Sénégal : 4-2-3-1 ou 4-3-3, quel système pour Pape Thiaw ?
Grâce à son succès convaincant face au Bénin (3-0), le Sénégal a bouclé la phase de groupes de cette CAN en tête de la poule D. Un parcours globalement maîtrisé par les Lions, avec deux victoires et un match nul. Le sélectionneur sénégalais, Pape Thiaw, a notamment alterné entre deux systèmes de jeu différents au cours de cette phase de groupes. Décryptage.
L’audace du 4-2-3-1 et ses limites
Pape Thiaw a débuté la compétition avec un 4-2-3-1. Le plus souvent ce système s’est finalement traduit sur le terrain par un 4-2-4, porté par un quatuor offensif composé de Sadio Mané, Iliman Ndiaye, Nicolas Jackson et Ismaïla Sarr. Face au Botswana, les Lions ont déroulé. Très vite, les « quatre fantastiques » ont multiplié les assauts, se procurant une multitude d’occasions. Le Sénégal s’est finalement imposé (3-0) grâce à un doublé de Nicolas Jackson et un but de Cherif Ndiaye.
Pape Thiaw a reconduit ce système face à la République démocratique du Congo lors de la deuxième journée (1-1). Avec un onze inchangé, les Lions se sont encore créé des opportunités dès l’entame, ce qui a conduit le sélectionneur à regretter le manque d’efficacité après la rencontre : « Si nous avions été efficaces en première mi-temps, nous aurions pu mener 2-0. Les statistiques du Sénégal étaient largement supérieures à celles de la RDC », a-t-il déclaré en conférence de presse.
Le Sénégal a totalisé neuf tirs (dont deux cadrés) contre cinq pour les Congolais (dont deux cadrés également), tout en conservant la maîtrise du ballon (60% de possession).
Cependant, ce système ultra-offensif a engendré un déséquilibre défensif. Avec quatre éléments d’attaque, la sélection se retrouve souvent en infériorité numérique lors des phases de repli. Si l’équipe n’a pas été trop exposée face au Botswana, ce fut une autre histoire contre les Léopards. C’est d’ailleurs sur une sortie de balle très propre que la RDC a ouvert le score. Par la suite, avec seulement deux milieux de terrain et un contre-pressing mal coordonné, les Lions ont subi en seconde période. Ce nul (1-1) n’a pas convaincu le public sénégalais, qui a alors réclamé le retour au 4-3-3.
Le 4-3-3 et ses nouveaux défis
Face au Bénin ce mardi 30 décembre, Pape Thiaw a opté pour le 4-3-3, l’un des schémas préférentiels de l’ancien coach de Niary Tally (NGB). Il a également opéré des changements dans son onze de départ : Pape Matar Sarr et Lamine Camara ont intégré le milieu aux côtés d’Idrissa Gana Gueye. En attaque, Habib Diallo a suppléé Nicolas Jackson, tandis qu’en défense, El Hadji Malick Diouf et Abdoulaye Seck remplaçaient respectivement Ismail Jakobs et Moussa Niakhaté.
Pourtant, les Lions ont vécu une entame de match compliquée, gênés par un bloc médian béninois très agressif. Les Guépards ont bousculé le trio du milieu dans sa propre moitié de terrain. Lamine Camara, touché à la cheville après plusieurs duels rugueux, a d’ailleurs dû céder sa place à la pause.
Les Sénégalais ont peiné à imposer leur rythme, faute de joueurs capables de dicter le tempo au cœur du jeu pour faire reculer le bloc adverse. Gana Gueye, Pape Matar Sarr et Lamine Camara possédant des profils plus « pivots », jouant essentiellement en une touche. Le salut est finalement venu d’un coup de pied arrêté juste avant la mi-temps.
Au retour des vestiaires, Pape Thiaw a effectué deux changements majeurs : les entrées de Habib Diarra et de Ibrahim Mbaye. Ces derniers ont stabilisé le jeu. Le joueur de Sunderland, très habile balle au pied, a créé le lien qui manquait entre le milieu et l’attaque. À plusieurs reprises, l’ancien Strasbourgeois a apporté le danger, comme en témoigne sa superbe percussion conclue par une frappe enroulée.
De son côté, Ibrahim Mbaye s’est illustré par sa vitesse et sa capacité d’élimination. Le « Titi parisien » a été précieux sur les transitions offensives, provoquant notamment le penalty du troisième but en fin de match.
La défense : le grand chantier
Si Pape Thiaw continue de tester ses systèmes, aucun d’entre eux n’a encore pleinement rassuré sur le plan défensif. Les Lions de la Teranga concèdent des occasions dangereuses à chaque sortie. Ces limites ont été soulignées par Ibrahim Diop, analyste vidéo de la sélection libyenne, après le match contre le Bénin : « Défensivement, le chantier est monumental ! L’écart entre nos qualités offensives et notre comportement défensif est abyssal. Que ce soit en défense placée ou en transition, le Sénégal est très moyen. »
Il ajoute une comparaison avec le rival continental : « Si le Maroc est devenu la première équipe africaine à atteindre les demi-finales d’un Mondial, c’est parce qu’ils ont compris l’importance de faire bloc et de bien défendre. »
Pape Thiaw a donc du pain sur la planche. Pour la suite de la compétition, il devra impérativement trouver le point d’équilibre entre son ambition offensive et la solidité défensive nécessaire pour aller au bout.

Pape Thiaw, sélectionneur du Sénégal
Moussa SOW







