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Malick Daf, le pari de courir deux lièvres à la fois

Entraîneur de Teungueth FC et de la sélection U20, Malick Daf joue en octobre une partie à double enjeu : la phase de poules de la Ligue des champions de la CAF, qu’il n’a jamais atteinte, et la qualification des Lionceaux à la CAN U20 2027.

Il y a des mois où une carrière se joue sur quelques jours. Pour Malick Daf, octobre 2026 en fait partie. Le technicien sénégalais a déjà inscrit son nom dans l’histoire du football local. Il est le premier entraîneur de l’ère professionnelle à réussir le back-to-back en Ligue 1 : champion en 2025 avec le Jaraaf, puis en 2026 avec Teungueth FC. Aucun de ses prédécesseurs, depuis l’avènement du professionnalisme au Sénégal, n’avait réussi pareille performance. Mais les titres nationaux ne suffisent plus à l’homme. Il lui manque une ligne dans son CV : la phase de poules de la Ligue des champions de la CAF.

Une ligne manquante au CV

Avec le Jaraaf, Malick Daf avait atteint la phase de groupes de la Coupe de la Confédération en 2025. En Ligue des champions, la compétition reine, la porte est restée close. Et elle l’est pour beaucoup : depuis 2004, un seul entraîneur sénégalais a réussi à qualifier un club en phase de poules. Il s’agit de Youssoupha Dabo, en 2021, déjà avec Teungueth FC. Pour franchir le dernier obstacle, les Rufisquois doivent éliminer l’AS Colombe Sportive du Cameroun. Match aller le dimanche 18 octobre à Dakar, retour au Cameroun.

L’adversaire n’a rien d’un faire-valoir. Habitué des compétitions continentales ces dernières années, il a même éliminé le Jaraaf la saison dernière. Malick Daf n’a pas oublié ce détail, ni son équipe. « On est conscient que depuis 2 ans, Colombe Sportive est championne du Cameroun et joue les compétitions internationales. C’est une équipe qu’on ne sous-estime pas et qu’on respecte beaucoup. »

410 millions FCFA minimum à aller chercher

Derrière l’enjeu sportif, il y a un enjeu économique. Atteindre la phase de poules de Ligue des champions, c’est s’assurer au minimum 410 millions FCFA, la dotation que la CAF réserve à une équipe classée 4e de son groupe. Pour Teungueth FC, ce n’est pas un bonus : c’est une bouffée d’oxygène, presque une question de survie. D’où une consigne claire, répétée par le coach : ne pas gâcher l’avantage du terrain. « On n’a pas droit à l’erreur : si nous voulons nous qualifier, il faut gagner à domicile. » L’objectif affiché est même ambitieux : creuser l’écart pour aborder le retour au Cameroun sereinement. « Il faut faire tout notre possible pour marquer au moins deux buts d’écart pour voyager tranquillement, inchallah. »

Une préparation contrariée, puis remise sur les rails

Le premier tour préliminaire contre le FC Canchungo (victoire 1-0 à l’aller comme au retour) a laissé quelques traces. Le championnat n’avait pas encore repris, les équipes locales n’étaient pas en préparation et les rencontres amicales étaient difficiles à trouver. Résultat : un groupe en manque de rythme et de compétitivité. Depuis, le constat a changé. Plus de huit matchs de préparation ont été disputés, face à des sparring-partners de qualité, dont des équipes U23. « Il y a une nette et grande évolution par rapport au match précédent, car il manquait un peu de rythme et de compétitivité. »

Les chiffres des matchs amicaux, selon lui, sont rassurants : beaucoup de buts marqués, peu encaissés, dans la droite ligne de la saison passée. Malick Daf, lui, ne se contente pas de ce bilan. « L’équipe est en bonne voie, mais comme on dit en football, il faut toujours s’évaluer et corriger pour être encore meilleur. »

Un groupe qui se connaît enfin

Le coach insiste sur un autre point : la cohésion. Arrivé la saison passée à Teungueth FC, il a dû, comme ses joueurs, apprendre à se connaître. Certains découvraient le coach ou venaient d’autres clubs, avec parfois des difficultés d’adaptation à son discours exigeant. Des mois de vie commune ont changé la donne. « Maintenant que tout le monde se connaît et qu’on a vécu 3 mois de préparation ensemble, ils connaissent mon caractère et mon discours. Tout le monde s’est bien adapté, les joueurs sont bien intégrés et le moral est au beau fixe. »

Le message est clair : rigueur, humilité, concentration. Et une conviction, résumée en une phrase qui sonne comme un avertissement : « Un match ne se gagne pas d’avance, il se joue pendant 90 minutes et se gagne sur le terrain. »

Pour le technicien, la double confrontation se jouera sur les détails : pas de marge d’erreur, une concentration totale « de la première à la 95e minute » et de l’efficacité dans les deux surfaces.

Le pari des Lionceaux

Comme si le défi de la Ligue des champions ne suffisait pas, Malick Daf a une autre mission : qualifier la sélection U20 du Sénégal à la CAN U20 2027. Le tournoi de qualification de l’UFOA-A se joue au Mali, quasiment en même temps que la double confrontation contre l’AS Colombe Sportive. Deux équipes, deux calendriers, un seul entraîneur. Il court deux lièvres à la fois, et il l’assume.

Pour y parvenir, il a anticipé. Il a dirigé toute la préparation des U20, jusqu’à la veille de l’entretien, avec deux matches amicaux : une victoire 4-1 contre JOG et un nul 0-0 face à Rise Academy. Il peut désormais s’appuyer sur des adjoints de confiance, déjà sur place. « J’ai mes adjoints sur place avec qui on travaille ensemble. Je rentre jouer mon match aller ici contre la Colombe, ensuite je compte rallier Bamako, puis le Cameroun pour le match retour. Ce n’est pas facile, mais c’est le métier qui veut ça, on s’adapte. »

Le programme est serré. La compétition démarre le 15 octobre, le Sénégal entre en lice le 16. Malick Daf, lui, ne rejoindra le groupe que le lendemain du match aller contre l’AS Colombe Sportive. Sa liste de joueurs révèle aussi une philosophie : faire confiance au football local. Un seul expatrié, Moussa Guèye, y figure. « J’ai préféré promouvoir et me baser surtout sur le football local. »

Deux objectifs, une seule conviction

Sur le papier, la mission semble démesurée : qualifier un club en phase de poules de la Ligue des champions et emmener les jeunes Lions à la CAN U20. Mais Malick Daf a l’habitude de bousculer les statistiques. Les deux équipes sont prêtes, dit-il, et le calendrier est ce qu’il est. « On prie pour que tout se passe bien et qu’on soit champions à la fin et se qualifie à la CAN U20, c’est le Sénégal qui gagne, inchallah. »

Rendez-vous dimanche 18 octobre pour la première manche de ce mois qui pourrait faire basculer sa carrière.

Demba VARORE

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