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FSF : une fédération contre nature ?

Même si beaucoup s’en offusquent, voir une réunion du Comité exécutif (COMEX) particulièrement houleuse ne me choque pas tant que ça. C’est même, dans une certaine mesure, presque normal au moment des bilans et des évaluations dans les institutions.

Il y en a eu dans les précédents COMEX, certaines réunions étant d’ailleurs bien plus bouillantes. Personnellement, j’ai connu des rédactions où chaque réunion était source de tensions indescriptibles, allant parfois jusqu’à des empoignades entre collègues ou avec le directeur de publication.

Ce type de scène existe aussi dans les vestiaires de grands clubs ou de sélections. Mais, le plus souvent, c’est pour mettre les choses à plat et avancer ensemble. Parce qu’au fond, tout le monde est dans le même bateau, avec un objectif commun : arriver à bon port.

Une cohabitation forcée et fragile

C’est justement là que les déballages post-CAN deviennent inquiétants. La composition actuelle de cette Fédération semble contre nature. Certains acteurs auront du mal à accorder leurs violons et à jouer la même partition. Les trois principaux camps, ceux d’Abdoulaye Fall, de Me Augustin Senghor et de Mady Touré, qui se sont parfois affrontés durement durant la campagne avec des coups en dessous de la ceinture, se retrouvent aujourd’hui contraints de cohabiter au sein du COMEX.

Peuvent-ils contrôler le cuir, se faire des passes décisives et avancer dans le même but ? À l’évidence, non. Celui qui est censé définir le système de jeu et insuffler des valeurs de solidarité semble lui-même dépassé par l’ampleur du chantier.

Des fractures personnelles profondes

Même s’ils ont collaboré par le passé dans d’anciens COMEX, certaines relations semblent désormais irrémédiablement fragilisées. Entre Abdoulaye Seydou Sow, secrétaire général, et Amadou Kane, 4e vice-président, le climat pourrait ne plus jamais redevenir cordial. La campagne électorale a laissé des traces, avec des échanges acerbes par médias interposés.

Pour Amadou Kane, Abdoulaye Sow, longtemps bras droit de Me Senghor, a ‘’trahi’’ en rejoignant Abdoulaye Fall, avec qui il était pourtant souvent en désaccord lors des réunions de la FSF. Le patron de l’ONCAV se considère plus légitime, ayant été élu et porté par le mouvement navétane, contrairement à Sow, nommé SG par son homonyme et président, après un échec dans la course à la présidence de la Ligue pro. Celui qui se pense plus légitime ne verra logiquement pas d’un bon œil que des décisions stratégiques engageant toute la Fédération soient prises sans concertation par celui qu’il juge illégitime, ainsi que par le président qui l’a nommé.

Méfiance généralisée au sommet

Du côté des deux Abdoulaye, on agit sans doute en tandem, par réflexe de protection face à d’anciens adversaires envers qui la confiance reste fragile. Or, sans confiance, aucun groupe ne peut avancer durablement. Certains proches du duo interprètent même la sortie de l’autre Abdoulaye (Cissé) qui a saisi le président de la République sur la question des distinctions après le sacre à la CAN comme une tentative de déstabilisation. Selon eux, il s’agirait de donner l’image d’une Fédération divisée autour du partage du “butin”, chose qu’il n’aurait probablement pas faite si son propre camp, celui de Me Senghor, avait été aux commandes.

Babacar Ndiaye, 1er vice-président mis en retrait ?

Dans ce contexte, le cas de Babacar Ndiaye pose également question. Président de la Ligue sénégalaise de football professionnel et 1er vice-président de la FSF, il était pourtant du camp de Mady Touré, qui conteste toujours les résultats des élections devant le Tribunal arbitral du sport.

Selon ses proches, il serait écarté de certaines décisions majeures, malgré son rang. Pire, la nouvelle orientation du ‘’duo Laye’’ viserait à réduire le soutien à la Ligue pro, en l’incitant à s’autofinancer, notamment pour prendre en charge les coûts élevés de l’arbitrage. Une manière, diront certains, de lui envoyer des “passes longues” très difficiles à contrôler.

Un système électoral remis en question

Pour éviter ce type d’alliance forcée et contre nature, le candidat Aliou Goloko avait proposé, durant la campagne, une réforme du mode de scrutin. Son idée : permettre à chaque président élu d’arriver avec sa propre équipe, via des listes complètes, afin d’assurer une gouvernance cohérente pendant quatre ans. Mais ce système ne fait pas l’unanimité. Certains préfèrent le statu quo, qui permet d’éviter un tong-tong sans fuite. Et surtout une liste complète n’est pas gage de stabilité. Car le camp d’Abdoulaye Fall, qui affichait une certaine unité durant la campagne, commence lui aussi à montrer des signes de fissures. Preuve que, dans cette Fédération aux alliances multiples et parfois contradictoires, l’équilibre reste précaire. Et que le vrai défi ne sera pas seulement de gouverner, mais de réussir à coexister.

D.V.

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