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Les confidences de Samba Diarra : « Pourquoi Habib Diarra a choisi le Sénégal »

Ancien international sénégalais Samba Diarra, père de Habib Diarra, s’est confié dans un entretien exclusif. Il reçoit l’équipe de Dsports dans sa résidence à Tanger, entouré de toute sa famille, il revient avec émotion et lucidité sur le parcours de son fils : de la formation en France au choix du Sénégal, en passant par les défis du haut niveau, la blessure avant la CAN et le transfert à Sunderland. Un témoignage fort, entre fierté paternelle, principes et passion du maillot national.

Entretien

Habib a été formé en France. Pouvez-vous revenir sur son parcours et son lien avec le Sénégal ?

Habib a grandi dans le milieu de la formation en France. Il a connu toutes les catégories de jeunes. À l’âge de 12 ans, il a été pris en charge par la Fédération française, qui gérait tout son suivi, notamment les équipements et l’accompagnement. Ensuite, il a rejoint Strasbourg, où il a intégré les U15. Il en est devenu capitaine, puis il a évolué avec les U19 et les Espoirs de l’équipe de France. Quand Demba Mbaye l’a approché, Habib était capitaine de l’équipe de France U17. Rejoindre l’équipe nationale du Sénégal ne se fait pas sur un simple claquement de doigts. Il y avait beaucoup de choses à régler en amont. J’avais échangé avec Demba, qui savait que Habib voulait le Sénégal, mais le haut niveau de la formation en France est très structuré et complexe. Il fallait donc bien négocier.

Quelle a été votre première réaction quand Habib a été convoqué par le Sénégal ?

C’est Aliou Cissé qui l’a convoqué. Il aime profondément le Sénégal et il échangeait souvent avec la famille et avec Habib. Kader Mangane a aussi joué un rôle très important. Il savait que Habib finirait par venir et nous échangions beaucoup à ce sujet. Quand la convocation est arrivée, toute la famille était heureuse. C’était une immense fierté. Porter le maillot national, c’est quelque chose de spécial.

Le fait que Habib joue parfois comme arrière droit ne vous a-t-il pas dérangé ?

Non, pas du tout. Le haut niveau demande parfois des adaptations. Aliou Cissé connaissait parfaitement les qualités de Habib et son poste naturel, qui est milieu de terrain box-to-box. S’il l’a fait jouer arrière droit, c’est parce qu’il savait qu’il avait les compétences pour y réussir. Aliou Cissé a joué un rôle très important dans la progression de Habib. Je lui disais toujours de profiter de ses minutes, de les bonifier et de respecter les décisions du coach.

Comment Habib a-t-il vécu cette situation ?

Je parlais beaucoup avec lui. C’est un joueur polyvalent, capable d’évoluer à plusieurs postes. Il me disait souvent : « L’essentiel, c’est de faire partie du onze. Je peux jouer partout. » Je me souviens d’un match Strasbourg–Rennes, à l’époque où Julien Stéphan était entraîneur. Il restait une quinzaine de minutes, un défenseur était blessé et Habib a fini le match en défense centrale. J’étais très stressé depuis mon salon, mais il a très bien géré. Cela montre sa polyvalence, même si son meilleur poste reste le milieu de terrain.

Pape Thiaw l’a utilisé au milieu à ses débuts et il a donné satisfaction…

Oui, le milieu de terrain est son poste. Il l’a très bien montré. Mais à ce niveau, il n’y a que des grands joueurs. Il fallait qu’il se montre, qu’il donne tout pour mériter sa place. Et grâce à Dieu, il a su répondre présent.

À trois mois de la CAN, Habib s’est blessé. Comment a-t-il vécu ce moment ?

Ça a été un moment très compliqué. Quand tu es jeune, que tu joues les qualifications avec un seul objectif — disputer la CAN — et que tu te blesses, c’est dur. Je le taquinais souvent en lui disant que moi, je n’avais jamais joué la CAN, alors qu’il devait absolument la disputer. Après le match Sénégal– RD Congo, il s’est blessé à l’entraînement. Il m’a appelé, je pensais que ce n’était pas grave, mais c’est par le staff médical qu’on nous a annoncé qu’une opération était nécessaire. En tant que père, je devais rester calme. Je lui ai dit que le football et les blessures vont de paires, et que s’il manquait cette CAN, il aurait d’autres occasions. À Londres, il était avec sa mère et son frère. Deux options s’offraient à lui : soigner sans opérer avec un risque de rechute, ou se faire opérer pour se rétablir définitivement. Il a choisi la deuxième option.

Sa convocation n’était pas évidente. Comment a-t-il vécu cette période d’incertitude ?

Son objectif principal restait la Coupe d’Afrique. Je savais que s’il ne figurait pas sur la liste, cela aurait pu le perturber pour la suite de la saison. Il tenait énormément à disputer cette compétition.

A-t-il eu des échanges avec Pape Thiaw pendant sa convalescence ?

Oui. Les staffs médicaux de Sunderland et de la sélection ont beaucoup échangé sur son cas. Pape Thiaw prenait régulièrement des nouvelles pour suivre l’évolution de sa rééducation. La collaboration a été excellente et le club a toujours fourni des informations fiables.

Comment avez-vous vécu son transfert à Sunderland, et pourquoi ce choix ?

Habib avait beaucoup de sollicitations : l’Atlético de Madrid, le Milan AC, Leipzig, Aston Villa, Everton ou encore Leeds. Mais le projet de Sunderland était le plus clair et le plus convaincant. C’est ce projet qui a séduit Habib.

Deux sorties de l’équipe nationale sans jouer. Comment jugez-vous cela ?

C’est satisfaisant. Il revient de blessure, il n’avait joué que 30 minutes avec Sunderland avant de rejoindre la sélection. Il est arrivé tardivement, donc c’est normal. On parle de haut niveau. Contre la RD Congo, c’était un match très physique, c’était peut-être risqué de le lancer. Je lui ai dit d’être fier de lui. Il est à la CAN, et beaucoup de joueurs n’ont jamais connu cette compétition. Toute la famille, tout Guédiawaye est derrière lui.

Quand vous entendez son nom scandé dans le stade, qu’est-ce que vous ressentez ?

Une immense fierté. Je remercie le Bon Dieu pour tout ce parcours.

Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial à Tanger

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