Dossier 1er mai I Football féminin sénégalais : qui paye ses joueuses ?
En ce 1er mai, journée internationale des travailleurs, la question des rémunérations dans le football féminin sénégalais s’impose naturellement. Derrière les performances sportives et la montée en popularité de la discipline, une autre réalité persiste : celle des conditions financières des joueuses.
Sujet encore sensible, souvent entouré de silence, les données sur les salaires restent difficiles à obtenir. Beaucoup d’acteurs refusent d’en parler ouvertement. Pourtant, en croisant plusieurs sources, il est possible de dresser un état des lieux révélateur d’un championnat à deux vitesses.
Des clubs moteurs qui tirent les salaires vers le haut
Bien que la D1 féminine conserve un statut largement amateur, certains clubs ont franchi un cap en proposant de véritables salaires à leurs joueuses. C’est notamment le cas des Aigles de la Médina, dominatrices du football féminin sénégalais ces dernières années. Fort d’un effectif composé en grande partie d’internationales, le club figure parmi les meilleurs payeurs du championnat.
Les rémunérations y oscilleraient entre 75 000 et 130 000 FCFA, avec des avantages supplémentaires comme le logement et la prise en charge alimentaire pour plusieurs joueuses. Une évolution notable si l’on se rappelle qu’il y a encore quelques années, les primes de match étaient inexistantes.
Dans la même dynamique, Jappo Olympique de Guédiawaye (Ex Sirènes), club historique racheté par Djamil Faye et parmi les plus titrés, proposerait des salaires compris entre 85 000 et 130 000 FCFA. À AS Bambey, club du président de la FSF, Abdoulaye Faye, il y a également une revalorisation des revenus. Les joueuses y percevraient entre 75 000 et plus de 120 000 FCFA mensuels.
Même tendance du côté de Dakar Sacré-Cœur (DSC), avec une grille salariale estimée entre 75 000 et 120 000 FCFA.
Plus modestement, Kaolack FC se situe sur une échelle inférieure, avec des rémunérations allant d’environ 30 000 à moins de 100 000 FCFA.
Entre primes et accompagnement : la majorité des clubs à la traîne
En dehors de ces quelques locomotives, la majorité des clubs de D1 féminine ne disposent pas des moyens pour salarier leurs joueuses. Le fonctionnement repose alors essentiellement sur des primes de match ou des aides ponctuelles.
Aux Étincelles FC de Kédougou, par exemple, les joueuses ne perçoivent pas de salaire fixe. Elles bénéficient toutefois de primes : 5 000 FCFA en cas de victoire, 3 000 FCFA pour les joueuses convoquées en cas de défaite, et 1 500 FCFA pour le reste de l’effectif.
Au Lycée Ameth Fall de Saint-Louis, il n’existe ni salaire ni prime de match. Une enveloppe est néanmoins distribuée à la fin du mois, en fonction des performances collectives.
Le Casa Sports fonctionne sur un modèle d’accompagnement financier : environ 25 000 FCFA par joueuse, avec quelques exceptions atteignant 30 000 FCFA, mais sans primes ni salaires formels.
À Kumaré FC de Sédhiou, seules les rencontres à l’extérieur donnent lieu à une prime de 3 000 FCFA pour les joueuses convoquées, complétée par un soutien ponctuel décidé par la présidente du club.
Même logique aux Amazones de Grand Yoff, où les joueuses ne sont pas rémunérées mais bénéficient d’un remboursement de transport d’environ 1 000 FCFA pour les entraînements et les matchs.
Un football féminin en quête de professionnalisation
Ce panorama met en lumière un écart important entre quelques clubs en mode semi-professionnel et une majorité encore amateur. Si des avancées sont visibles, notamment avec l’apparition de salaires mensuels dans certaines équipes, elles restent limitées à une minorité.
Chérif Aidara Seydi






