Eldorado I Messi, de Atou à Mor Ndajé
Dans les normes, cette nouvelle scène mondiale devait être celle où Lamine Yamal viendrait titiller les deux monstres Haaland et Mbappé, eux-mêmes appelés à prendre le relais de la rivalité Messi-Cristiano Ronaldo, qui a tenu en haleine les amoureux du football pendant près de quinze ans. Mais Lionel n’a manifestement aucune intention de quitter la scène. Alors que beaucoup pensaient qu’il avait esquissé ses derniers pas au Qatar avant de recevoir les hommages dus à son immense carrière, le voilà de retour aux États-Unis, avec une énergie et une influence que peu imaginaient encore.
À 39 ans, Messi est devenu un véritable Mor Ndajé, ce personnage bien connu de la société sénégalaise qui est partout, sur toutes les scènes, à tous les rendez-vous, même là où personne ne l’attendait plus et où certains auraient préféré ne plus le voir. On est désormais bien loin du « Atou », ce sobriquet que lui avaient attribué ses détracteurs lorsqu’ils lui reprochaient, notamment lors de certaines campagnes européennes avec Barcelone, de s’effacer dans les grands rendez-vous. En Ligue des champions, comme dans la plupart des compétitions de clubs, il a pourtant très souvent porté les siens. Avec l’Argentine, en revanche, hormis chez les jeunes, il a longtemps semblé jouer une partition inachevée, incapable de retrouver la même harmonie qu’en Catalogne. Puis Lionel Scaloni est arrivé. Messi est devenu le véritable chef d’orchestre de l’Albiceleste, suivi par tout un groupe qui s’est enfin mis à jouer à l’unisson. Depuis, la musique est devenue irrésistible.
Et c’est précisément au moment où l’histoire semblait prête à changer de héros que Messi a décidé de réécrire le scénario. Car en face, la relève est bien là. Pour Kylian Mbappé, l’histoire est déjà connue. Tous les quatre ans, lorsque retentit La Marseillaise, il se transforme. Depuis sa première apparition sur la scène mondiale, il fait de chaque Coupe du monde son jour de gloire. C’est son rendez-vous. Son jardin. Là où la Ligue des champions continue de lui échapper malgré une quête obstinée, le gamin de Bondy s’est offert la Coupe du monde dès son premier coup, a failli prolonger l’idylle au Qatar et se retrouve encore idéalement placé pour reconquérir le trophée à New York.
Quant à Erling Haaland, qui découvre seulement les lumières de la Coupe du monde, il danse déjà parfaitement au rythme des tambours. En attendant, peut-être, le grand réveil du charmeur Yamal, dont la mise en train a sans doute été retardée par sa blessure en fin de saison. Mais nul doute que dès qu’il trouvera son rythme, il sera capable de rafler tous les projecteurs et d’envoyer les autres dans l’obscurité.
D.V.







