Comment ASC Renaissance est devenue une institution du Navétane
Située au nord de Thiès, Médina Fall respire le football. Dans ce quartier populaire, cinq ASC animent chaque saison le Navétane, dont quatre dans la Zone 2 de l’ODCAV Thiès. Parmi elles, l’ASC Renaissance incarne depuis plus de trente ans la passion, la rigueur et la continuité.
Fondée en 1992, l’ASC Renaissance est bien plus qu’un simple club : c’est une institution dans le paysage du Navétane thiessois. Son histoire est marquée par un palmarès impressionnant, témoin d’un travail méthodique, de la révélation de nombreux talents et d’une ferveur populaire inégalée, dans un engagement constant orienté vers l’excellence.
À l’ASC Renaissance, chaque saison est un défi à relever, chaque match un devoir. Porter le maillot jaune et vert, c’est défendre un héritage, faire vibrer un quartier et honorer un nom désormais gravé dans la mémoire sportive de Thiès.
L’ASC Renaissance : une réponse à la croissance du quartier
À l’origine, l’ASC Médina Fall avait été créée pour permettre aux jeunes du quartier de jouer au football dans un cadre structuré. Mais avec le temps, le quartier s’est considérablement développé et la population a connu une forte croissance. Face à cette évolution, il devenait difficile d’accueillir tous les jeunes au sein d’une seule ASC.
Il a donc fallu envisager une alternative pour mieux répondre aux besoins des habitants. C’est dans ce contexte que l’ASC Renaissance a vu le jour, marquant ainsi la volonté de donner à un plus grand nombre de jeunes l’opportunité de s’exprimer à travers le sport, et notamment le football. « Il fallait emprunter des maillots pour jouer le premier match »
Présent lors de la première assemblée générale, Ibrahima Sori Sidibé se souvient : « On a couru après une affiliation pendant cinq ans, puisqu’il y avait des gens qui n’étaient pas d’accord pour qu’il y ait une deuxième équipe dans le quartier. Juste après la validation de l’affiliation, nous avions été convoqués en réunion un lundi pour nous informer qu’on devait jouer le samedi suivant. Nous avions à peine cinq jours pour nous préparer. Il fallait chercher des joueurs dans un délai très court. Il nous fallait également emprunter des maillots. Les débuts étaient donc très difficiles. L’ASC Renaissance a ainsi réussi à partager les points lors de ses deux premiers matchs avant de perdre le troisième face à Ballabey, au stade Lat-Dior. Alors, on a fait mieux que résister, même si nous étions des novices. Je me souviens avoir entendu un dirigeant de l’ASC Aiglon demander à ses joueurs de marquer le maximum de buts possibles pour soigner la différence de buts. Plus tard dans le match, il leur disait d’être prudents, en soulignant que si le nom de l’équipe était nouveau, les joueurs, eux, étaient déjà rompus à la tâche. »
Une ascension fondée sur la valorisation des compétences locales
Créée bien après plusieurs tentatives dans la Zone 2, l’ASC Renaissance a pourtant réussi à écrire sa propre histoire et à se hisser parmi les clubs les plus respectés de la zone. Son palmarès éloquent en est la preuve :
1- Championne départementale en 2003
2- Championne zonale (Zone 2) en 2004, 2006, 2012, 2015, 2018 et 2022
3- Vainqueur Coupe du Maire Zone Nord en 2011
4- Vice-championne zonale à plusieurs reprises, dont 2024
5- L’année 2003 reste le grand tournant.
Ce succès repose sur une philosophie de gestion bien particulière et très efficace. Comme le souligne Ibrahima Sidibé : « Les postes ne sont pas convoités dans un esprit de rivalité. ». Ainsi, les responsabilités sont confiées à ceux qui présentent le meilleur profil, dans un souci d’efficacité et d’unité.
Cette belle philosophie a été à l’origine de l’élection de l’actuel président du club. Ngagne Sarr raconte qu’il a été informé de son élection après coup, et qu’il considérait cette fonction comme un sacerdoce : servir l’ASC Renaissance, c’est se mettre à la disposition d’une famille déjà soudée, où les plus jeunes se rangent derrière leurs aînés pour le bien du quartier.
En ce qui concerne l’encadrement technique, le club a fait le choix de la valorisation locale. Pas question d’aller chercher un entraîneur en dehors du quartier : ce sont les compétences internes qui sont mobilisées. Les encadreurs issus du quartier sont encouragés à se former pour optimiser les performances de l’équipe. À titre d’exemple, l’un des grands artisans du succès de l’ASC Renaissance ces dernières années, Salam Bèye, a gagné en maturité et en professionnalisme en fréquentant le staff de Génération Foot.
2003, le déclic : Renaissance remporte la coupe départementale
« En 2003, on y a cru. L’équipe n’avait qu’un seul gardien de but durant toutes les phases départementales et le banc de touche n’était pas fourni. Il nous arrivait de jouer avec seulement deux remplaçants. Malgré tout, Renaissance est parvenue à faire un brillant parcours et à inscrire son nom au palmarès des phases départementales de Thiès. À partir de là, on a commencé à y croire un peu plus, parce que cette première grande victoire marquait le déclic. L’engouement des supporters devenait de plus en plus important », se souvient Ngagne Sarr.
Si l’ASC Renaissance de Médina Fall brille en Zone II, ses ambitions ne s’arrêtent pas là. Le club vise également les sommets du Navétane thiessois, avec en ligne de mire les phases départementales, régionales, voire nationales. « Nous ne voulons plus nous contenter d’un titre zonal. Notre objectif est de hisser Renaissance parmi les meilleures équipes de la région, et pourquoi pas, représenter Thiès au niveau national », affirme le président Ngagne Sarr.
« Nos meilleurs éléments sont recrutés en Ligue 1 et Ligue 2 »
Former, puis encourager les talents à s’ouvrir au haut niveau. Mais cette ambition se heurte à une réalité bien connue : la fuite des talents en pleine saison. M. Sarr analyse la situation :
« En début de championnat, nous avons une équipe compétitive, bâtie pour aller chercher des trophées. Malheureusement, beaucoup de nos meilleurs éléments sont recrutés en Ligue 1 ou en Ligue 2 au cours de la saison. Ils ont le niveau, c’est une fierté, mais cela affaiblit notre groupe. »
Côté joueurs, l’ASC Renaissance incite ses jeunes talents à poursuivre la compétition dans des clubs extérieurs à la fin de la saison de Navétane. Une stratégie qui permet aux joueurs d’acquérir de l’expérience et de revenir avec un bagage enrichi, au bénéfice du collectif.
Parmi tant d’autres, Baba Ndongo a longtemps joué à l’US Rail avant de revenir au club pour apporter son expérience et son savoir-faire. L’ASC Renaissance constitue une véritable école pour les joueurs. Ces dernières années, le club a révélé de nombreux talents passés en Ligue 1 et Ligue 2.
Le capitaine Ndongo dresse la liste : « Papa Massamba Junior Gaye est un joueur de Teungueth FC, Mame Thierno Seye évolue à l’AS Douanes, Fallou Gningue, après avoir largement contribué à la montée de Wally Daan en Ligue 1, est devenu un joueur de l’AS Bambey, et Alassane Ly joue à la SONACOS. La liste est loin d’être exhaustive. »
Une transmission générationnelle réussie
Le club peut également être fier de sa transmission générationnelle. Les deux derniers présidents en sont la parfaite illustration : ils ont grandi autour de l’équipe, bien avant même d’avoir l’âge de jouer, et ont gravi les échelons jusqu’à accéder à la présidence. Une preuve de plus que « Renaissance est avant tout une famille, un projet de quartier porté par et pour les siens », selon Ibrahima Sori Sidibé.
La flamme toujours vivante
Malgré les nombreux défis, l’ASC Renaissance continue de travailler avec rigueur et détermination. Le rêve de redonner au club son statut de champion départemental et de conquérir le trophée régional reste vivant.
Et avec lui, l’espoir de porter haut les couleurs de Médina Fall et de toute la ville de Thiès.
Abdoulaye DIOUF







