Fatals TAB !
Il y a à peine deux ans, le Sénégal du foot se gargarisait de détenir au même moment quatre trophées continentaux. Une première africaine voire mondiale, surtout si l’on y ajoute celui du football de plage. Aujourd’hui, excepté cette dernière couronne, toutes ont changé de tête. Le Sénégal a perdu tous ses titres. Et, grosse ironie du sport, c’est à chaque fois aux tirs au but que cela s’est produit. La dernière en date ? La défaite des « Lions » locaux ce mardi au National Mandela Stadium de Kampala en Ouganda, en demi-finale du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), face au Maroc (1 – 1 et 3 – 5).
Auparavant, une litanie d’échecs au tirs au but aussi longue qu’un match sans but même après prolongations et aussi désolante que la déception visible sur le visage de nos représentants, ne présageait rien de bon lorsque les garçons du coach Souleymane Diallo ont été contraints à cet exercice par les « Lions de l’Atlas ». A la grande CAN, en janvier – février 2024 en Côte d’Ivoire, le Sénégal s’était incliné aux tirs au but face au pays organisateur dès les huitièmes de finale (1 – 1 et 4 – 5). A la CAN des U20 en avril et mai derniers Egypte, les « Lionceaux » juniors avaient perdu leur titre en quarts de finale (1 – 3 après un nul vierge) face au Nigeria. Et en CAN U17 disputée en mars et avril passés au Maroc, la Côte d’Ivoire a barré la route des demi-finales aux « Lionceaux » cadets au stade des quarts de finale (0 – 0 et 3 – 5)
Et pour remuer le couteau dans la plaie, il est bon de rappeler que même les « Lionnes » du football avaient été éliminées en quarts de finale aux tirs au but de la dernière CAN féminine, en juillet 2025, au Maroc, par l’Afrique du Sud (0 – 0 et 1 – 4).
Tout cela pour dire quoi ? Simplement que les Sénégalais semblent fâchés avec les tirs au but. Il est vrai que le Sénégal a acquis deux de ses plus belles performances grâce aux tirs au but. Avec d’abord le seul unique sacre des « Lions » au Cameroun contre l’Egypte et ensuite leur troisième qualification, la deuxième de rang, en Coupe du monde (0 – 0 et 4 – 2), quelques semaines seulement après le titre décroché à Yaoundé le 4 février 2023, toujours aux dépens de l’Egypte (1 – 0 et 3 – 1). Mais, ne seraient-ce là que les exceptions qui confirment la règle ou l’arbre qui cache… le désert technique caractéristique du football sénégalais.
Car les penalties (et donc les tirs au but) sont loin bien plus complexes qu’un simple jeu de hasard. Selon diverses études, « certains facteurs (allant) de la gestion des émotions à la maîtrise technique en passant par l’importance du match et l’effet de la fatigue, jouent un rôle dans la transformation ou la non transformation d’un penalty ». C’est l’une des conclusions d’un travail effectué sur 120 joueurs de champ et 30 gardiens de but (soit 150 footballeurs) et publié en mai 2013 par les professeurs Folly Messan de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin et Fabrice Dosseville de l’Université de Caen Normandie en France.
A la loupe de ce constat, il s’avère que les footballeurs sénégalais semblent avoir un rapport presque conflictuel avec les tirs au but. A un moment où s’opère progressivement un nivellement des valeurs sur le continent – ainsi que ce CHAN finissant l’a encore démontré – il est urgent que les techniciens sénégalais arment davantage leurs ouailles au cas où ils auraient à se prêter à cet exercice. Mardi, les Marocains, ont affiché une justesse technique (tant durant la rencontre qu’au moment des tirs au but) qui a fait défaut aux nôtres. Avec cinq tentatives toutes cadrées, il aurait fallu un grand Marc Diouf pour rattraper le raté initial de Seyni Ndiaye. Or, tel n’a pas été le cas. Et comme tous leurs compatriotes détrônés avant eux, les « Lions » locaux ont été victimes des tirs au but. C’est peut-être là aussi un des chantiers auxquels le football sénégalais devra s’employer…
B.K.N




