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Khassim Soumaré, champion Sénégal 2013 : « C’est le moment de dire stop »

Après plus d’une décennie de carrière, l’arrière gauche Khassim Soumaré a décidé de raccrocher les crampons. Formé à Diambars (Promotion 91), champion en Ligue 1 et Ligue 2, international chez les jeunes avec le Sénégal, il revient sans détour sur son parcours, ses regrets, ses fiertés et sa volonté de transmettre aux nouvelles générations.

Khassim Soumaré, on vous a perdu de vue depuis deux ou trois ans. Pouvez-vous nous confirmer aujourd’hui que vous mettez officiellement un terme à votre carrière de joueur ?

Oui, je pense que c’est le moment de dire stop. L’heure a sonné pour me retirer des terrains et laisser la place aux plus jeunes. Il est temps de fermer cette page après tant d’années marquées par l’usure physique, une pression constante et la fierté d’avoir tout donné. Après avoir bien réfléchi, je pense que c’est le moment idéal pour me retirer.

Comment avez-vous vécu ces dernières années de votre carrière même en National 1 ?

J’ai vécu des moments très compliqués, mais j’étais toujours prêt physiquement et surtout mentalement. Je n’ai jamais cédé aux critiques sur mon âge ou sur le niveau de la division où j’évoluais. Ce qui m’intéressait ces dernières années, c’était de prendre du plaisir et de partager mon savoir avec les jeunes qui me côtoyaient. Arrêter est toujours une décision difficile à prendre, mais j’ai mûrement réfléchi. Al hamdoulilah, je n’ai jamais eu de gros pépins physiques. Je rends grâce à Dieu : j’arrête en étant fier d’avoir tout donné. C’est l’occasion de passer le flambeau. Je peux rendre encore plus service aux jeunes, comme je le faisais déjà sur le terrain.

« Diambars m’a formé humainement. Beaucoup de gens sont heureux de voir les joueurs signer en Europe, mais le plus important pour moi, c’était l’éducation. C’est la base. Je dois beaucoup à Diambars et à toutes ces personnes qui m’ont aidé à avoir une bonne éducation ».

Avec du recul, comment jugez-vous votre carrière aujourd’hui ?

Je suis très fier de mon parcours, machallah. J’ai toujours été régulier et sérieux durant toute ma carrière, avec beaucoup de respect. J’ai toujours eu un comportement irréprochable sur et en dehors des terrains. J’ai gagné des titres et j’ai représenté le Sénégal à travers les sélections de jeunes (cadets, juniors, olympiques), l’équipe locale et A’. J’ai marqué ce championnat de mon empreinte.

Khassim Soumaré en Lettonie

Vous avez fait l’essentiel de votre parcours à Diambars FC dans votre club formateur. Que représente cette académie pour vous ?

En dehors du football, Diambars représente pour moi un lieu très spécial. Ce club m’a forgé. J’ai beaucoup appris là-bas et j’ai compris à Diambars que le plus important était de réussir sa vie. Diambars m’a formé humainement. Beaucoup de gens sont heureux de voir les joueurs signer en Europe, mais le plus important pour moi, c’était l’éducation. C’est la base. Je dois beaucoup à Diambars et à toutes ces personnes qui m’ont aidé à avoir une bonne éducation. Avec le temps, j’ai compris que réussir dans la vie n’est pas forcément réussir dans le football.

Quel souvenir gardez-vous du titre de champion de Ligue 2 en 2011 ?

(Rires). Une année de mérite après trois ans en Ligue 2. C’était une récompense et une équipe est née cette année-là, avec des joueurs talentueux.

Et du sacre en Ligue 1 en 2013 ? Lequel de ces deux titres a été le plus fort émotionnellement ?

Je dirais le sacre de 2013 en Ligue 1. C’est un moment inoubliable. Mais la motivation vient de notre échec en 2012. On avait fini vice-champions du Sénégal en perdant le titre à la dernière journée contre Casa Sports, et surtout à domicile. On est revenus l’année suivante très motivés pour être champions en restant premiers du championnat de la 4e à la 30e journée. C’était beau et c’était la récompense du talent et de la persévérance.

Si vous deviez résumer votre carrière en un mot, lequel choisiriez-vous ?

Exigeant.

Vous avez été international U17, U20 et U23 et local. Que vous a apporté l’équipe nationale dans votre formation ?

L’équipe nationale m’a beaucoup apporté : des voyages, de l’expérience et surtout l’opportunité de défendre les couleurs de son pays. C’est très important. C’est aussi une vitrine pour attirer les recruteurs. Porter le maillot de l’équipe nationale reste une grande fierté.

Vous avez disputé la première CAN U23 en 2011 au Maroc. Que retenez-vous de cette compétition ?

Une belle expérience partagée avec des joueurs locaux et professionnels, avec une qualification en barrage qui a permis au Sénégal de participer pour la première fois aux Jeux olympiques. C’était vraiment une grande fierté pour moi.

Le Sénégal termine 4e et se qualifie ensuite pour les Jeux Olympiques de Londres 2012. Mais vous serez zappé pour la phase finale, comment avez-vous vécu cela ?

C’était inexplicable. J’étais choqué et déçu. Il n’y avait pas que moi. Presque tous les locaux qui avaient joué un grand rôle dans la qualification avaient été écartés. Le gardien Ousmane Mané était, je crois, le seul local à avoir pris part à la phase finale. Je pense que si j’avais disputé cette campagne, ma carrière aurait pris une autre tournure.

Vous avez connu une courte expérience en Lettonie. Pourquoi cette aventure n’a-t-elle pas duré ?

C’est vrai, je suis parti en Lettonie par le biais de Seydina Keita, un ami avec qui j’étais à Diambars. Leur coach cherchait un arrière gauche, il m’a proposé et voilà, cela s’est fait. Mais arrivé là-bas, il y avait un règlement concernant les étrangers. On ne pouvait pas tous être sur la feuille de match, d’autant plus qu’il y avait déjà beaucoup d’étrangers. J’avais remplacé un défenseur argentin blessé et l’équipe devait jouer l’Europa League. Mais après la fin de l’année, le club a décidé à l’amiable de mettre fin à mon contrat. Je pensais repartir dans un autre pays, mais cela ne s’est pas fait.

« Pape Boubacar Gadiaga, il m’a beaucoup marqué. Il vit football. Il arrivait au centre à 9h pour rentrer à 23h. Il n’avait pas d’autre vie. Il mérite beaucoup de respect. Il a beaucoup fait à Diambars. Il a façonné de très bons footballeurs, mais aussi des hommes. »

Est-ce votre plus grande déception de ne pas avoir eu la carrière internationale qu’on vous promettait ?

Je suis déçu, certes, mais très fier de ce que j’ai réalisé. Peut-être que je n’étais pas fait pour la carrière que beaucoup de gens imaginaient pour moi.

Quel est votre plus grand souvenir sur un terrain de football ?

Un match de qualification pour la CAN junior. C’était le Sénégal contre la Tunisie au stade Demba Diop. Je rentre en deuxième période sous les yeux de mon père. Que la terre lui soit légère, il est décédé. Il m’a toujours soutenu jusqu’à son dernier jour.

Khassim Soumaré en Lettonie

Qui ont été les meilleurs coéquipiers avec lesquels vous avez évolué ?

Je peux en citer plusieurs parmi ceux avec qui j’ai gagné la Ligue 1 en 2013 : Mamadou Salim Ndao, Ousseynou Ndiaye, Ousmane Mané, Seydina Keita et Simon Aristide Diédhiou. Il y a aussi Pape Alioune Ndiaye, champion de Ligue 2 avec nous avant d’aller en Norvège.

Y a-t-il un entraîneur qui a particulièrement marqué votre carrière ? Pourquoi ?

Évidemment, Pape Boubacar Gadiaga. Il m’a beaucoup marqué. Il vit football. Il arrivait au centre à 9h pour rentrer à 23h. Il n’avait pas d’autre vie. Il mérite beaucoup de respect. Il a beaucoup fait à Diambars. Il a façonné de très bons footballeurs, mais aussi des hommes.

Quel a été le plus gros salaire que vous avez touché dans votre carrière, et à quel moment ?

Salaire (rires) ? Je pensais surtout au football et à prendre du plaisir. L’argent comptait peu.

Avez-vous des regrets aujourd’hui ? Si c’était à refaire, changeriez-vous quelque chose ?

Aucun regret. Je suis très fier de ma carrière. J’ai tout donné. Je me suis beaucoup sacrifié. Il y a aussi une question de chance. Mais après tout, c’est le Bon Dieu qui trace notre destin. Comme je l’ai dit plus haut, je n’étais peut-être pas fait pour avoir une carrière meilleure. Si c’était à refaire, je ferais pareil. Aujourd’hui, même des jeunes moins performants signent en Europe. Les choses ont changé. Mais j’ai compris que dans le football, rien ne garantit que si tu es bon, tu vas réussir.

« J’ai commencé ma reconversion. Je vais passer mes diplômes et apprendre aux côtés de grands coachs, incha’Allah. Comme je l’ai dit, je veux partager mon expérience avec les jeunes, les aider et leur faire comprendre que ce sport est à prendre au sérieux et qu’il n’y a pas de cadeaux ».

Quelles leçons tirez-vous de votre parcours, notamment pour les jeunes qui rêvent d’une carrière professionnelle ?

Être patient. Travailler dur. Être exigeant envers soi-même. Le football est un métier, mais ils doivent savoir qu’ils ne réussiront pas tous dans ce sport.

Khassim Soumaré, avez-vous envisagé une reconversion dans le football (entraîneur, formateur, dirigeant) ou dans un autre domaine ?

Oui, j’ai commencé ma reconversion. Je vais passer mes diplômes et apprendre aux côtés de grands coachs, incha’Allah. Comme je l’ai dit, je veux partager mon expérience avec les jeunes, les aider et leur faire comprendre que ce sport est à prendre au sérieux et qu’il n’y a pas de cadeaux.

Par Demba Varore

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