le ballon, il faut être bien en place techniquement, sous pression et s’en sortir. Il n’y a pas lieu de ne pas défendre.

«Il nous faut une continuité, une greffe. Si on écarte Pape Thiaw et tous les cadres d’un coup, on risque de retomber comme la Guinée-Bissau ou la Gambie»

D’aucuns disent que le sélectionneur Pape Thiaw doit partir. C’est votre avis ?

C’est comme ça. Chaque entraîneur qui n’a pas de résultats, une partie du monde sportif et des supporters demandent son départ. Quelles sont les causes ? C’est son contrat ? Ce n’est pas lui qui a fixé les objectifs ? On ne sait pas si on lui a donné des objectifs pour la prochaine CAN ou pas. Moi, je sais qu’en pleine Coupe du monde, on lui a fait signer un contrat. Personne ne connaît les clauses. Mais un entraîneur qui ne fait pas de résultats est changé. Il y a des entraîneurs qui ont été changés pendant la compétition. D’autres, éliminés, ont démissionné. Et c’est ce que réclament le peuple et les Sénégalais.

Certains disent aussi que les cadres comme Idrissa Gana Guèye, Sadio Mané, Kalidou Koulibaly et Edouard Mendy doivent partir. Est-ce le moment, vu que dans quelques mois le Sénégal va entamer les éliminatoires de la Coupe d’Afrique 2027 ?

Je pense qu’il n’y a pas eu une bonne transition. Cette transition devait se faire pendant cette Coupe du monde. Qu’ils sortent par la grande porte, qu’ils fassent de très bonnes prestations, et que tout le monde dise : «Sadio Mané a vraiment travaillé pour la nation». Il l’avait déjà fait, mais cette Coupe du monde était l’occasion pour Sadio Mané, Gana Guèye, Koulibaly, Edouard Mendy et d’autres. Tant que cette transition n’est pas faite, les jeunes ne se sont pas encore bien intégrés dans le groupe.

Je pense qu’il faut, avec un autre entraîneur s’il y a changement, faire une bonne transition. Si Pape Thiaw est limogé et que les cadres sont écartés d’un coup, on risque de retomber au niveau de la Guinée-Bissau ou de la Gambie. Il nous faut une continuité, une greffe. Il faut garder quelques cadres. Mais, je pense que ce n’est pas la faute aux cadres. Un cadre, quand il fait son travail, il a sa place avec les jeunes. Pour moi, c’est un faux débat. Gana, je l’ai suivi. Il a joué comme les autres milieux défensifs des grandes équipes. Il a commencé dès cette CAN. Avec son âge, tu ne le sens même pas. Tu vois Gana Guèye faire le travail. Il y a aussi Koulibaly, malgré ses trois erreurs. Il a fait du bon travail. Edouard Mendy, combien d’arrêts réflexes a-t-il fait dans nos buts ? Combien de buts a-t-il évité ? Je pense que les cadres font le travail. Il ne faut pas orienter le débat sur eux.

Donc, ceux qui plébiscitent le départ des cadres ont tort ?

Pour moi, le départ des cadres, c’est un faux débat. Un cadre, quand il fait le travail, il reste. Il faut juger : ont-ils fait le travail ou pas ? Si Sadio Mané est en difficulté sur un match, et qu’il fait un beau match le match d’après, on ne parle pas de cadres. Avant la CAN 2022, je me rappelle bien, il a été critiqué ici au stade. Il a même renoncé à une convocation. Après, il a fait son retour et il nous a donné des garanties. Personne n’en a parlé. Pour moi, ce n’est pas un problème d’âge. Tant qu’un joueur fait des résultats, tant qu’il est capable de courir et de faire des efforts, il a sa place. Si tu fais des efforts, tu cours. Et là, tu sors. Mais l’erreur que tout le monde voit, c’est quand un joueur ne court pas. Les efforts sont calculés. C’est pareil pour n’importe quel joueur.

Pape Guèye quand il a été sorti, je ne sais plus quel match, le deuxième match je crois, personne n’a rien dit. Parce qu’on voyait qu’il commençait à baisser physiquement. Qu’il commençait à baisser de rythme. Personne n’a parlé (…). Sur quels jeunes peut-on compter aujourd’hui pour la qualification ? Le Maroc, lui, a assuré sa transition. Les jeunes commencent à entrer peu à peu dans l’équipe. Et ils ne sont même pas inquiets. C’est comme ça qu’on fait. Une élimination, ce n’est pas ça. Je n’y crois pas.

Par Cheikh Demba NDIAYE

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