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Élection à la présidence de la FSF : six candidats face à la RTS, un grand oral décisif ?

À moins de deux semaines de l’élection du président de la Fédération sénégalaise de football, prévue le 2 août 2025, la RTS a organisé un grand oral réunissant les candidats en lice ce lundi au King Fahd Palace. Tous ont répondu à l’appel… sauf un : Abdoulaye Fall qui a préféré poursuivre ses activités dans la région de Tambacounda, privilégiant la stratégie de terrain au débat télévisé.

Pendant plus de deux heures, six hommes ont exposé leur vision, leur programme et leur ambition pour l’avenir du football sénégalais. Retour sur les temps forts de cette émission.

Augustin Senghor : « On ne peut pas créer de la richesse autrement que ce qu’on nous donne »

Président sortant de la Fédération, Me Augustin Senghor a défendu un discours d’équilibre entre continuité et nécessité de moyens. « En Afrique, dans la plupart des pays, le football ne peut pas émerger sans l’appui de l’État. Cela demande un vrai programme. L’État a confié à la fédération un travail, et la loi stipule que lorsqu’on confie une mission, il faut donner les moyens de la réaliser. Or, ces moyens, parfois, ne sont pas là », a-t-il rappelé.

Il ajoute que : « La performance sportive crée de la richesse. Grâce aux résultats de l’équipe A, on investit : 20 hectares à Toubab Dialaw, 8 à Guéréo. Plus l’équipe avance, plus elle rapporte, et on développe nos infrastructures. »

Mady Touré : « Il faut rendre la Ligue professionnelle autonome »

Le président de Génération Foot a insisté sur la nécessité de réformer en profondeur la gouvernance. « La première des choses, c’est de rendre la Ligue professionnelle autonome. Ce n’est pas à la Fédération de financer la Ligue. Il faut aussi revoir le statut des joueurs, des entraîneurs, des cadres techniques, et former les administrateurs. Le cas récent entre Builders et le Jaraaf n’aurait pas eu lieu si l’administrateur avait été bien formé à FIFA Connect. »

Sur l’encadrement des jeunes, il a martelé : « Il faut obliger tous les clubs professionnels à avoir un centre de formation. À Génération Foot, on a commencé avec 20 joueurs, deux ballons et une table. Aujourd’hui, 100 % de nos pensionnaires ont réussi leur bac. Quand on prend un enfant, on a une responsabilité envers ses parents. »

Oumar Ndiaye : « Si un club ne remplit pas ses obligations, il doit être relégué »

Le candidat Oumar Ndiaye s’est montré offensif sur la question de la rigueur. « À notre époque, on faisait des contrôles inopinés. Aujourd’hui, la Ligue ne contrôle plus rien. On avait prévu de retourner en amateur si les choses n’avaient pas évolué. On était même obligés de payer les arbitres nous-mêmes. »

S’il est élu, il promet de restaurer l’autorité : « Je vais donner deux ans aux clubs. Si un club ne respecte pas ses obligations — notamment salariales —, il descendra. Je compte intégrer l’État dans le processus, avec des inspecteurs pour vérifier la conformité. »

Aliou Goloko : « Je veux ériger un siège de 11 étages au nom d’Augustin Senghor »

Le journaliste et ancien conseiller marketing a dévoilé un programme, structuré autour de la professionnalisation et de la technologie. « Je veux construire un siège de 11 étages pour la FSF, qui portera le nom d’Augustin Senghor. Trois étages seront réservés au football amateur. »

Il veut aussi instaurer la VAR : « Trop de violences naissent des erreurs arbitrales. La Côte d’Ivoire et la Mauritanie l’ont déjà fait. Pourquoi pas nous ? »

Autres mesures fortes : la création d’un centre médical de la FSF, accessible à tous les clubs, et d’une « Maison de l’arbitrage » qui portera le nom de Badara Mamaya Sène. « On formera des arbitres dès 13 ans, qui officieront en U13 et U15 en équipes mixtes. Ainsi, à 18 ans, ils auront déjà de l’expérience. »

Enfin, il insiste sur le soutien aux clubs engagés dans les compétitions africaines : « Le Jaraaf et Génération Foot vont représenter le Sénégal. Il faut les accompagner. Le vainqueur de la Ligue des champions africaine peut gagner 4,5 millions de dollars, soit près de 3 milliards FCFA. »

Moustapha Kamara : « Un plan national pour accompagner les clubs amateurs »

Le président du club Coton Sport a articulé son programme autour du renforcement du football de base. « Mon projet s’appelle “Plan national d’accompagnement des clubs amateurs”. Il prévoit une revalorisation des subventions en fonction des revenus générés. Le Conseil d’administration de la LFA doit aussi avoir plus de pouvoirs. »

Sans nommer son rival, il a pointé du doigt un autre candidat : « Un candidat qui n’est même pas présent ici a promis des millions, mais dans son programme, il ne parle jamais des sources de financement. »

Abdou Thiery  : « Le football peut devenir un levier économique »

Moins connu du grand public, Abdou Thiery a présenté une approche économique du développement du football. Il a proposé un projet baptisé « Football Bond », qui vise à créer des instruments de financement à travers des titres adossés aux actifs du football. Il veut également développer l’attractivité des clubs pour attirer investisseurs et sponsors.

L’absence d’Abdoulaye Fall n’a pas échappé aux observateurs. Il est le seul à ne pas avoir pris part à ce rendez-vous. Cela n’a cependant pas empêché les autres candidats de faire valoir leur expérience, leur crédibilité ou leur projet. Entre rupture, continuité, modernisation, encadrement ou rigueur, les visions s’affrontent mais traduisent toutes un constat partagé : le football sénégalais a besoin de se transformer pour franchir un nouveau palier.

Le rendez-vous est désormais pris pour le 2 août. En attendant, les campagnes se poursuivent sur le terrain, dans les clubs, et dans les esprits.

Khadim DIAKHATÉ

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