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Exclusif – Mathieu Chupin : « Le partenariat avec l’OL s’achève, mais l’histoire humaine continue »

Après dix années de collaboration marquée par la transmission, l’exigence et la fidélité à des valeurs fortes, le partenariat entre l’Olympique Lyonnais et l’AS Dakar Sacré-Cœur a officiellement pris fin le 30 juin 2025. Dans cet entretien exclusif, Mathieu Chupin, président délégué de DSC, revient sur cette relation exceptionnelle et sur les perspectives d’avenir pour le club sénégalais.

Entretien.

Pourquoi le partenariat entre Dakar Sacré-Cœur et l’Olympique Lyonnais prend-il fin après dix ans ?

Avant tout, il ne s’agit pas d’une rupture, mais bien de la fin d’un partenariat actée d’un commun accord. En juin 2024, nous avons choisi ensemble de renouveler notre collaboration pour une durée d’un an – alors que nos précédents cycles étaient de trois ans. L’idée était d’explorer les bases d’une nouvelle forme de partenariat, plus adaptée à l’évolution respective de nos deux structures. Finalement, nous n’avons pas trouvé le cadre idéal pour poursuivre. Cette décision marque donc la fin d’un cycle, mais dans le respect et la conscience du chemin accompli ensemble.

Est-ce une décision conjointe ?

Oui, complètement. Il y avait une volonté partagée de poursuivre, mais pas à n’importe quel prix ni dans n’importe quelle forme. Nous avons toujours fonctionné sur des bases de loyauté et de confiance. C’est dans cet esprit que nous avons pris cette décision ensemble.

Y avait-il des désaccords sur la vision ou les objectifs ?

Malgré une volonté commune de poursuivre notre relation, nous n’avons pas réussi à trouver un cadre nouveau
qui conviendrait pleinement aux deux parties. C’est donc d’un commun accord que nous avons décidé de mettre
un terme au partenariat au 30 juin 2025.
Cette décision n’efface en rien les nombreux succès partagés au cours de cette décennie. Elle marque simplement
la fin d’un cycle, dans le respect mutuel et avec la conscience du chemin parcouru ensemble.

Quel regard portez-vous sur ces dix années avec l’OL ?

C’est un partenariat exceptionnel, aussi bien sur le plan humain que sportif. Ce fut une aventure marquée par des valeurs communes : respect, exigence, transmission. Je retiens avant tout la richesse humaine. Nous avons construit des liens forts avec des figures majeures de l’OL comme Jean-Michel Aulas ou Vincent Ponsot. Leur accompagnement a été déterminant pour notre croissance.

Quelles ont été, selon vous, les grandes réussites ?

D’abord, l’impact transversal de la collaboration : ce n’était pas uniquement sportif. L’OL a contribué à structurer toute notre organisation – de l’administration au développement commercial, en passant par notre stratégie d’image. Ensuite, plusieurs jeunes talents ont rejoint Lyon, comme Abdoulaye Ndiaye, Pathé Mboup ou récemment Fallou Fall et Pierre-Antoine Dorival. Même s’ils ne se sont pas tous imposés en équipe première, ils incarnent pleinement la réussite de ce modèle.

En quoi l’OL a-t-il contribué à la structuration de DSC ?

Le tournant a eu lieu dès 2015 avec l’arrivée d’Alain Olio, ancien directeur de l’Académie OL. Il a été l’architecte de notre centre de formation, encadrant les premières promotions, dont celle de Pathé Mboup. Par la suite, des techniciens lyonnais sont venus régulièrement à Dakar former nos staffs. Ce compagnonnage a permis d’élever notre niveau d’encadrement. Aujourd’hui, DSC est l’un des clubs formateurs majeurs au Sénégal, aux côtés de Génération Foot ou Diambars.

Quel impact ce partenariat a-t-il eu sur le football sénégalais ?

Il est réel. Grâce à cet appui, nous avons professionnalisé notre approche et renforcé notre crédibilité. Cela rejaillit naturellement sur la Ligue 1 et la Ligue 2 sénégalaises, où l’on retrouve de plus en plus de joueurs issus de centres comme le nôtre. Le partenariat a aussi favorisé des allers-retours : Philippe Eullaffroy, notre ancien directeur technique, vient par exemple de rejoindre l’OL. Les échanges se sont faits dans les deux sens.

La fin de ce partenariat ouvre-t-elle la voie à d’autres collaborations ?

Nous sommes en effet très sollicités, en particulier par des clubs européens et américains. Cela s’explique par la place croissante que l’Afrique occupe dans le sport mondial. Mais nous avançons avec prudence. Nous ne cherchons pas simplement un autre “partenaire”, mais des alliés qui respectent notre identité et croient réellement en un projet de développement durable pour l’Afrique.

Des discussions sont-elles déjà en cours ?

Oui, plusieurs. Mais nous prenons le temps d’évaluer les options. Dakar Sacré-Cœur est l’un des rares clubs africains à avoir mis en place un modèle économique diversifié, notamment autour du football loisir, qui renforce notre ancrage local. Nous voulons préserver cela.

Quelles seront désormais vos priorités ?

Continuer à former des talents, renforcer notre modèle économique, et rester fidèles à nos valeurs. L’après-OL sera exigeant, mais nous y sommes prêts. Ce que nous avons construit ces dix dernières années est un socle solide.

Quel joueur vous a le plus marqué dans le cadre de ce partenariat ?

Le transfert d’Abdoulaye Ndiaye reste un moment fort, surtout parce qu’il s’est fait en pleine période Covid. Un médecin de l’OL était venu à Dakar pour la visite médicale, c’était très symbolique. Il n’a peut-être pas eu tout le temps de jeu qu’il méritait à Lyon, mais son parcours reste un exemple pour nos jeunes.

Quel héritage ce partenariat laisse-t-il à DSC ?

Un savoir-faire, une culture, une manière d’organiser un club et de penser le football. Cela va bien au-delà du terrain. Nous avons appris que pour être un club formateur de haut niveau, il faut plus que du talent : il faut des standards, des valeurs, et des femmes et des hommes engagés. Ce partenariat prend fin dans sa forme contractuelle, mais pas dans les liens humains. Et qui sait ? L’histoire entre DSC et l’OL n’est peut-être pas totalement terminée.

Propos recueillis par Khadim DIAKHATE

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