Carnet de voyage – CAN 2025 : De Casa à Tanger, les Lions très attendus et craints
À quelques mois de la CAN 2025 organisée au Maroc, les regards sont déjà tournés vers les prétendants au titre. Si le pays hôte rêve de sacre à domicile, une autre nation occupe l’esprit des supporters, et même des officiels marocains : le Sénégal. De Casablanca à Tanger, en passant par le TGV Al Bourak, les témoignages recueillis révèlent un mélange de respect, d’admiration… et de crainte assumée.
Le soleil décline lentement sur Casablanca en ce jeudi 3 avril. Sur la place publique située à côté du tramway, un lieu de passage très fréquenté par les jeunes et les familles, l’agitation est constante. Entre vendeurs ambulants, passants pressés et badauds assis sur les bancs, l’ambiance est typiquement casablancaise : bruyante, chaleureuse et pleine de vie.
C’est ici que Mouhamed, photographe marocain, passe ses journées à capturer des instants de rue. Appareil en bandoulière, il partage sa vision du football africain avec enthousiasme : « L’équipe nationale sénégalaise est l’une des plus fortes en Afrique. À l’image du Maroc ou de la Côte d’Ivoire, ils ont énormément de bons joueurs qui évoluent dans les plus grands championnats. Ici, tous les Marocains voient le Sénégal comme un vainqueur potentiel. »
Tanger : sur les hauteurs de la Kasbah, le Sénégal inquiète
À Tanger où le Sénégal sera logé pour la phase des poules, c’est dans les ruelles escarpées de la Kasbah que nous rencontrons Said, guide touristique depuis plus de 30 ans. L’endroit est chargé d’histoire : les murs blanchis à la chaux, les portes colorées, les échos du muezzin qui résonnent entre les bâtiments… La vieille ville offre un cadre paisible mais vivant.
Said s’arrête devant une échoppe de souvenirs. Il salue chaque passant, discute avec les touristes. Quand on l’interroge sur la CAN, son visage devient sérieux.
« Le football africain est en plein développement, mais le Sénégal se démarque des autres équipes. Sur ces quatre dernières années, c’est devenu une équipe imbattable. Ils ont des stars qui viennent de clubs professionnels en Europe. »
Il parle aussi du défi qui attend le Maroc : « On va tout miser sur cette année, parce que depuis 1976, c’est notre seul trophée continental. On a fait une belle Coupe du monde, mais jouer les équipes africaines, c’est une autre bataille. Cette fois, on organise, on n’a pas changé grand-chose dans l’équipe, mais j’espère ne pas tomber sur le Sénégal. » Et il insiste : « Si ça arrive, ce sera une opération suicide. Je parle de logique : les Sénégalais sont trop forts. Ils ont battu le Cameroun, l’Egypte… Ils sont très réguliers. »
Avec un sourire, il lâche : « Si cela arrive, les Marocains au lieu de prier cinq fois par jour, vont prier vingt fois ! »
À bord du TGV Al Bourak : entre luxe moderne et réflexions continentales
Le TGV Al Bourak relie Tanger à Casablanca (340 Km) en à peine deux heures. À l’intérieur, silence, moquette, climatisation douce et sièges spacieux. Le train glisse à toute allure à travers les campagnes marocaines, offrant un contraste saisissant entre tradition et modernité.
Dans l’un des wagons première classe, Said, directeur financier de l’Office National du Tourisme du Maroc, est confortablement installé. Tenue décontractée, tablette ouverte, il profite du calme du voyage pour répondre à nos questions.
« Franchement, je salue la progression de l’équipe nationale du Sénégal. Leur qualité de jeu, leur manière de jouer, c’est très impressionnant. Leur façon de jouer force l’admiration. » Il marque une pause, puis ajoute avec fierté : « Je suis convaincu que leur potentiel va durer longtemps sur la scène continentale et mondiale. En tant qu’Africain, je suis fier de cette équipe. Ils font honneur au continent, tout comme le Maroc. »
Analyse croisée : deux titans sur une trajectoire de collision
Les propos recueillis montrent à quel point le Sénégal s’est imposé comme une machine de guerre, crainte pour sa rigueur, sa régularité et son expérience. Le Maroc, en tant qu’hôte, veut briller à domicile, mais l’ombre du champion 2021 plane sur ses ambitions.
Le Sénégal a l’expérience des finales, un nouveau sélectionneur, une génération dorée et un réservoir large. Le Maroc, lui, bénéficie d’un contexte favorable, d’un public acquis à sa cause et d’un vivier renforcé par les binationaux. Mais la question se pose : peut-il battre le Sénégal ?
Un journaliste sportif marocain rencontré à Tanger glisse : « Si la logique est respectée, on aura un Maroc–Sénégal en demi-finale ou en finale. Ce serait l’affiche la plus attendue de la CAN. Mais ce sera aussi la plus difficile. »
Qu’ils soient guide à la Kasbah, photographe dans les rues de Casa ou cadre dans le TGV, tous les Marocains interrogés disent la même chose : le Sénégal est aujourd’hui l’équipe à battre. Une formation respectée, redoutée, capable de renverser n’importe quel adversaire.
Et si le Maroc rêve de soulever le trophée chez lui, une chose est sûre : pour y parvenir, il faudra probablement passer par une épreuve de feu… appelée Lions de la Teranga.
Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial au Maroc








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