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« Il y a des clans au Sénégal » : Giresse et Le Roy dressent le décor pour Vieira

Patrick Vieira, nommé sélectionneur du Sénégal, arrive comme une vague nouvelle dans un contexte brûlant. Champion du monde 1998, retour dans le pays de son enfance, face à une équipe où Giresse et Le Roy savent lire les dynamiques. Pour RMC Sport, ces deux anciens sélectionneurs des Lions, respectivement 1988-1992 et 2013-2015, braquent les jumelles sur le successeur de Pape Thiaw : profil, tempérament et les tempêtes à traverser.

« Pourquoi pas ? » lance Alain Giresse. « Il va découvrir ce qu’est une équipe nationale, parce que c’est différent d’un club. Et une équipe nationale du continent africain, surtout. C’est aussi quelque chose de différent par rapport à l’Europe. »

« Le vécu du joueur, c’est une représentation, ça compte »

Pour l’icône bordelaise, Vieira a tout pour s’imposer : « Le fait d’avoir Patrick Vieira, champion du monde, qui a quand même aussi un certain CV en tant qu’entraîneur, ça peut faire dire aux joueurs : ‘attention, on a en face de nous quelqu’un qui connaît le très haut niveau’. Et ça marque directement le statut de l’entraîneur vis-à-vis des joueurs. Le vécu du joueur, c’est une représentation, ça compte. Ça compte surtout dans un continent où ils sont des passionnés du football. » Et c’est peut-être, selon lui, l’ADN sénégalais qui a convaincu les fédéraux.

« Il faut avoir le verbe haut… C’est un peuple qui aime parler, qui aime aussi la controverse »

Claude Le Roy, incontournable chef d’orchestre africain, ne cache pas son optimisme : « Patrick, dans tous les clubs où il a entraîné, à Manchester City, à Strasbourg, à Nice ou en Italie, même si les résultats n’ont pas toujours été exceptionnels, il a toujours fait l’unanimité par son comportement. C’est quand même quelqu’un qui a beaucoup de charisme, de prestance, et je pense que ça va avoir un rôle important avec les Lions de la Teranga. »

Mais attention : le public sénégalais parle, débat et conteste. Le Roy sonne l’alarme : « Il faut avoir le verbe haut », lâche-t-il. « Tant de millions de Sénégalais, c’est tant de millions de potentiels avocats. C’est un peuple qui aime parler, qui aime aussi la controverse. Il faut rester soi-même, il faut véritablement toujours se dire que quand on prend une décision, ce n’est pas une décision qu’on prend pour soi, mais une décision qu’on prend pour l’équipe. »

« Il y a des gens qui sont, encore aujourd’hui, pour le maintien de Pape Thiaw, qui vont contester l’arrivée de Patrick »

Selon lui, « il y a des clans au Sénégal, il y a des gens qui sont, encore aujourd’hui, pour le maintien de Pape Thiaw, qui vont contester l’arrivée de Patrick à la tête des Lions de la Teranga. Il faut avancer, il ne faut pas s’occuper de ça. Maintenant, c’est vrai qu’avec les réseaux sociaux, ça abîme encore un petit peu plus la relation entre un sélectionneur et une opinion publique, mais intellectuellement, je crois qu’il a les armes pour pouvoir se défendre, pour être lui-même ».

Cependant, il insiste : « Le Sénégal, c’est un accueil formidable, mais il faut être vigilant en permanence parce qu’on ne vous fait pas de cadeaux. Les Sénégalais connaissent très bien le foot, donc on ne peut pas raconter n’importe quoi. Mais Patrick Vieira, c’est quelqu’un d’authentique. Je ne l’ai jamais entendu être dans la démagogie, je ne l’ai jamais entendu dire quelque chose pour faire plaisir, donc je pense que ça, ça va bien plaire. »

Patrick Vieira hérite d’un vestiaire secoué : une victoire controversée en CAN et une élimination précoce en Coupe du monde. Les deux techniciens voient une reconstruction nécessaire avec Vieira, prêt à écrire la suite.

Mohamed NDIAYE

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