Placardisé à Pikine, formé au PSG Academy, explosif au Slavia…: Révélations sur l’incroyable trajectoire de Youssoupha Mbodj
Il est l’une des sensations de la première journée de la Ligue des champions. Auteur d’un doublé historique pour celui qui venait de découvrir les grandes soirées européennes, Youssoupha Mbodj a régalé Eden Arena du Slavia. Mais qui est ce jeune colosse sénégalais de 21 ans (1,90 m) qui enflamme l’Europe et surtout la République tchèque depuis mercredi ?
Mercredi. Soirée de Ligue des champions à Prague. Le retour du Slavia dans la plus prestigieuse des compétitions européennes. Au moment où l’hymne de la Ligue des champions résonnait partout dans l’Eden Arena, les caméras de l’UEFA étaient braquées sur certaines stars de la rencontre.
Dans les rangs du Slavia, on était loin d’imaginer qu’un défenseur allait voler la vedette à tout le monde. Surtout un jeune de 21 ans qui s’apprêtait à disputer ses premières minutes sur la scène européennes. Un joueur qui n’avait enregistré que quatre minutes en match officiel dans les jambes avec son nouveau club.
Placé dans un rôle de piston gauche, Youssoupha Mbodj avait une certaine pression à évacuer parce qu’il a été recruté pour faire oublier le talentueux El Hadji Malick Diouf, parti à West Ham. Pour lui, la réception des Norvégiens de Bodo Glimt était une occasion pour mettre tout le monde d’accord.
Inattendu en début de rencontre, c’est lui qui a montré la voie aux siens en ouvrant le score. Dans le dernier quart d’heure, Youssoupha s’offre un doublé. Une première pour un défenseur sénégalais depuis Abdoulaye Seck, le 25 octobre 2022 au Parc contre le PSG (défaite 2-7).
Remplacé quelques minutes après, il a quitté ses partenaires sous les ovations du public de Prague. Sa prestation historique a fait presque le tour du monde, et les plus curieux n’ont pas hésité à se renseigner sur la trajectoire de ce jeune piston, né et grandi au Sénégal. Mais qui n’a jamais connu le championnat local sénégalais.
Pourtant en 2023, il a été approché par des clubs de Ligue 1 comme Pikine. Mais il n’a pas eu la chance d’évoluer dans l’équipe entraînée à l’époque par Joseph Senghor.
« A l’AS Pikine, il était obligé de résilier son contrat parce qu’il ne jouait pas »
« Il était resté de septembre 2023 à mars 2024 sans jouer. Donc, il était obligé de résilier son contrat. C’est après qu’il est parti au PSG Academy, puis la France et la République Tchèque », révèle son frère Mohamed.

Youssoupha et son frère Mouhamed, ensemble lors d’un match de navetanes
Justement, c’est au PSG Academy Sénégal que sa carrière a vraiment décollé. Spécialisée dans le développement de joueurs de tous niveaux, cette académie a permis à « You » de commencer à vivre sa passion.
« Quand il est arrivé, il a directement rejoint le groupe élite. Il a continué sa formation intensive sous la direction d’Aliou Touré qui est le directeur sportif et moi-même responsable de la performance », a expliqué Ousmane Ndiaye.
Six mois au PSG Academy, puis à Thonon Évian pour finaliser sa formation
Décrit comme un joueur puissant, explosif, rapide et technique, Youssoupha n’a passé que six mois au PSG Académie. La prochaine étape sera la France. « Quand il a quitté le pays, il est allé directement à Thonon Évian Grand Genève, une structure qui nous appartient aussi. C’est un club partenaire. D’ailleurs, on a placé 9 joueurs là-bas en National 3 cet été. Le but pour lui était surtout de finaliser sa formation là-bas et surtout réussir sa transition », poursuit le responsable de la performance.
4 mois sans contrat…sans jouer au Jihlava
Après Thono, Youssoupha Mbodj a été envoyé en République Tchèque lors de la saison dernière. Il débute d’abord à Jihlava, une formation évoluant en 2e division. « Dès qu’il est arrivée, il ne pouvait pas être intégré, parce que le club purgeait une suspension de la FIFA. Il est resté pendant quatre mois à s’entraîner avec le groupe, mais il n’avait pas eu la possibilité de signer un contrat », explique le frère Mohamed Mbodj.
C’est finalement au début de l’été que la situation s’est décantée pour lui. Derrière, il signe un contrat avec Jihlava. Ses débuts ont été une réussite : 5 matchs pour 1 but et 2 passes décisives, en plus d’être élu deux fois « homme du match ».
Des performances qui ont séduit le géant Slavia, l’un des plus grands clubs du pays. Avec le départ d’El Hadji Malick Diouf, les dirigeants de Prague ne pouvaient pas rêver d’un meilleur profil.
Arrivé au Slavia en août, Mbodj a d’abord démarré sur le banc. C’est lors de la 3e journée de la Chance Liga qu’il a connu ses premières minutes (4) avec son nouveau club. Lancé à la surprise générale, mercredi, en Ligue des champions, le jeune piston a sorti le match de sa vie qui sonne comme un début d’une carrière prometteuse. Pourquoi pas faire mieux qu’El Hadji Malick, l’homme aux 50 matchs pour 9 buts et 4 passes décisives ?
« Oui on peut dire qu’il est venu pour remplacer El Hadji Malick parce que c’est le même poste. En tout cas il a le talent et les qualités pour réussir là-bas. Il doit continuer à travailler pour mettre tout le monde d’accord, parce que l’objectif est de franchir un cap dans sa carrière et avoir une place en sélection », souhaite Ousmane Ndiaye du PSG Academy.
Même trajectoire qu’Abdallah Sima
Youssoupha Mbodj, c’est aussi la même trajectoire qu’un certain Abdallah Sima : les deux joueurs sont tous issus des Parcelles Assainies. Ils ont connu la même équipe de navétanes, Keur Médine FC de Cambérène. Ils ont tous passés par Thonon Évian, puis la 2e division tchèque avant d’atterrir au Slavia.
« Ils ont le même agent qui s’appelle Daniel qui fait un travail extraordinaire. Il est agent ici à l’académie. C’est lui qui gérait les affaires de Abdallah Sima, je ne sais plus s’il est toujours son agent. Il fait un bon travail du côté de l’Europe de l’Est », a salué Ousmane.
Après ce début canon en C1, Youssoupha est désormais un joueur connu et il sera sans doute suivi par le staff de Pape Thiaw qui aura besoin de lui pour concurrencer Malick Diouf en sélection. Même si Ismail Jakobs (Galatasaray) n’a pas encore dit son dernier mot.
« Mon objectif reste clair : rejoindre l’équipe nationale. En 2022, lorsque le Sénégal a remporté la CAN, j’étais parmi les milliers de jeunes qui avaient accueilli les Lions à l’aéroport. Ce soir-là m’a marqué à vie. Depuis, je n’ai jamais raté un match des Lions au stade Abdoulaye Wade. C’est ce rêve qui m’anime et me pousse à franchir rapidement les étapes vers le haut niveau », dit-il à l’Observateur.
Aliou FAYE







