Sassy Ndao (ex Sonacos) : « Je n’arrivais pas à dérouler mon projet. Ça allait de mal en pis »
Depuis son départ de la Sonacos, Sassy Ndao s’était fait discret. Dans cet entretien vérité, l’ancien coach des Huiliers brise le silence et revient sur les vraies raisons de sa séparation avec le club. Entre pression, manque d’expérience de l’effectif et manque de moyens, il pointe du doigt les difficultés qui plombent l’évolution de la Sonacos (15e, 17 pts). Libre et disponible, il se dit prêt à rebondir.
Entretien
Après votre séparation avec la Sonacos, on n’a plus de vos nouvelles…
Je suis en train de me reposer, de me ressourcer, de me refaire. Il y a un gros stress et une grosse pression qui pesaient sur moi. Quand j’ai tourné le dos, je suis revenu chez moi. Je suis en train de récupérer et de me refaire une santé de fer. Pour le moment, ce n’est pas évident d’avoir des contacts. Le championnat se poursuit. Je pense que toutes les équipes ont leur entraîneur et elles sont en train de faire leur bonhomme de chemin. Si on m’appelle pour accompagner, je suis dispo. Je suis un entraîneur libre depuis que j’ai quitté la Sonacos. C’est mon boulot. Si j’ai un bon contact, je fonce. Il n’y a pas de problèmes. C’est tout ce que je souhaite, c’est-à-dire travailler.
« L’expérience est importante. Car, c’est l’expérience qui fait la différence. Si vous prenez l’ensemble des joueurs du championnat, ils ont, à peu près, le même niveau technique. Donc, l’expérience est capitale ».
Avec du recul, quelles sont les raisons de votre limogeage ?
Je n’ai pas été limogé, que cela soit clair. On a eu un commun accord entre le président, l’entraîneur et le Directeur technique. Après le match contre le Stade de Mbour (2-0, 18e j.), et bien avant ce match, les résultats n’étant pas des meilleurs, j’ai décidé d’arrêter. Je ne voulais pas continuer dans cette situation-là. C’était très dur, il y avait beaucoup de pression. Au sortir des matchs, les gens étaient excités. Donc, il fallait arrêter. Je n’arrivais pas à dérouler mon projet de jeu. Il fallait arrêter et ne pas sacrifier l’équipe. Ce serait très égoïste de ma part. J’en ai parlé au président et au Directeur technique. Puis j’ai arrêté, d’un commun accord.

Sassy Ndao, ancien coach Sonacos
Pourtant, d’aucuns croyaient que vous avez été remercié par la direction du club ?
J’ai arrêté de mon propre gré. Quand on dirige une équipe, c’est pour avoir de bons résultats. Mais, si dans cette affaire, vous ne vous retrouvez pas, vous n’arrivez plus à trouver un langage commun avec vos joueurs. Il y a un décalage entre les joueurs et le staff, ce n’est pas la peine de continuer. C’est ce que j’ai senti. Il faut être franc. Cela ne marchait plus. On est resté pratiquement douze journées sans victoire. C’était catastrophique. Cela allait de mal en pis. L’équipe allait dégringoler. Je me suis dit que si c’est ma faute, il faut arrêter plus tôt afin que les gens prennent leurs dispositions pour que l’équipe puisse se maintenir en Ligue 1. Peut-être que je n’ai pas eu la chance d’avoir de meilleurs résultats. Il faut avoir le courage de le dire.
Peut-on dire que les joueurs n’ont pas adhéré à votre projet de jeu ?
Si vous faîtes la remarque, dans tous les pays du monde, si l’entraîneur a de bons résultats, c’est parce qu’il a des joueurs qui répondent à son projet de jeu. Au très haut niveau, les joueurs s’en vont, d’autres arrivent. Si vous arrivez à disposer d’une bonne équipe et que les joueurs comprennent votre style de jeu, votre tempérament du point de vue footballistique, vous avez la chance de gagner. Pourtant, les joueurs que j’avais n’étaient pas mal mais le talent ne suffit pas. Le haut niveau, il faut de l’expérience et des qualités. Or, dans cette affaire, si on dit la vérité. Les joueurs qui étaient là, pour la majorité, n’ont pas connu le haut niveau. C’est des gens qui venaient des Navétane ou du National. Il est rare de trouver des joueurs de la Sonacos qui avaient fait quatre ou 5 ans en Ligue 1. L’expérience est importante. Car, c’est l’expérience qui fait la différence. Si vous prenez l’ensemble des joueurs du championnat, ils ont, à peu près, le même niveau technique. Donc, l’expérience est capitale. Aussi la motivation est importante. La Sonacos traversait des difficultés. Je ne vais pas insister là-dessus.
« La Sonacos est un bon vivier pour l’US Gorée, le Jaraaf et Teungueth FC. Les meilleurs joueurs de la Sonacos sont partis dans ces équipes ».
Peut-on avoir une idée sur ces difficultés ?
Tout le monde sait que la Sonacos souffrait, depuis deux ans, à cause du manque de moyens. Cette Sonacos, qui était en tant qu’usine et qui avait recruté les joueurs, a créé beaucoup de désagréments à cette équipe. Et le président (Oumar Samb) avait du mal à trouver les gros moyens. Or, il faut des moyens financiers pour soutenir ces équipes-là. C’est indéniable. Sans argent, on ne peut pas recruter des joueurs de haut niveau. C’est-à-dire des joueurs qui ont une grosse expérience. Au contraire, la Sonacos est un bon vivier pour l’US Gorée, le Jaraaf et Teungueth FC. Les meilleurs joueurs de la Sonacos sont dans ces équipes. À supposer que ces joueurs étaient restés. Aujourd’hui, on pourrait être parmi les deux meilleures équipes de ce championnat. C’est sûr mais le destin a fait qu’il y a eu des difficultés. C’est indépendant de ma volonté. Nous avions des joueurs très bien sur le plan technique mais du point de vue mental et motivation, on avait des difficultés.
Donc, c’est le manque de moyens qui a plombé l’évolution de l’équipe ?
C’est l’une des causes de ces difficultés. Les gens ne me démentiront pas. Quand une équipe dispose d’un budget allant de 60 à 100 millions FCFA, si on arrive à donner des contrats de 100.000 FCFA, 150.000 FCFA et 200.000 FCFA, là on peut avoir de bons joueurs. Mais, si vous cédez vos meilleurs joueurs parce qu’il y a des difficultés internes, je pense que c’est dans l’ordre normal des choses. Si on recrute des joueurs qui n’ont pas le même niveau, il y aura des problèmes. On a eu beaucoup de joueurs titulaires cette année. En début de saison, on était quatrième. Mais depuis la victoire contre la Linguère (0-1, 7e j.), on a eu des difficultés. Pourtant, l’équipe déroulait bien. Il y avait une bonne ambiance et les gens voyaient qu’il y a un bon projet de jeu. Après, cela s’est cassé. Je ne vais pas porter la responsabilité à quelqu’un. Je suis l’entraîneur et si je ne parviens pas à avoir des résultats, il faut arrêter (…). J’ai senti que j’allais vers le chaos. Les gens m’ont compris aussi. Maintenant, il faut voir jusqu’à la fin de la saison. En tout cas, je souhaite que la Sonacos reste en Ligue 1.
Avez-vous des regrets concernant votre passage à la Sonacos ?
J’ai passé pratiquement tout ma carrière au niveau de la Sonacos. En 2000, j’étais déjà à la Sonacos, grâce à feu Gorgui Bâ dit Blin. J’étais avec lui avec le coach Mame Niang. On était dans la petite catégorie. Les gens ne me connaissaient pas. J’étais enseignant et j’alliais les deux. Feu Alassane Dia était l’entraîneur principal de l’équipe première en 2000 (…). En 2008, j’étais initiateur de football et j’étais enseignant à l’école Ibrahima Thioye à Diourbel. En ce moment Aly Sène était le président, Serge Baldé était le secrétaire général. Ils ont fait appel à moi en me disant : « tu es là depuis 2000 au niveau de la petite catégorie. Alassane (Dia) n’est pas là (il était malade), en entendant, tu vas prendre l’équipe en charge». Je suis allé en travail hivernal à Mbacké. En 2008, on a connu beaucoup de problèmes mais on n’est pas descendu. Il y avait deux équipes qui devaient descendre en deuxième division. Nous étions premiers non relégables. Cette saison, nous avons réussi à battre (1-0) le Port qui était en course pour le titre de champion. Mayacine Mar (ex-Directeur technique national) était l’entraîneur principal. Il avait comme adjoint Malick Daf (actuel entraîneur de Teungueth FC). On a fait ensemble le stage de premier degré à l’enceinte du stade Léopold Sédar Senghor. Parce que depuis 20 ans, les gens n’avaient pas organisé de stage.
Avez-vous été reconduit après avoir réussi à maintenir l’équipe en première division ?
La saison suivante en 2009 (l’ère pro), le club a trouvé un nouvel entraîneur qui habitait Tivaouane. Il m’avait pris comme son adjoint. C’est cette année (2009) que je suis nommé Directeur de l’école Ibrahima Thioye. Lamine n’a pas terminé la saison. L’équipe est descendue en Ligue 2. On m’a remercié. Ensuite, en 2010-2011, il y a l’arrivée de Sidate Sarr. Il m’a pris à nouveau comme adjoint. Puis feu Al Ousseynou Sène a remplacé Sidate en 2012. Il m’a fait son adjoint. Cette année, on a été champions du Sénégal en Ligue 2, après notre victoire en finale contre le Stade de Mbour et on remontait en Ligue 1. L’année suivante, Ousseynou Sène est parti en pleine saison au Stade de Mbour. Je me retrouve comme entraîneur principal et à la fin de la saison, on m’a encore remercié.
Vous étiez un sauveur de situation pour la Sonacos, alors ?
En tout cas, j’ai fait toute ma carrière à la Sonacos jusqu’à 2021. Par la suite, je suis allé prendre l’équipe de Diamono de Diourbel qui avait réussi sa montée en National 2. La saison suivante (2023), j’ai fait mon retour à la Sonacos pour seconder Sidate Sarr. À cette époque, le stade Ely Manel Fall était fermé. Nous avons fait deux ans entre Dakar et Thiès. Après les deux ans, Sidate (Sarr) est parti à Teungueth FC. Pour la petite histoire, les gens (de TFC) m’ont appelé pour que je vienne à Teungueth. J’ai même envoyé mes dossiers. Par la suite, le président de la Sonacos m’a convaincu de rester. J’ai fait un calcul en réfléchissant que mes fils (les grands) sont à Dakar. Les jeunes sont à Diourbel et j’ai fait un choix pour rester à Diourbel et ne pas disloquer ma famille. Il fallait encadrer les jeunes qui sont à l’élémentaire et au CEM. Mais, j’étais prêt à aller à Teungueth. Il ne restait qu’à signer le contrat. Mais, aujourd’hui, je n’ai pas regretté de rester à la Sonacos. Même si le salaire n’était pas costaud. Ce n’était pas important parce que le président avait confiance en moi.
Par Cheikh Demba NDIAYE







