Au cœur du derby de la banlieue : Pikine–Guédiawaye embrase Léopold Sédar Senghor
Le soleil venait à peine de s’adoucir sur Dakar que déjà, aux abords du stade Léopold-Sédar-Senghor, la foule formait une marée humaine. On aurait dit une grande fête populaire, un rendez-vous où la ville entière s’était donné parole : un derby de la banlieue, ça ne se rate pas.
Dès les routes menant au stade, les klaxons s’entremêlaient aux chants des supporters, aux cris des marchands ambulants, à la fumée des grillades et aux odeurs entêtantes de café Touba. Une ambiance brute, authentique, typique des grandes soirées de football sénégalais.
Avant le match : une effervescence totale
Les vendeurs avaient pris possession du périmètre :
– cacahuètes, café Touba, beignets tout chauds,
– maillots officiels et contrefaits,
– foulards rouges pour Pikine et écharpes jaunes-bleues pour Guédiawaye,
– vuvuzelas, tambours, bracelets lumineux.
Chaque étal semblait vibrer au rythme de la foule. Des enfants jouaient pieds nus à côté des files d’attente, des groupes de supporters improvisaient des chorégraphies sous les yeux amusés des badauds, tandis que des voix s’élevaient de partout :
« Sandika seul ! Pikine mooy Sénégal ! »
« GFC rek la ! Guédiawaye du bayi ! 11 ans gagner wuma »
Plus on approchait des grilles, plus le bruit montait, comme si les tribunes elles-mêmes aspiraient les battements de cœur du public.
L’entrée au stade : un choc visuel
Une fois le seuil franchi, le spectacle devenait vertigineux.
À gauche, une masse compacte rouge : Pikine.
À droite, une mer jaune et bleue : Guédiawaye.
Les drapeaux claquaient au vent, les tambours résonnaient comme un pouls géant, et des fumigènes commençaient déjà à colorer l’air d’une brume rougeâtre et dorée.
Les fumées montaient au-dessus des tribunes, donnant au stade un aspect presque mythologique, comme un chaudron en fusion.
Les supporters de Guédiawaye : un bloc vivant
Dès les premières minutes, un constat frappait : Guédiawaye avait voyagé en force.
Leur bloc était impressionnant.
Synchronisé.
Intenable.
Ils chantaient sans pause, du premier au dernier souffle. Des chants de marche, des chants d’âme, des chants de défi. Le bleu et le jaune ne faisaient pas que s’afficher : ils dansaient, vibraient, s’étiraient comme une vague sonore capable de traverser le stade d’un bout à l’autre.
Un supporter debout sur la rambarde lançait les refrains, et tout le reste du groupe répondait en écho, puissant comme une seule voix.
Pikine : la ferveur à l’état brut
En face, Pikine répondait avec une intensité différente : plus féroce, plus viscérale, plus saccadée.
Les fumigènes rouges coloraient leurs chants, leurs bras tendus, leurs sauts répétés.
Le rouge n’était pas qu’une couleur : c’était un état d’esprit.
Un brouillard rouge recouvrait parfois une partie de la tribune, donnant l’impression que Pikine surgissait d’un brasier.
Le dispositif sécuritaire : une organisation rare
Les forces de l’ordre, concentrées et parfaitement coordonnées, avaient disposé un cordon impeccable autour du stade.
Contrôles fluides, orientation claire, séparation stricte entre les deux camps : un professionnalisme salué par tous.
À l’intérieur, les agents circulaient avec calme mais fermeté, anticipant chaque mouvement de foule.
Pour un derby aussi chargé émotionnellement, la réussite était totale.
Sur le terrain : Pikine frappe fort, Guédiawaye ne lâche jamais
1–0 : Mor Talla Faye ouvre la voie
Après dix huit minutes de tension, Pikine trouve la faille. Une action rapide, nette, tranchante : Mor Talla Faye surgit et place le ballon au fond. La tribune rouge explose. Des fumigènes s’allument. Des supporters tombent dans les bras les uns des autres.
Léopold-Sédar-Senghor tremble.
2–0 : Meissa Waly Dione et la frappe qui claque
Quelques minutes plus tard, Meissa Waly Dione déclenche une frappe du pied gauche d’une pureté incroyable. La balle file comme une flèche, pleine lucarne.
Un but de haute volée, applaudi même par certains supporters de Guédiawaye tant la réalisation est splendide.
3–0 : Pauleta surprend le stade
Juste avant la pause, Ibrahima Dieng « Pauleta » voit le gardien Mbagnick Basse avancer. À une trentaine de mètres, il ose. Un lob parfait. Le stade retient son souffle… puis explose. 3–0, le coup de massue. Le score ne bougera plus.
Un public qui ne lâche rien
Malgré le tableau d’affichage, Guédiawaye continue de chanter, de danser, de pousser.
Les tambours n’arrêtent jamais. Le jaune et bleu reste debout, fier, bruyant. Même à 0–3, ils donnent l’impression qu’ils sont encore dans le match. Un spectacle humain, presque théâtral.
Les mots du président Modou Fall : lucidité et fierté
Après le match, le président de l’AS Pikine, Modou Fall, s’est exprimé : « On avait préparé ce derby longtemps à l’avance, sur tous les plans. L’organisation, la sécurité, la communication : rien n’a été laissé au hasard. On savait que le public allait venir, mais là… c’était au-delà de nos attentes. Aujourd’hui, on a réalisé 21 millions de FCFA en ticketing. C’est historique. C’est la preuve qu’avec une bonne préparation et un grand match, le championnat sénégalais peut générer de la valeur, de l’engouement et de la fierté. »
Khadim DIAKHATÉ







