Quand la FSF fausse les championnats de Ligue 1 et Ligue 2
Le football sénégalais a tourné une page au mois d’août dernier. À la tête de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Fall a succédé à Me Augustin Senghor après 16 années de gouvernance. Dans le même temps, la Ligue sénégalaise de football professionnel a également connu une alternance avec l’arrivée de Babacar Ndiaye à la place de Djibril Wade.
Le nouveau président de la Ligue pro avait fixé le cap : lutter contre la violence dans les stades et installer une commission de discipline alerte, efficace et crédible. Sur ce point, force est de reconnaître que la promesse a été tenue. La commission de discipline, sitôt installée, a fait preuve d’une remarquable promptitude. Les dossiers ont été traités au fil des journées, les incidents jugés, les procès-verbaux disponibles dans des délais raisonnables.
Les rencontres houleuses entre US Ouakam et Jaraaf, Pikine et USO ou encore Guédiawaye FC et Sonacos ont été examinées avec diligence. Les sanctions sont tombées : huis clos, amendes, retraits de points, défaites par pénalité. Dans le cas de Guédiawaye FC, la sanction est lourde : trois matchs à domicile à huis clos et sur terrain neutre, 2 millions FCFA d’amende, défaite par pénalité contre la Sonacos, et un point retiré au classement. Une décision sportive aux conséquences majeures pour un club déjà lanterne rouge.
Mais voilà : tout est aujourd’hui suspendu. Tous les clubs sanctionnés ont interjeté appel. Et depuis plus de trois mois, les dossiers dorment dans les tiroirs de la commission de recours de la FSF. Une commission juridique aphone, silencieuse, presque invisible. Selon plusieurs sources, l’instance ne saurait même pas encore si ses membres seront reconduits. La Fédération chercherait de nouveaux profils pour composer cette commission.
Pendant ce temps, le championnat avance. Ce week-end, la Ligue 1 et la Ligue 2 disputeront leur 17e journée. Autrement dit, près de la moitié de la saison s’est jouée sans que les décisions définitives ne soient rendues. D’ailleurs Jaraaf et Ouakam se retrouvent ce week-end pour le match retour sans que les sanctions qui ont découlé du match aller ne soient vidées.
Ce laxisme institutionnel fausse inévitablement la compétition. Comment parler d’équité sportive quand des retraits de points ou des défaites par pénalité peuvent être confirmés ou annulés dans la dernière ligne droite du championnat ? Comment garantir la sincérité de la lutte pour le maintien ou pour le titre si le classement peut être bouleversé à quelques journées de la fin ?
L’histoire récente du football sénégalais devrait pourtant servir de leçon. Il y a deux ans, des décisions tardives avaient provoqué une fin de saison chaotique, avec des relégations validées après coup, une fois les procès-verbaux publiés. Au début du professionnalisme déjà, les lenteurs administratives avaient souvent été dénoncées par les clubs lésés.
La nouvelle équipe fédérale semblait incarner le renouveau. Elle donne aujourd’hui l’impression de traîner les pieds sur un sujet essentiel : la sécurité juridique des compétitions.
Une commission de discipline efficace ne suffit pas si l’instance d’appel est paralysée. La crédibilité d’un championnat repose autant sur la qualité du jeu que sur la solidité de son architecture institutionnelle.
En laissant les recours s’éterniser, la FSF prend le risque de décrédibiliser la saison en cours. Et de replonger le football sénégalais dans ses vieux démons : décisions tardives, frustrations accumulées, soupçons et polémiques.
Demba VARORE







