Le Sénégal version Vieira : Le cadenas d’abord, le festival plus tard ?
Un match-test riche en enseignements tactiques, marqué par un turnover massif et une efficacité offensive encore timide. Ce dimanche, le Sénégal l’emporte 1-0 face aux Comores au stade Vélodrome, bouclant cette trêve internationale en beauté. Vieira signe un deuxième succès d’affilée après l’Éthiopie, mais la Teranga reste sur sa faim côté spectacle.
Priorité à la solidité et au pragmatisme comptable : on serre les rangs avant d’oser séduire. C’est la patte Vieira. Nommé à la tête des Lions en août 2026, ses débuts en qualifications de la CAN 2027 fin septembre ressemblent à un cadenas bien ficelé. Un nul pragmatique au Mozambique (1-1) et une victoire étriquée mais précieuse en Éthiopie (1-0), grâce à Ibrahim Mbaye, dans un match où le bloc a dû avaler des lames et serrer les dents.
Cette approche ultra-réaliste met le pays face à des débats enflammés. Les médias et les supporters réclament plus de fluidité collective. Le technicien franco-sénégalais, lui, a préféré tempérer avec philosophie que « la force du Sénégal, c’est qu’il y a 22 millions d’entraîneurs ». Conscient des attentes esthétiques de la nation, il reste calme : il construit sur l’efficacité avant d’ouvrir les vannes du beau jeu.
Manque de folie offensive, éclats d’Iliman Ndiaye
Contre les Comores, le labo tactique était clair : tester des profils et tester des systèmes. Le 3-4-3 « expérimental » donne une maîtrise territoriale évidente mais manque cruellement de liant dans les derniers mètres qui comptent. Les chiffres ne mentent pas : 62% de possession, 12 tirs dont 4 cadrés, 7 corners. Le résultat comptable est là, mais le contenu réclame encore du rodage pour que cette version du Sénégal passe à la vitesse supérieure. Le milieu doit trouver son élan, les transitions doivent gagner en fluidité.
Pourtant, il y a du feu. Iliman Ndiaye, de retour dans son jardin du Vélodrome, a illuminé la rencontre. Buteur opportuniste en début de match, l’attaquant de Manchester City a été le principal détonateur d’une attaque par moments trop stéréotypée.
Derrière, Kalidou Koulibaly mène la barque avec Mamadou Sarr et Nobel Mendy. La défense rassure, et Mory Diaw s’offre un clean-sheet précieux. La leçon ? La gestion des transitions défensives, et des jeunes pousses (Mendy, Sarr) qui marquent des points dans la hiérarchie. On attend de voir ce que vaut le système face aux gros ou à la crème africaine.
Une revue d’effectif généreuse, mais un collectif encore à resserrer
En deuxième mi-temps, le coaching de Patrick Vieira s’est résumé à une gestion froide, pragmatique et hyper-sécuritaire. Face à des Comoriens de plus en plus entreprenantes, le technicien français a fait le choix de stabiliser son bloc plutôt que de forcer le break à tout prix.
Résultat : un 1-0 net sur le plan comptable, mais un manque de rythme et de spectacle qui crispe les fans. Et quand les remplaçants entrent pour tester la profondeur du banc, le rythme chute et les décalages techniques se multiplient, signe que l’intégration est encore en chantier.
Mais Vieira affirme son cap, la discipline tactique et la rigueur défensive sont non négociables. Pour son troisième match à la tête des Lions, il montre qu’il préfère bâtir des fondations solides avant de libérer le génie offensif des Lions. Le message est clair : le spectacle viendra, mais il faut d’abord verrouiller les fondamentaux.
Mohamed NDIAYE







