Tactique | D’espoir à pilier : pourquoi Iliman Ndiaye est indispensable dans le système de Pape Thiaw
Devenu le maître à jouer d’Everton, Iliman Ndiaye s’impose progressivement comme l’un des atouts majeurs du Sénégal. Ses dernières prestations en sélection confirment sa montée en puissance. Mais comment Pape Thiaw peut-il tirer le meilleur de son talent sans sacrifier les cadres que sont Sadio Mané et Ismaïla Sarr ? Entre équilibre collectif et rendement offensif, le sélectionneur devra trancher.
Iliman Ndiaye, la montée en puissance d’un talent
Iliman Ndiaye a délivré deux passes décisives lors du dernier match du Sénégal contre le Soudan du Sud (0-5). Une belle performance pour le Sénégalais, qui reste sur une excellente dynamique en équipe nationale. Il s’était déjà illustré lors de la rencontre décisive face à la RD Congo (2-3), où il s’est révélé comme l’élément déclencheur. Titulaire contre l’Angleterre en amical (1-3), le joueur d’Everton avait également livré une belle copie.
Depuis son arrivée chez les Toffees à l’été 2024, l’ancien de Sheffield United est sur une pente ascendante. Il a retrouvé ses sensations et s’est imposé comme le leader technique du club de la Mersey. La saison dernière, Iliman a terminé meilleur buteur du club avec 9 buts en 33 matchs de Premier League. Cette saison, il en est déjà à trois réalisations après seulement sept matchs de championnat.
S’il a évolué à gauche durant tout l’exercice 2024/2025, le Lion de la Téranga est désormais repositionné à droite depuis l’arrivée de Jack Grealish — sans que cela n’altère son rendement. Il fait parler sa qualité technique, son intelligence de jeu et son sens du but. De plus, Iliman Ndiaye s’est aguerri physiquement : il effectue le repli défensif nécessaire pour aider son équipe. Everton étant réputé pour son bloc bas, cette rigueur est essentielle.
Le jeune Sénégalais se porte donc bien, et sa forme du moment lui permet d’être très régulier en sélection. Titularisé lors des cinq derniers matchs des Lions, Iliman Ndiaye est en train de se tailler une place de patron dans la tanière. Cependant, il reste devancé dans la hiérarchie par des cadres comme Sadio Mané et Ismaïla Sarr.
Le casse-tête offensif de Pape Thiaw : trois leaders pour deux postes
Sadio Mané et Ismaïla Sarr sont deux piliers de l’équipe nationale sénégalaise. Ils se partagent les ailes depuis plusieurs années. Si l’ancien attaquant de Liverpool et du Bayern Munich fait l’objet de critiques ces derniers temps, il n’en demeure pas moins l’un des hommes forts de Pape Thiaw. En atteste son but et le penalty provoqué contre le Soudan du Sud (0-5).
Au-delà de ses performances sportives, il se distingue également par son leadership. Par son expérience et son vécu, Sadio Mané guide la jeunesse sénégalaise. Contre la RD Congo, il a joué un rôle déterminant dans la remontée historique des Lions. Face au Soudan du Sud, il a cédé son penalty à Nicolas Jackson, alors en plein doute — un geste salué par Pape Thiaw en conférence de presse.
« Sadio Mané est un grand homme. Il a montré aujourd’hui qu’il ne joue pas pour les statistiques. Sinon, il n’aurait pas laissé le penalty à Nicolas Jackson. C’est un geste noble, qui montre que le groupe vit bien », avait déclaré le technicien sénégalais.
Buteur après plus d’un an de disette en sélection, Sadio Mané récolte les fruits de son bon début de saison avec Al Nassr (4 buts et 2 passes décisives toutes compétitions confondues).
De son côté, Ismaïla Sarr vit l’une des meilleures périodes de sa carrière. De retour en Angleterre à l’été 2024 après une saison compliquée à l’Olympique de Marseille, l’ailier de 27 ans s’épanouit à Crystal Palace. Il a marqué l’histoire du club en remportant la FA Cup et le Community Shield. Sur le plan individuel, le Saint-Louisien brille : huit buts et six passes décisives, soit l’une de ses meilleures saisons.
Repositionné dans l’axe, juste derrière Jean-Philippe Mateta dans un 3-4-2-1, le Sénégalais fait parler sa puissance, sa percussion et son adresse devant le but — des qualités connues, mais qu’il peinait à exprimer régulièrement en sélection. Aujourd’hui, Ismaïla Sarr s’affirme pleinement. En témoignent ses quatre buts sur ses trois dernières apparitions.
Face au Soudan du Sud, il a été une menace constante, s’offrant un doublé. À 27 ans, fort de ses 78 sélections, 18 buts, 4 CAN et 2 Coupes du monde, le joueur formé à Génération Foot est désormais un atout majeur pour Pape Thiaw.
Mais comment utiliser tout ce beau monde ? L’équipe compte aussi des attaquants de pointe comme Nicolas Jackson, Chérif Ndiaye, Habib Diallo ou Boulaye Dia, sans oublier les jeunes prometteurs Cheikh Tidiane Sabaly, Assane Diao ou Ilay Camara. Le sélectionneur doit donc trouver le système tactique qui permettra d’exploiter au mieux les qualités des uns et des autres, notamment celles d’Iliman Ndiaye.
Les options tactiques : repenser l’animation offensive
Le 4-2-3-1, pour libérer Sadio Mané dans l’axe et conserver Iliman et Sarr sur les ailes, est le système testé récemment face au Soudan du Sud (0-5). S’il devait initialement mettre en évidence Iliman dans le cœur du jeu, ce dernier s’est finalement davantage illustré sur le côté droit.
Après une vingtaine de minutes, l’attaquant d’Everton s’est exilé sur l’aile, laissant la position de meneur à Sadio Mané et poussant Ismaïla Sarr à gauche. Ce réajustement s’est avéré payant : l’attaque sénégalaise est devenue plus fluide et tranchante.
Au final, les trois ont été les protagonistes de la large victoire. Iliman a retrouvé une position familière, déjà occupée sous l’ère Aliou Cissé et qu’il occupe actuellement à Everton. Sadio Mané, placé plus axial, a pu se concentrer sur la création et la finition, tandis qu’Ismaïla Sarr, plus intérieur, a profité des montées d’El Hadji Malick Diouf pour s’exprimer.
Pape Thiaw peut aussi aligner un avant-centre (Nicolas Jackson, par exemple), mais ce système a ses limites. Avec un double pivot au milieu, un déséquilibre peut vite apparaître si les quatre offensifs ne participent pas suffisamment au repli défensif.
C’est néanmoins le schéma le plus proche de celui d’Everton : Iliman part d’un côté mais dispose d’une liberté intérieure. Son sens du dribble, sa vivacité et sa créativité apportent ce petit « éclair de génie » que seul Sadio Mané offrait auparavant.
Autre possibilité : placer Iliman à gauche pour maintenir le système préférentiel de Pape Thiaw (4-3-3). Mané pourrait alors évoluer en faux neuf, rôle qu’il connaît bien depuis Liverpool et le Bayern. Intelligent et technique, il peut décrocher pour libérer les espaces, distribuer le jeu et rester une menace constante devant le but.
L’inconvénient : ce schéma pousserait Nicolas Jackson sur le banc. Quant à Ismaïla Sarr, il est souvent moins performant collé à la ligne. Le sélectionneur devra donc lui donner la liberté de rentrer dans l’axe.
Le 3-4-2-1, une nouvelle piste
Une option audacieuse mais séduisante : Sadio Mané et Iliman Ndiaye derrière un avant-centre mobile (Jackson, Diallo, Dia ou Chérif Ndiaye). Les deux peuvent évoluer entre les lignes et se projeter rapidement, offrant une arme redoutable au Sénégal.
Ismaïla Sarr pourrait occuper le rôle de piston droit, poste qu’il a déjà tenu sous Aliou Cissé (à gauche). Avec son endurance et sa puissance, il a le profil idéal. À gauche, El Hadji Malick Diouf pourrait compléter le dispositif.
Ce système permettrait au Sénégal d’allier solidité défensive (grâce à la transformation en 5-3-2 en phase défensive) et dangerosité sur les transitions offensives.
Vers un nouveau Sénégal autour d’Iliman ?
À 25 ans, Iliman Ndiaye s’impose comme un leader incontestable de l’équipe nationale. Joueur technique, intelligent, imprévisible, capable d’être à la fois artiste et travailleur, l’attaquant d’Everton tire les Lions de la Téranga vers le haut. C’est souvent de lui que naissent les situations dangereuses.
Son profil offre à Pape Thiaw une flexibilité rare : Iliman peut être meneur, ailier (gauche ou droit) ou second attaquant. C’est peut-être là que réside l’avenir du Sénégal : bâtir une animation offensive où la créativité d’Iliman fera rayonner l’équipe.
Les Lions n’ont plus seulement besoin de puissance. Ils ont besoin d’un chef d’orchestre. Et Iliman Ndiaye semble prêt à tenir la baguette — surtout à l’heure où Sadio Mané entame le crépuscule de sa carrière.
Moussa Sow







