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Reportage I Dakar SC – AS Cambérène, ça donne quoi en plein ramadan ?

Une semaine après la gifle reçue face à Guédiawaye FC (0-3), Dakar SC (9e, 20 pts) voulait se refaire une santé devant son public (très maigre), ce 28 février 2026, face au premier relégable, AS Cambérène (15e, 14 pts-11). Mais au terme d’un après-midi marqué par la retenue du Ramadan, les deux formations se sont neutralisées (0-0), dans un stade plus contemplatif que bouillant.

Un jeu à l’image du jeûne : retenu et patient

Dakar SC espérait renouer avec la victoire à domicile, une première depuis la démonstration contre la Sonacos (5-2, 9e journée). Les intentions étaient là, mais l’énergie semblait rationnée, comme si le sabr, cette patience spirituelle propre au mois béni s’était invité jusque dans les jambes.

Les transmissions manquaient de tranchant, les appels de vivacité. En face, Cambérène, discipliné et solidaire, fermait les espaces avec application. Chaque action offensive des visiteurs arrachait quelques exclamations, mais les protestations restaient mesurées, presque pieuses.

Résultat : un onzième nul pour Dakar SC, le sixième à domicile. Cambérène, lui, enchaîne un quatrième match nul, dont trois consécutifs, et prend un point qu’il accueille comme une petite baraka dans sa lutte pour le maintien.

Dans les tribunes : la foi avant la ferveur

Mais ce match se racontait surtout dans les gradins. Le public était présent, fidèle au rendez-vous, mais le Ramadan avait posé son voile de retenue sur l’ambiance. Les visages étaient tirés, les lèvres sèches, les regards parfois perdus dans la pelouse comme pour oublier la soif. Certains supporters gardaient la tête légèrement inclinée, économisant leurs forces, murmurant des encouragements plutôt que de les scander.

Les tambours, habituellement tonitruants, semblaient observer eux aussi le jeûne. Quelques battements timides, vite étouffés. Les chants démarraient, puis s’éteignaient comme une bougie manquant d’air. Les mains applaudissaient avec parcimonie. Même les contestations contre l’arbitrage manquaient de flamme : on levait les bras, on protestait, mais sans débordement.

Sur la pelouse, la pause fraîcheur a offert une scène révélatrice. Les joueurs se sont rués vers les bouteilles, certains buvant longuement, d’autres se passant de l’eau sur le visage. À l’inverse, les arbitres, plus discrets, semblaient s’abstenir. Leur attitude, sobre et concentrée, laissait penser qu’ils observaient le jeûne. Ils évoluaient avec une gestuelle mesurée, un pas calculé, comme s’ils géraient eux aussi leur énergie jusqu’au maghrib.

À l’extérieur : l’odeur du ndogou

Et puis, il y avait l’avant et l’après-match. Aux abords du stade, des bénévoles s’activaient déjà autour de sachets soigneusement préparés pour le ndogou. À l’approche de la rupture, on voyait des plateaux circuler : café chaud versé dans de petits gobelets, pain thon soigneusement emballé, dattes alignées, parfois quelques beignets dorés.

Des jeunes distribuaient avec le sourire, malgré la fatigue. « Ndogou bi la ! » lançait-on à ceux qui sortaient du stade. Certains supporters, encore assis sur les marches, attendaient l’appel du maghrib, regard fixé sur l’écran de leur téléphone. D’autres partageaient déjà le pain thon, rompant le jeûne ensemble dans une atmosphère fraternelle.

L’odeur du café fraîchement servi se mêlait à celle de la poussière et de l’herbe du terrain. Les premières gorgées semblaient redonner des couleurs aux visages. Les sourires revenaient, les discussions s’animaient davantage que pendant le match.

Au final, ce 0-0 restera comme un match suspendu entre compétition et dévotion. Un après-midi où la foi a tempéré la ferveur, où la faim et la soif ont dompté les tambours, et où le véritable coup d’envoi de l’émotion est peut-être venu au moment du ndogou.

Khadim DIAKHATÉ

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