Tanger comme Diamniadio : quand Ibn Batouta parle wolof, sérère, diola…
Dès l’approche du stade Ibn Batouta de Tanger, une impression s’impose : quelque chose de familier flotte dans l’air. Des chants qui s’élèvent bien avant d’apercevoir les gradins, des tambours qui résonnent dans les parkings, des drapeaux vert-jaune-rouge qui ondulent au rythme des pas. À des centaines de kilomètres de Diamniadio, le Sénégal est déjà chez lui.
Bien avant que les joueurs n’entrent sur la pelouse, le stade avait déjà choisi son camp. À peine franchies les grilles, une chose sautait aux yeux – et surtout aux oreilles : le Sénégal était déjà chez lui.
Les premiers sons viennent de loin. Des tambours graves, réguliers, presque militaires. Puis des chants, qui montent par vagues, portés par des voix rauques, joyeuses, déterminées. En avançant dans les coursives, les couleurs apparaissent. Le vert, le jaune, le rouge. Partout. Noués autour des épaules, peints sur les visages, brandis sur des drapeaux qui claquent dans l’air chaud du soir.
À l’intérieur, le décor est saisissant. Les tribunes se parent progressivement de couleurs sénégalaises, au point d’éclipser tout le reste. Trois groupes de supporters, venus de différents horizons, ont répondu à l’appel, transformant l’enceinte de Tanger en véritable chaudron.
Au cœur du dispositif, le Douzième Gaïndé. Installé en zone centrale, il donne le ton. Megaphones en main, chefs de tribune debout, les chants s’enchaînent sans répit. Un chant en appelle un autre, repris instantanément par des centaines de voix. Le rythme est constant, maîtrisé, presque implacable.
Lëbou Gui, reconnaissable à sa marée rouge
Sur un flanc des tribunes, Lëbou Gui, reconnaissable à sa marée rouge. Les tambours y sont rois. Frappés avec force, ils martèlent l’air et font vibrer les gradins. Chaque battement traverse le corps, s’infiltre dans la poitrine, et semble accompagner chaque pas des Lions sur la pelouse.
De l’autre côté, Allez Casa, venu tout droit de la Casamance. Vêtus de vert, leurs drapeaux bien hauts, ils apportent une touche particulière, chaleureuse et profonde. Leurs chants, chargés d’émotion, se mêlent aux percussions et complètent cette symphonie populaire. Une Casamance lointaine géographiquement, mais pleinement présente à Tanger.
Quand les joueurs sénégalais pénètrent sur la pelouse pour l’échauffement, le stade s’embrase. Les Lions lèvent la tête, sourient, saluent. Aucune sensation de déplacement. Les repères sont là : le bruit, la ferveur, la communion. Comme à Diamniadio.
Pendant le match, la domination sénégalaise en tribune est totale. Chaque duel gagné est célébré, chaque récupération applaudie, chaque moment de flottement comblé par des chants encore plus forts. Les supporters ne lâchent rien. Ils poussent, ils portent, ils imposent leur présence.
Après le coup de sifflet final, l’ambiance ne retombe pas. Les chants continuent, les tambours résonnent encore longtemps dans Ibn Batouta. Et en conférence de presse, le lien se confirme : Pape Gueye avait pris le temps de saluer les supporters, de souligner leur fidélité et leur rôle, comme un hommage appuyé à ce douzième homme omniprésent.
À Tanger, hier soir, le Sénégal n’a pas seulement gagné un match, il a pris possession des tribunes.
Avec le Douzième Gaïndé au centre, Lëbou Gui en rouge, Allez Casa en vert, Ibn Batouta s’est transformé en Diamniadio du nord.
Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial à Tanger






