Dossier – Élection FSF : Profils et programmes des sept candidats
Le 2 août 2025, le football sénégalais vivra un moment décisif avec l’élection de son prochain président. Sept candidats ont déposé leurs dossiers pour succéder à Me Augustin Senghor, à la tête de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) depuis 2009. À travers des profils variés et des programmes ambitieux, tous partagent un objectif commun : propulser le football sénégalais vers de nouveaux sommets.
Contexte de l’élection
Après plus d’une décennie sous la présidence d’Augustin Senghor, l’élection du 2 août 2025 s’annonce comme un scrutin particulier qui offre le choix entre la continuité et des réformes profondes. Les débats se cristallisent autour de la gouvernance, du financement, de la réelle professionnalisation des clubs, du développement des infrastructures, et de l’encadrement des jeunes et du football amateur.
Les candidats et leurs principales visions
- Augustin Emmanuel Senghor : La continuité et la stabilité fédérale
Profil : Avocat d’affaires, président de l’US Gorée, et ancien 1er vice-président de la CAF. En poste depuis 2009, Me Senghor incarne l’expérience et la diplomatie fédérale.
Programme : Axé sur la continuité institutionnelle pour maintenir la stabilité, le renforcement des partenariats internationaux, la consolidation de la performance des équipes nationales (notamment l’équipe A, source de richesse), et la structuration durable de la FSF.
Vision : Me Senghor défend une approche où la performance sportive génère la richesse, permettant d’investir dans les infrastructures comme les 20 hectares de Toubab Dialaw et les 8 hectares de Guéréo. Il insiste sur la nécessité du soutien de l’État pour le développement du football africain.
- Mady Touré : La réforme par la gouvernance et la formation
Profil : Entrepreneur du football, fondateur de Génération Foot, pépinière de talents (Sadio Mané, Ismaila Sarr…). Candidat expérimenté, en lice depuis 2013.
Programme : Un plan en 7 axes incluant la gouvernance transparente, la promotion du football amateur, la professionnalisation des clubs, la formation certifiante, le développement du football féminin, le marketing sportif, et l’inclusion sociale via une fondation.
Engagements forts : Se retirer de Génération Foot en cas d’élection et limiter les mandats à trois (12 ans).
Vision : Mady Touré prône une autonomie de la Ligue professionnelle et une refonte des statuts des acteurs du football (joueurs, entraîneurs, cadres techniques). Il met l’accent sur la formation des administrateurs et l’obligation pour tous les clubs professionnels d’avoir un centre de formation pour assurer une réussite éducative et sportive des jeunes.
- Abdoulaye Fall : Le football comme levier économique et social
Profil : Inspecteur du Trésor, président de l’AS Bambey, membre du COMEX de la FSF et président de la Ligue régionale de Diourbel. Bénéficie du soutien de figures comme Cheikh Seck et Elimane Lam.
Programme « PRAXIS » (5 axes) :
* Gouvernance alignée sur les standards CAF/FIFA avec un organe d’audit.
* Développement technique via la formation continue et la modernisation de la DTN.
* Amélioration des infrastructures via un schéma directeur.
* Inclusion sociale et reconversion des joueurs.
* Diversification des financements (fondation, sponsoring, droits commerciaux).
Vision : Positionner le football comme un puissant levier économique régional et social.
- Me Moustapha Kamara : Expertise jjuridique et soutien au football amateur
Profil : Avocat, Docteur en droit du sport, expert au Tribunal Arbitral du Sport (TAS), auteur spécialisé et président du club amateur Coton Sport (Tambacounda).
Programme « Le football pour tous » :
* Réforme statutaire (limitation des mandats, scrutin de liste, conseil de surveillance).
* Plan national pour le football amateur (financement, formation, infrastructure).
* Marketing et autonomisation des clubs, valorisation des droits télé, statut des anciens internationaux.
* Digitalisation de la FSF et décentralisation explicite.
Atout : Une combinaison unique d’expertise juridique et d’expérience terrain, particulièrement dans le milieu régional. Il critique les programmes sans sources de financement claires et souhaite une revalorisation des subventions des clubs amateurs en fonction des revenus générés.
- Aliou Goloko : Rigueur arbitrale et infrastructures modernes
Profil : journaliste, Observateur indépendant, sans affiliation majeure à un club. Adopte une approche critique et d’outsider.
Programme : Axé sur la professionnalisation et la technologie.
* Création d’une Maison de l’arbitrage dès 13 ans, nommée en hommage à Badara Mamaya Sène, pour former un vivier mixte d’arbitres.
* Mise en place de la VAR pour réduire les erreurs arbitrales.
* Construction d’un siège de 11 étages pour la FSF (dont trois dédiés au football amateur), qui portera le nom d’Augustin Senghor.
* Création d’un centre médical de la FSF accessible à tous les clubs.
* Soutien accru aux clubs engagés dans les compétitions africaines.
Vision : Une justice sportive renforcée et des infrastructures de pointe pour garantir la performance et la sécurité.
- Oumar Ndiaye : La défense du football de proximité et la rigueur financière
Profil : Porte-parole du football amateur et habituel défenseur du football de proximité.
Programme :
* Redistribution équitable des recettes internationales aux clubs.
* Renforcement des moyens des clubs de base.
* Professionnalisation locale et obligation pour les clubs de respecter leurs engagements salariaux sous peine de relégation.
Vision : Restaurer l’autorité et la rigueur dans la gestion des clubs, en intégrant l’État pour vérifier la conformité des obligations.
- Abdou Thierry Camara (« Titi Camara ») : Modèles financiers innovants
Profil : Spécialiste de l’évènementiel, agent marketing
Programme : Propose un modèle financier inédit appelé « Football bonds » ou des systèmes garantis sur la plus-value des transferts pour injecter des fonds directement dans les clubs.
Vision : Transformer le football en un puissant levier économique grâce à des mécanismes de financement novateurs.
Enjeux majeurs et déclarations clés
Les candidats ont eu l’occasion de défendre leurs programmes, souvent en insistant sur les lacunes actuelles et les axes d’amélioration.
Augustin Senghor insiste sur la nécessité des moyens de l’État pour le développement du football et sur la création de richesse par la performance sportive.
Mady Touré met en avant l’autonomie de la Ligue professionnelle et la formation comme piliers de la réforme.
Oumar Ndiaye promet de la rigueur en imposant des obligations salariales aux clubs, sous peine de relégation.
Aliou Goloko axe sa vision sur la modernisation (VAR, centre médical) et la reconnaissance des figures du football sénégalais.
Moustapha Kamara met en lumière l’importance d’un plan national d’accompagnement pour les clubs amateurs et la nécessité de financements clairs.
Abdou Thierry Camara propose une approche économique innovante pour financer le développement du football.
L’élection du 2 août 2025 s’annonce comme un tournant pour le football sénégalais. Entre la continuité prônée par le président sortant et les multiples appels à la réforme, la modernisation, la décentralisation et la professionnalisation des autres candidats, le choix sera crucial. Chaque profil incarne une vision distincte, mais tous convergent vers un objectif commun : bâtir une institution forte, un football populaire et performant, capable de s’élever au niveau international tout en nourrissant ses racines locales.
Le rendez-vous est pris pour le 2 août. En attendant, les campagnes se poursuivent, dessinant les contours du futur du football sénégalais.
Khadim DIAKHATÉ






