CAN 2025 : la Coupe ne reviendra pas à la maison…, revenez plutôt à la raison
Depuis cette finale perdue à domicile, dans un stade en fusion pourtant acquis à sa cause, le Maroc semble avoir basculé dans une autre dimension : celle de la perte de raison, où la frustration sportive se transforme en pression politique, judiciaire et institutionnelle.
Car au lieu d’assumer une défaite sur le terrain, les autorités marocaines ont choisi une fuite en avant inquiétante. Dix-huit supporters sénégalais ont été arrêtés puis condamnés à des peines allant jusqu’à un an de prison, après des procédures plusieurs fois reportées et qui n’a d’ailleurs pas encore connu son épilogue avec l’appel de la partie marocaine. Une décision lourde, qui dépasse largement le cadre du football et interroge sur une possible instrumentalisation de la justice dans le Royaume chérifien, le tout dans un silence troublant de la CAF, pourtant co-organisatrice de la compétition.
Pour des faits jugés mineurs et un incident survenu au stade de Rabat, ces supporters n’auraient jamais dû passer une seule nuit en prison. À ce rythme, certains débordements observés lors des soirées de Ligue des champions vaudraient à leurs auteurs des peines à vie. Et que dire alors de certains groupes ultras du Raja, du Wydad ou de l’AS FAR, souvent pointés du doigt pour leur violence et les dégradations lors de leurs déplacements ?
Dans le même temps, le président de la Fédération marocaine, Fouzi Lekjaa, hausse le ton et menace : plus d’organisation de compétitions, comme la CAN féminine 2026, et plus de soutien logistique à la CAF. Une stratégie de pression assumée, proche du chantage, visant clairement à infléchir certaines décisions.
Et cela semble avoir porté ses fruits. Le jury d’appel de la CAF, dans une composition contestée — notamment avec la présence du Tunisien Moez Ben Tahar Nasri, dont la légitimité à siéger interroge — a fini par céder. Résultat : une décision qui sacre le Maroc… loin du terrain.
Dame Coupe vous dit »non » depuis 50 ans
Une issue largement décriée dans le monde du football, tant elle donne le sentiment que le verdict s’est joué dans les bureaux plutôt que sur la pelouse. Mais au fond, cette séquence révèle autre chose : un Maroc incapable d’accepter que, malgré ses infrastructures modernes et ses moyens colossaux, la Coupe d’Afrique des Nations continue de lui dire »non » depuis un demi-siècle. Car cette “dame” ne cède pas à l’argent : elle se conquiert sur le terrain.
Face à cette situation, Idrissa Gana Guèye a choisi l’ironie pour répondre à ce qu’il considère comme un dérapage total. Le milieu des Lions, auteur d’une CAN aboutie et passeur décisif en finale, a lancé une sortie aussi piquante que symbolique : « Je m’engage personnellement à regrouper les médailles et à les rendre au Maroc, si cela peut vraiment apaiser les tensions entre les deux pays. »
Avant d’enfoncer le clou : « Nous, on gagne les titres sur le terrain, pas dans les bureaux. Un match de foot se gagne sur une pelouse, et c’est ce qu’on a fait. On mérite d’être champions d’Afrique… et, pour nous, on l’est. »
Derrière la provocation, un message clair : le football ne devrait jamais être confisqué par les pressions et les calculs. Car à trop vouloir gagner à tout prix, on finit parfois par perdre l’essentiel : la crédibilité. La Coupe ne reviendra pas à la maison car le Tribunal arbitral du sport cassera très probablement la décision du jury d’appel. Donc Marocains, revenez plutôt à la raison.
D.V.






