Mondial 2026 : l’hypocrisie occidentale
Dans moins de quatre mois, l’Amérique déroulera le tapis rouge au monde entier pour la Coupe du monde de la FIFA 2026. Une édition inédite à 48 équipes, coorganisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique. Une fête du football annoncée comme grandiose, moderne, inclusive. Sur le papier, tout est parfait. Dans la réalité, beaucoup moins.
Au Canada, le climat est serein. Mais au Mexique, la violence liée aux cartels continue de miner le quotidien. Aux États-Unis, l’actualité géopolitique s’est brutalement tendue avec l’annonce d’une entrée en guerre contre l’Iran après des semaines de menaces. Les tensions s’accumulent : Venezuela, Cuba, Gaza… Washington et son allié israélien imposent leur tempo au nom de leurs intérêts stratégiques.
Même si, d’ici quatre mois, les bombes cessent de tomber, l’insécurité ne s’évaporera pas comme par magie. Les risques de représailles, les tensions diplomatiques, les menaces terroristes planeront sur ce Mondial élargi, gigantesque, mondialisé.
Et pourtant… silence. Silence des grandes capitales européennes. Silence des puissances si promptes à dégainer des leçons de morale lorsque l’hôte s’appelait Qatar, Brésil ou encore Afrique du Sud. On se souvient du procès permanent du Mondial au Qatar : droits humains, libertés publiques, conditions de travail. Boycotts politiques et indignation sur commande.
Aujourd’hui, quand l’organisateur principal s’appelle Washington, la boussole morale semble déréglée. Deux poids, deux mesures. Si l’on juge au nom des principes, ces principes devraient s’appliquer partout.
Le contraste devient presque caricatural lorsqu’on voit Gianni Infantino, président de la FIFA, célébrer en mondiovision Donald Trump avec les honneurs d’un prix présenté comme celui de la paix. Décorer un chef d’État engagé dans une escalade militaire pendant qu’on vend un tournoi comme symbole d’unité mondiale. Quel blasphème.
La Russie a été exclue sans ménagement des compétitions internationales après l’invasion de l’Ukraine. À l’époque, l’Occident parlait fort et d’une seule voix. Le pays agressé était européen. L’émotion aussi. Reconnaissons-le : l’Europe sait s’unir lorsqu’elle se sent directement touchée. Elle sait défendre ses intérêts et pleurer ses morts.
Tout le contraire de l’Afrique, qui préfère nager dans la division. Sinon, comment comprendre que la décision de Trump de ne pas accepter des supporters venant de certains pays d’Afrique de l’Ouest n’ait pas suscité une forte indignation des autorités africaines et de la CAF ? On préfère subir et se taire face à l’injustice, parce que nous aussi savons nous léser entre Africains. Sinon, jamais le Maroc ne détiendrait en otage 18 Sénégalais pendant plus d’un mois sans aucune pression.
Ce monde part en cacahuète et le foot n’est malheureusement pas du tout épargné. Cette Coupe du monde, ce sera sans moi.
D.V.





