Entretien exclusif I Abdou Aziz Ndiaye : « Ma signature à Strasbourg a échoué à cause des agents »
De Gueule Tapée au Danemark, en passant par la sélection nationale, Abdou Aziz Ndiaye retrace un parcours fait de détermination et de certaines opportunités manquées. Comme sa signature à Strasbourg en France. Le défenseur évoque son intégration à Midtjylland, son premier appel en équipe A et ses ambitions pour la suite.
Abdou Aziz Ndiaye, vous avez rejoint Midtjylland en juin dernier. Comment se déroule votre première saison au sein du club danois ?
Abdou Aziz Ndiaye : À mon arrivée, ce n’était pas évident. Je sortais de six mois sans jouer. Le club m’a d’abord demandé de passer un peu de temps avec l’équipe réserve. J’ai joué trois mois avec eux. On est ensuite partis au Brésil pour un tournoi, et c’est là-bas qu’on m’a annoncé que j’allais rejoindre l’équipe première. J’ai laissé mes coéquipiers sur place et je suis rentré au Danemark. Je m’adapte petit à petit. J’ai un contrat de cinq ans. Je n’ai pas encore joué de match avec l’équipe première, mais je travaille beaucoup pour gagner ma place.
Comment s’est passée votre adaptation à ce nouvel environnement, sur le terrain comme en dehors ?
Ce n’était pas facile. Heureusement, j’ai trouvé Ousmane Diao ici, il m’aide beaucoup. Le climat m’a énormément perturbé. Après le Sénégal, j’étais au Brésil, où on a quasiment le même climat. En arrivant ici, il faisait très froid. Même la nourriture, je ne connaissais pas. Le plus dur, c’était vraiment le froid. La langue aussi compliquait les choses, mais je prends des cours en ligne, car avec les entraînements et les séances vidéo, je n’ai pas assez de temps pour des cours en présentiel.
Comment décririez-vous le niveau et les particularités du championnat danois ?
C’est un très bon championnat, mais surtout très physique : beaucoup d’intensité, de duels. Il y a du jeu, mais c’est davantage du box-to-box. C’est plus physique que technique, même s’il y a de bons joueurs et de très bonnes équipes.
« En petites catégories aussi, je jouais des deux côtés. Au Jaraaf, j’ai même plus joué à gauche qu’à droite. Je suis droitier, mais paradoxalement plus à l’aise à gauche, sûrement parce que j’y ai le plus joué ».
Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans votre transition entre le championnat sénégalais et le football européen ?
L’adaptation. C’est d’ailleurs pour ça que je n’ai pas encore joué. Le club veut me laisser du temps. Parfois, certains joueurs s’adaptent vite, d’autres ont besoin de plus de temps. Le football, c’est comme ça.
Vous pouvez évoluer aussi bien à droite qu’à gauche de la défense. D’où vous vient cette polyvalence ?
Je suis droitier, mais depuis tout petit, mon coach formateur, Adama Mbodj du centre Mansour Ndoye de Gueule Tapée, m’a toujours dit que je pouvais jouer des deux côtés. À l’US Gorée, je jouais latéral droit, mais quand on n’avait pas de latéral gauche, je dépannais à gauche. En petites catégories aussi, je jouais des deux côtés. Au Jaraaf, j’ai même plus joué à gauche qu’à droite. Je suis droitier, mais paradoxalement plus à l’aise à gauche, sûrement parce que j’y ai le plus joué.
Est-ce que Abdou Aziz Ndiaye s’inspire d’un latéral en particulier ?
Celui qui m’a le plus inspiré, c’est Rémi Bocandé (ancien coéquipier au Jaraaf). C’est un très grand joueur : son caractère, son professionnalisme, sa technique, sa sérénité… Malgré son âge, quand il joue, tu ne le remarques même pas. On n’a pas le même style de jeu, mais j’apprends beaucoup en l’observant. Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup Dani Alves.
Quel joueur ou entraîneur vous a le plus marqué dans votre formation ?
Je dirais Youssouph Dabo. Il a toujours eu confiance en moi. J’étais junior, c’est lui qui m’a fait monter en senior et qui m’a révélé au grand public. C’est un entraîneur que j’admire beaucoup et qui m’a énormément apporté.
« Tout s’était bien passé, tout était clair, il ne restait que quelques détails. Mais les agents n’étaient pas d’accord. Moi, tout ce que je pouvais faire, c’était sur le terrain. Ils me disaient que même s’il restait trois jours, j’allais signer. Mais finalement, ils ne se sont pas entendus sur le prix »
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De quoi êtes-vous le plus nostalgique depuis votre départ pour le Danemark ?
De beaucoup de choses : passer du temps avec la famille, sortir avec les amis, la nourriture… Ici, il n’y a pas vraiment de vie sociale. C’est le terrain, l’entraînement, et la maison.
Votre nom a circulé du côté de Strasbourg. Que s’est-il réellement passé ?
J’étais parti faire des tests là-bas. Tout s’était bien passé, tout était clair, il ne restait que quelques détails. Mais les agents n’étaient pas d’accord. Moi, tout ce que je pouvais faire, c’était sur le terrain. Ils me disaient que même s’il restait trois jours, j’allais signer. Mais finalement, ils ne se sont pas entendus sur le prix. Et il y avait d’autres clubs européens qui me voulaient : en Turquie, Espagne, Italie, en France aussi. Certains voulaient me signer sans tests. Comme d’habitude, c’était des problèmes d’intérêt… leur propre intérêt. Ça m’a fait mal, parce que je voulais vraiment signer à Strasbourg. Mais à cause de ça, je n’ai pas signé. Après, je suis aussi allé au Portugal, mais la même histoire s’est répétée. À mon retour, je n’ai pas joué avec le Jaraaf parce que le club strasbourgeois avait demandé que je ne m’entraîne pas pour éviter tout risque. Je faisais des séances individuelles.
Vous avez démarré la saison 2024-2025 avec le Jaraaf. Comment avez-vous vécu à distance le titre de champion ?
J’habite à Gueule Tapée, donc naturellement je supporte le Jaraaf. J’ai beaucoup prié pour qu’ils remportent le championnat. Ils l’ont mérité, ils ont beaucoup travaillé. J’étais très content. C’est une famille pour moi : quand ils sont heureux, je le suis aussi.
Qu’avez-vous retenu de votre passage au Jaraaf ?
Je leur dois beaucoup. Si le championnat sénégalais me connaît aujourd’hui, c’est grâce au Jaraaf, même si mes débuts ont été un peu difficiles. Ma première année, c’était en 2023, quand on a remporté la Coupe du Sénégal. J’ai beaucoup appris. Les supporters sont très exigeants, il y a beaucoup de pression, mais c’est comme ça que tu t’endurcis et que tu peux t’adapter partout.
Vous avez été appelé en équipe nationale A en octobre 2025 par Pape Thiaw, notamment pour remplacer Ismaïl Jakobs blessé. Qu’est-ce que cette convocation vous a appris ?
C’était exceptionnel. Être appelé en équipe nationale, c’est une fierté. Partager la tanière avec des joueurs comme Sadio Mané, Kalidou Koulibaly, Édouard Mendy… c’est énorme. J’ai beaucoup appris à leurs côtés. C’est une famille, ils m’ont aidé sur et en dehors du terrain. Même sans jouer, j’étais heureux. On a disputé quatre matchs, quatre victoires, et on s’est qualifiés pour la CAN.
Vous attendiez-vous à cette sélection ?
Pas du tout. Mais rejoindre la tanière, c’était un rêve. J’étais dans mon salon quand Pape Thiaw m’a appelé. Il m’a dit : « Abdou Aziz Ndiaye, tu vas rejoindre l’équipe nationale ». J’ai failli pleurer. J’étais ému, tellement content. Ma famille et mes proches aussi.
«J’espère que le Jaraaf va gagner pour se relancer. Leur début de saison est un peu compliqué. Une victoire dans ce choc peut les remettre en confiance ».
Quelles sont vos ambitions pour la suite, en club comme en sélection ?
Je rêve de jouer pour mon pays, mais régulièrement cette fois. Porter le maillot, disputer des matchs, gagner des CAN, pourquoi pas une Coupe du monde. Ce ne sera pas facile, il y a beaucoup de joueurs sénégalais qui brillent en Europe. Mais je vais tout faire pour y arriver. En club, je veux jouer dans les grands championnats européens.
Le Jaraaf affronte Teungueth FC ce week-end. Qu’évoque pour vous ce duel ?
Au Sénégal, j’aimais trop les grands matchs : Jaraaf–Pikine, Jaraaf–Teungueth… Ce sont des affiches que tous les joueurs veulent jouer. Tout le monde te regarde. Le match qui m’a le plus marqué, c’est mon premier, en fin de saison 2023. On préparait la finale de la Coupe du Sénégal. On avait fait match nul et j’étais entré en deuxième mi-temps. L’ambiance à Ngalandou, l’intensité… c’était incroyable. J’espère que le Jaraaf va gagner pour se relancer. Leur début de saison est un peu compliqué. Une victoire dans ce choc peut les remettre en confiance.
Entretien réalisé par Ndeye Camara






