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Badara Sarr : « Pas de plan anti-Haaland, il faut un bloc compact »

Après la défaite contre la France, le Sénégal doit se relancer face à une Norvège euphorique après sa victoire (4-1) contre l’Irak. Pour Badara Sarr, ancien directeur technique de Teungueth FC, la clé ne réside pas dans un marquage individuel sur Erling Haaland, mais dans un plan collectif. Dans cette interview, il aborde également le chantier psychologique, les faiblesses à exploiter chez les Scandinaves et le rôle de Sadio Mané.

Entretien

Coach, quel état d’esprit le Sénégal doit adopter pour aborder ce match contre la Norvège ?

Pour ce match-là contre la Norvège, l’état d’esprit doit être au top. Donc c’est important. On revient d’une défaite (1-3) contre la France. Je pense que depuis ce jour-là, le staff du Sénégal s’est sûrement mis dans l’optique d’évacuer cette défaite. Parce que c’est une défaite, certes, mais tout n’est pas mauvais. Je pense que la première période a été bonne. De toute façon, c’est dans le contenu, sauf le fait qu’on n’a pas été efficace. Donc là, je pense que c’est une première période sur laquelle on peut se baser. Il va falloir évacuer psychologiquement et entamer le match de lundi. Je pense qu’il va falloir, sur le plan psychologique, essayer de booster l’équipe. Il faut aussi essayer de voir un peu les atouts de l’équipe de la Norvège parce que c’est important. Je crois que cela a été fait, parce que c’est un match qui sera différent de celui de la France. Contre la Norvège, il va falloir chercher à parler avec les joueurs aussi. Effectivement, je pense qu’individuellement, ou bien par secteur : secteur défensif, secteur du milieu, secteur des attaquants. Parler et voir, avec le staff, quelle stratégie mettre en place pour jouer contre la Norvège, qui a battu lors de son premier match sur un score de 4-1. Donc c’est une équipe en forme, une équipe euphorique, une équipe avec plein de confiance. Donc là, il va prendre tout cela en compte.

Après, maintenant, voir les rectificatifs qu’il faut amener. Au niveau de la défense, on n’a pas été bon. Donc là aussi, il va falloir travailler sur ça. Peut-être, s’il faut apporter du sang neuf, il faut le faire, à mon avis. Ensuite, essayer de travailler dans le secteur offensif parce qu’on n’a pas été efficace. Donc c’est important aussi. Durant ces jours-là, je pense que cela a été fait. Ensuite voir la meilleure formule par rapport à la forme du moment, par rapport aussi aux joueurs qui sont les plus aptes à jouer face à cette équipe norvégienne.

Faut-il prévoir un dispositif spécifique pour museler Erling Haaland ?

Je pense qu’on ne peut pas mettre un plan particulier anti-Haaland. Ce sera dans une organisation générale, surtout dans une organisation défensive générale. Parce que dans l’équipe de la Norvège, il n’y a pas que Haaland. Il y a Alexander Sorloth aussi, on peut parler aussi de Martin Odegaard. C’est une équipe qui a beaucoup d’atouts sur le plan offensif. On l’a vu, elle a marqué quatre buts contre l’Irak.

Donc, il va falloir surveiller de plus près les forces offensives : Sorloth, Haaland, Odegaard. Ce qui est le plus important, c’est de mettre une organisation défensive bien en place pour d’abord couper les relations entre Odegaard, qui est le maître à jouer de cette équipe, et ses deux avant-centres. Mais surtout essayer de priver Haaland et Sorloth de bons ballons, parce que ce sont des joueurs qui sont bons. Haaland a l’habitude de jouer sur tout le front de l’attaque. Il peut dézoner, il peut décrocher pour prendre des ballons, il peut dévier. Donc ce sont des joueurs qu’il va falloir étudier et mettre en place une organisation avec une bonne défense. Peut-être un milieu aussi avec des joueurs capables de venir aider la défense. Parce que comme ils jouent généralement en 4-4-2, et même si on joue avec deux défenseurs centraux seulement, je crois que ça ne suffit pas. Peut-être on peut mettre un milieu sentinelle qui va se rapprocher de nos défenseurs centraux pour les aider, pour avoir en permanence une couverture. Et puis demander aussi à nos latéraux, ce qui est important, de resserrer vers l’intérieur. Parce qu’effectivement, les buts qu’on a pris contre la France sont tous passés dans l’axe. Essayer de faire en sorte d’avoir un bloc beaucoup plus compact. Donc à mon avis, ce ne sera pas un plan anti-Haaland, mais un plan général pour contrer les offensives de la Norvège.

Pape Thiaw doit-il reconduire le même onze face à la Norvège ?

Ce qui est du même onze, là je ne suis pas d’avis à ce que Pape Thiaw puisse garder le même onze parce que ce n’est pas le même match d’abord. Ensuite, il faut dire qu’il y a des joueurs qui ont été bons, des joueurs qui sont revenus de blessures et qui n’ont pas eu l’effet escompté. Ensuite, comme il fait chaud, on a besoin de fraîcheur aussi. Pape Thiaw l’a dit aussi, il a 26 titulaires. Donc, sur ce match-là, je pense qu’on doit s’attendre à ce qu’il mette en place une rotation. C’est d’autant plus raisonnable que l’équipe vient d’une défaite assez lourde. Et puis il y a des joueurs, des remplaçants qui sont venus et qui ont apporté un plus. À mon avis, je pense qu’on ne va pas garder le même onze. D’abord parce que les deux équipes, la France et la Norvège, ce n’est pas la même équipe. Les deux systèmes de jeu entre la Norvège et la France, aussi, ce n’est pas pareil. Je crois qu’il y aura sûrement des réaménagements quelque part.

Quelle est la principale faiblesse de la Norvège à exploiter ?

Leur faiblesse sur le plan défensif réside dans la lenteur de leurs défenseurs, surtout dans leur manque de vivacité. Ce sont des joueurs de grande taille. Dans cette équipe-là, l’équipe qui a joué contre l’Irak, il y a au minimum six joueurs qui font plus de 1,92 m. Donc sur le plan de la vitesse, de la réactivité, de la vitesse de réaction, de l’explosivité, ce sont des joueurs qui ont sûrement des difficultés. Je pense que leur faiblesse réside dans ça. Donc il faut essayer de jouer vite, essayer de jouer dans leur dos, essayer de jouer aussi avec des attaquants qui savent percuter. Là, je pense qu’avec ça, on peut vraiment profiter de la lourdeur de la défense de la Norvège.

Comment utiliser au mieux Sadio Mané sur ce match ?

Je pense que, pour Sadio Mané, la première période qu’il a faite contre la France n’a vraiment pas été du tout mauvais. Mais, je pense que pour vraiment tirer le maximum de Sadio, il va falloir lui épargner les tâches défensives. Parce que sur ce match-là contre la France, on a vu Sadio Mané défendre très bas. Donc à un moment donné même la VAR est intervenue sur une action défensive qu’il a faite sur la ligne de but du Sénégal. Donc je pense que pour Sadio, il va falloir lui épargner ces tâches défensives-là. Lui demander de rester devant parce que c’est un élément incontournable, un élément offensif très important. C’est un joueur qu’aucune équipe adverse ne va laisser libre. Donc lui, quand il va rester devant, c’est sûr qu’il va mettre la pression sur la défense avec sa vivacité, son explosivité. Il peut effectivement faire des misères à cette défense norvégienne assez lourde. Pour tirer le maximum de lui, il va falloir essayer de lui épargner les tâches défensives. Peut-être mettre un milieu de terrain sur son côté pour les tâches défensives et essayer de pouvoir l’utiliser. Lui laisser une certaine liberté dans le jeu pour qu’il puisse, par rapport à son expérience, par rapport à son talent, faire quelque chose de bénéfique pour l’équipe.

Selon vous, quel est le facteur qui fera la différence ?

Donc la différence se fera dans les détails. C’est un match hyper important. Je pense que sur les transitions défensives-offensives, c’est-à-dire défense-attaque, si on les exploite à merveille on peut vraiment faire souffrir cette équipe norvégienne. Ce sera un atout pour nous, la vitesse dans les transitions. Sur le plan défensif, il va falloir être très costaud parce que, effectivement, je viens de le dire tantôt, c’est une équipe qui sait exploiter les coups de pied arrêtés. Il va falloir éviter, autant que faire se peut, de commettre des fautes aux abords de notre surface, et puis même sur les corners parce qu’ils sont très forts. Ils ont marqué deux buts lors du match contre l’Irak de la tête, donc il va falloir veiller sur ça.

Pour les duels aussi, il va falloir être présents. Et la fraîcheur physique aussi. Je pense que tous ces éléments-là, combinés avec une bonne stratégie, une bonne organisation, une équipe en confiance et avec beaucoup de réalisme devant, le Sénégal peut faire un très bon match.

Badara Sarr

Badara Sarr, entraineur de football

Par Cheikh Demba NDIAYE

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