Edito Coupe du monde : Bob Marley, Trump, les Lions et l’universalité
Le calendrier renferme des dates que même l’inexorable roulis du temps ignore parfois. 11 Mai. La date renvoie à un homme. Bob Marley. La Jamaïque l’a vu naître, le Reggae l’a propulsé et le monde en a fait une légende. Celle de la musique. Avec des messages qui résonnent fort. Des sonorités devenues un hymne pour l’égalité des hommes. Le 11 Mai n’est donc plus une simple date. Mais un repère et un rendez-vous qui n’ont pas échappé à Dsports. Car l’homme dont l’œuvre et la vie sont célébrées ce jour à travers le monde était aussi un pont entre la musique et le football que notre rédaction a voulu enjamber pour se projeter sur le versant foot pour mieux évoquer la Coupe du monde.
Le 11 mai, le monde se souvient d’un homme qui a réussi l’exploit que tous les footballeurs rêvent d’accomplir : devenir éternel. Bob Marley est mort en 1981. Pourtant, quarante-cinq ans plus tard, un enfant de 10 ans peut chanter ‘’One Love’’ sans avoir connu, ni les vinyles, ni les cassettes, ni même les CD. C’est ça, l’universalité : traverser les générations sans prendre une ride. Être contemporain de tout le monde. La Coupe du monde fonctionne exactement de la même manière.
Un tournoi universel, mais pas pour tous
Tous les quatre ans, le football cesse d’être un sport pour devenir une langue universelle. Pendant un mois, la planète entière regarde dans la même direction. Cette édition 2026 pousse encore plus loin cette idée d’universalité : un tournoi gigantesque disputé en Amérique, à quelques battements de reggae de la Jamaïque de Bob Marley. Trois pays organisateurs : Canada, Mexique, États-Unis. Quarante-huit sélections. Des centaines de millions de supporters.
Sauf que Trump et sa politique du repli ont abîmé cette promesse d’ouverture, en bloquant l’entrée aux États-Unis des supporters de pays comme le Sénégal. Un grand antijeu que ‘’l’arbitre’’ la FIFA n’a jamais eu le courage de sanctionner, et que la diplomatie des pays concernés n’a jamais voulu contester. Ils n’ont vraisemblablement pas retenu la leçon de Pape Thiaw : il faut savoir se lever de table quand on n’est pas respecté.
Bob Marley, lui, n’aurait pas toléré cette restriction. Pour lui, le football n’était pas seulement un jeu. C’était une forme de liberté. Une respiration populaire. Un terrain où les pauvres pouvaient rêver aussi fort que les riches, comme dans les rues africaines où des milliers d’enfants s’inventent des légendes sans infrastructure aux normes. Le football et la musique partagent ce point commun : ils offrent une liberté, une universalité et une immortalité que l’argent ne peut pas acheter.

Bob Marley un féru de foot
Les étés qui fabriquent les légendes
Pelé n’a jamais joué la Ligue des champions. Pourtant, Pelé reste Pelé. Pourquoi ? Parce que la Coupe du monde l’a transformé en mythe planétaire. Ses étés mondiaux ont suffi à le rendre éternel, comme les chansons de Bob Marley.
Même histoire pour Diego Armando Maradona. Lui non plus n’a jamais soulevé la Coupe aux grandes oreilles. Mais un slalom contre l’Angleterre et une « main de Dieu » ont suffi à l’inscrire au patrimoine mondial de l’humanité footballistique. Naples l’a adoré. Le Mondial l’a sanctifié.
Zinédine Zidane ? La France entière était prête à remplacer Jacques Chirac par Zizou après ses deux coups de tête de génie en finale 1998 contre le Brésil. C’est ça, la Coupe du monde : l’endroit où des hommes deviennent des personnages historiques en 90 minutes.
Au Sénégal, El Hadji Diouf et Papa Bouba Diop illustrent parfaitement cette magie. Leurs carrières en club furent honorables, parfois brillantes, mais c’est l’été asiatique de 2002 qui les a propulsés dans l’éternité africaine.
Même Lionel Messi, pourtant empereur statistique du football moderne, avait besoin du Mondial pour parachever sa légende. Comme si le football lui-même refusait de délivrer le diplôme suprême sans ce passage initiatique. Il l’a finalement obtenu, mais en hiver, au Qatar. Peut-être est-ce justement pour cela qu’il reviendra en 2026 : certains artistes préfèrent finir leur tournée sous le soleil d’été.
Les Lions, Iron Lion Zion
Et puisqu’on parle de tournée, impossible de quitter Bob Marley sans évoquer Iron Lion Zion. Le titre parle d’un homme « fort comme le fer, lion dans la savane ». Une phrase qui devrait être placardée dans le vestiaire des Lions du Sénégal avant leur départ pour l’Amérique. Être des Lions de fer. Résister à la pression. Cette Coupe du monde peut être celle où l’Afrique laisse enfin une empreinte plus profonde qu’un simple exploit isolé.
La dernière danse de Sadio
Pour Sadio Mané, ce rendez-vous sera la dernière grande scène. Le numéro 10 sénégalais est déjà une légende de la CAN : deux fois meilleur joueur du tournoi, double champion d’Afrique, héros national. Son histoire continentale est écrite à l’encre indélébile. Mais la Coupe du monde lui résiste encore : une élimination au premier tour en 2018, une absence douloureuse en 2022.
Or certaines légendes ne deviennent universelles qu’après un été mondial réussi. Peut-être que l’Amérique sera son dernier grand concert. Peut-être que ce Mondial transformera enfin ses accélérations en hymnes planétaires. Peut-être qu’à l’image de Bob Marley, les Lions laisseront derrière eux quelque chose qui traversera les générations. En attendant vous fera voyager dans le passé, le présent et même le futur avec son programme ‘’Road To America’’.
Demba VARORE






