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Masterclass avec Yamoudou Bathily : « Comment j’ai perfectionné mon instinct de dribbleur »

Il en a fait tourner plus d’un par ses feintes déroutantes. Ancien meneur de jeu de l’ASC HLM, avec laquelle il a remporté la Coupe du Sénégal en 2012, Yamoudou Bathily a depuis raccroché les crampons. Installé aujourd’hui en France, l’ex-dribbleur revient pour Dsports sur son art du un-contre-un, son rôle de meneur de jeu et les souvenirs marquants de sa carrière.

Entretien

Yamoudou Bathily, on vous a perdu de vue depuis votre retraite. Êtes-vous toujours impliqué dans le football ?

C’est vrai que je me suis éloigné du milieu du football depuis que j’ai arrêté ma carrière. Aujourd’hui, je travaille comme déclarant en douane en France. Mais je continue à suivre le football et son actualité avec la même passion, même si c’est désormais de loin.

En tant que meneur de jeu, comment définissiez-vous votre rôle sur le terrain ?

Le rôle du meneur de jeu, comme son nom l’indique, est de mener et d’organiser le jeu offensif de son équipe. Il doit faire le lien entre la défense, le milieu et l’attaque, tout en étant capable de délivrer des passes décisives. Bien sûr, dans le football moderne, ce rôle a beaucoup évolué, aussi bien dans son positionnement que dans ses responsabilités.

« Au départ, c’était très instinctif. Ensuite, j’ai beaucoup observé certains joueurs, notamment Zidane, avec ses feintes de corps et sa fameuse roulette ».

Votre priorité était-elle d’éliminer par le dribble ou d’accélérer le jeu par la passe ?

Je me considérais surtout comme un organisateur capable de délivrer des passes décisives. Mais j’avais aussi une palette de dribbles qui me permettait de me sortir de situations difficiles. J’avais une bonne vision du jeu et j’essayais souvent d’anticiper avant même de recevoir le ballon. Je connaissais aussi les préférences de mes coéquipiers : certains aimaient recevoir le ballon dans les pieds, d’autres dans l’espace. J’avais notamment une grande complicité avec Ousseynou Seck, dit Ada, avec qui j’ai joué à l’ASC HLM et au Jaraaf. Nous avons grandi dans le même quartier. Il y avait aussi Médoune Mbaye et Fadel Fall.

Le dribble était-il un talent naturel ou le fruit d’un travail important ?

J’aimais naturellement dribbler, éliminer l’adversaire et mettre mes coéquipiers dans de bonnes conditions grâce à une passe décisive. J’ai développé cette qualité très jeune, dans le football de quartier à HLM 6 Nimzatt, avant de la perfectionner par la suite. Au départ, c’était très instinctif. Ensuite, j’ai beaucoup observé certains joueurs, notamment Zidane, avec ses feintes de corps et sa fameuse roulette. J’essayais de reproduire ces gestes techniques dès que j’avais un ballon dans les pieds. À force de répétition, cela devient presque automatique en match. J’aimais également beaucoup Okocha et Ronaldinho.

« Je me souviens d’un match en catégories de jeunes où j’avais tellement malmené mon adversaire direct qu’il a fini par prendre un carton rouge pour ne plus avoir à subir mes dribbles ».

Quand avez-vous compris que le dribble était votre véritable force ?

Mes premiers exploits remontent à mon enfance dans le quartier. Nous jouions souvent sur le goudron. Comme les chutes pouvaient faire très mal, il n’y avait presque pas de tacles. On apprenait donc à éliminer l’adversaire grâce aux feintes et aux appuis. C’est vers l’âge de 8 ou 10 ans que j’ai compris que le dribble pouvait être une arme redoutable pour moi. Par la suite, c’est devenu ma marque de fabrique dans les navétanes et en championnat.

Quels gestes techniques utilisiez-vous le plus souvent ?

J’utilisais surtout les feintes de corps et les crochets. Ce sont des gestes simples mais très efficaces lorsqu’ils sont bien exécutés.

Comment décidiez-vous du moment pour provoquer en un contre un ?

Je dribblais surtout lorsque j’étais sous pression et que je n’avais pas de solution de passe. Si mes partenaires n’étaient pas bien démarqués ou que la transmission était impossible, le dribble devenait un moyen de créer de l’espace. C’était donc à la fois une solution individuelle et un outil stratégique pour déséquilibrer l’adversaire.

Vos dribbles ont-ils déjà agacé vos adversaires ?

Oui, bien sûr. Les équipes analysent souvent votre jeu et préparent des stratégies pour vous neutraliser. Quand cela ne fonctionne pas, cela peut les frustrer. Je me souviens d’un match en catégories de jeunes où j’avais tellement malmené mon adversaire direct qu’il a fini par prendre un carton rouge pour ne plus avoir à subir mes dribbles.

« La plupart de mes entraîneurs appréciaient ma façon de dribbler parce qu’elle était efficace. Mais l’un d’eux était un peu plus réservé : Boucounta Cissé, qui m’a entraîné à l’ASC HLM. Il a essayé de changer mon jeu ».

Y a-t-il un match dont on vous parle encore aujourd’hui à cause de vos dribbles ?

Oui, notamment un match entre l’ASC HLM et le Port Autonome de Dakar. Sur une action, j’avais enchaîné plusieurs feintes de corps et crochets avant de servir idéalement un coéquipier qui a marqué. En navétanes, mon plus grand souvenir reste un match aux Parcelles Assainies avec l’ASC Ndioba, aujourd’hui Entente 8/11, qui regroupe les Unités 8 et 11. Ce jour-là, j’avais vraiment mis mon adversaire direct en difficulté. À la fin du match, ses propres supporters m’ont applaudi et m’ont même offert une standing ovation.

Yamoudou Bathily avec le trophée de la Coupe du Sénégal 2012

Yamoudou Bathily avec le trophée de la Coupe du Sénégal 2012

Certains entraîneurs ont-ils tenté de limiter votre jeu ?

La plupart de mes entraîneurs appréciaient ma façon de dribbler parce qu’elle était efficace. Mais l’un d’eux était un peu plus réservé : Boucounta Cissé, qui m’a entraîné à l’ASC HLM. Il a essayé de changer mon jeu.

Quel est le moment le plus marquant de votre carrière au Sénégal ?

Sans hésiter, la victoire en Coupe du Sénégal avec l’ASC HLM en 2012. Nous avions battu l’ASC Renaissance de Dakar en finale. C’est un souvenir très fort.

Gardez-vous encore ce sens du dribble aujourd’hui ?

Oui, quand je joue avec des amis, il m’arrive encore de tenter quelques dribbles. Mais ce n’est plus aussi affûté qu’avant (rires).

Selon vous, y avait-il au Sénégal des dribbleurs meilleurs que Yamoudou Bathily ?

À mon époque, il y avait de très bons dribbleurs comme Mabousso Mbaye ou Médoune Mbaye. Aujourd’hui, j’aime beaucoup ce que fait Iliman Ndiaye, aussi bien en club qu’en sélection.

Entretien réalisé par Demba Varore

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