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Les confidences de Pape Matar Sarr : « Faire tout pour remporter la prochaine CAN »

Il a ce regard calme, presque timide, qui contraste avec l’autorité qu’il dégage balle au pied. Pape Matar Sarr a accordé une interview exclusive à dsports.sn. Il a parlé avec une sagesse rare pour son âge. À 22 ans, il incarne la relève du football sénégalais, mais surtout une nouvelle génération de milieux complets, capables de tout faire. Pressing, relance, projection, vision… Il est devenu en quelques mois un joueur important dans le onze d’Ange Postecoglou, où il évolue aux côtés de stars comme Son Heung-min ou James Maddison.

Pourtant, rien ne semblait écrit d’avance pour le garçon de Thiès, formé à Génération Foot avant de connaître une ascension éclair. De Metz à Tottenham, en passant par la Coupe du monde et la CAN, le parcours de Pape Matar Sarr force le respect. Et si son nom résonne de plus en plus fort en Premier League, le joueur reste fidèle à ses racines et à sa mission : faire briller son pays.

Dans cet entretien exclusif, il se confie sans détour sur ses débuts, ses choix de carrière, son rôle en sélection, ses ambitions de trophées, mais aussi sur sa personnalité, ses passions hors du terrain et la manière dont il gère la célébrité. Rencontre avec un jeune homme posé, déjà grand par le talent et l’attitude.

Entretien.

Certains te reprochent de ne pas “tout donner” en sélection, contrairement à ce qu’on voit à Tottenham. Qu’est-ce que tu réponds à ça ?

« Honnêtement, je n’ai pas grand-chose à répondre à ce genre de critiques. Pour moi, l’équipe nationale est au-dessus de tout. C’est une fierté immense de représenter le Sénégal, et je pense même que je donne parfois plus en sélection qu’en club.

Ce n’est jamais facile, car en équipe nationale, il y a énormément de pression. On veut toujours bien faire, mais certaines situations sont plus complexes qu’elles n’en ont l’air de l’extérieur.

Je suis prêt à me sacrifier pour ce maillot. Je serai toujours disponible, toujours prêt à tout donner pour l’équipe. Les critiques, je les entends, bien sûr, mais je préfère répondre sur le terrain. Ceux qui pensent que je ne me donne pas à fond ne perçoivent peut-être pas toutes les réalités du haut niveau et les exigences différentes entre le club et la sélection.

Quoi qu’il en soit, je prends les remarques de façon constructive. Pour moi, l’essentiel, c’est d’être performant avec le Sénégal. Les bonnes performances en club suivront naturellement. Je suis confiant : vous verrez très bientôt la meilleure version de Pape Matar Sarr. »

Avec l’arrivée de jeunes talents comme Habib Diarra, Lamine Camara ou Dion Lopy, le milieu des Lions devient très dense. Tu ressens cette concurrence ?

Franchement, je pense que c’est une excellente chose pour notre équipe nationale. Aujourd’hui, le coach a de nombreuses options, que ce soit avec les binationaux ou les jeunes qui montent en puissance dans les petites catégories. Je suis convaincu qu’ils auront tous leur chance avec les A. Pour moi, c’est un vrai avantage pour le Sénégal, et je suis sincèrement content pour eux.

Est-ce que ça te pousse à redoubler d’efforts ou ça t’agace un peu parfois ?

Bien sûr que ça pousse à se dépasser ! Et ce n’est pas que moi, c’est tout le monde. La concurrence est saine. Chacun veut se battre pour être titulaire indiscutable. Si je ne suis pas performant, si je ne suis pas au niveau, quelqu’un d’autre prendra ma place, c’est logique. On veut tous maintenir le cap, rester au top. C’est ce qui fait avancer l’équipe.

Comment tu juges l’intégration des binationaux dans le groupe ?

Le souhait du coach Pape Thiaw, c’est de rassembler les meilleurs joueurs possibles pour représenter le Sénégal. Chaque joueur, qu’il vienne de l’étranger ou du championnat local, rêve de porter ce maillot. L’intégration des binationaux est une richesse pour nous. Ils ne viennent pas pour prendre la place de quelqu’un, mais pour renforcer le groupe. C’est une belle opportunité pour le Sénégal, et on avance ensemble, main dans la main.

En équipe nationale, qui est ton vrai pote, celui avec qui tu partages le plus hors terrain ?

J’étais vraiment très proche de Bamba Dieng, mais depuis qu’il n’est plus en sélection, je passe beaucoup de temps avec Nicolas Jackson. On échange beaucoup, c’est un vrai pote. Il y a aussi Dion Lopy avec qui je m’entends bien. Après, au sein de la sélection, on est tous proches. Il n’y a pas de barrières, on est une vraie équipe, une grande famille.

Et tes relations avec les cadres comme Sadio Mané, Koulibaly, Mendy, et Gana ?

Ça, ça ne changera jamais. Gana, même en dehors de la sélection, on reste en contact. Il a toujours été une référence pour nous, il nous a montré le chemin. On échange beaucoup, notamment sur Instagram, et j’apprends énormément de lui. C’est pareil avec Sadio Mané. Je l’appelle très souvent, on parle de beaucoup de choses. Pour Mendy et Koulibaly, c’est la même chose. Ce sont des joueurs expérimentés, et je peux toujours apprendre de nouvelles choses à leurs côtés.

En club, on te voit très proche de Heung-min Son. Il est comme un grand frère pour toi ?

Sonny, c’est un grand frère pour moi. Depuis mon arrivée à Tottenham, c’est lui qui m’a beaucoup épaulé. Mon intégration n’a pas été facile, mais il a été là pour moi, m’a mis à l’aise, m’a aidé à m’adapter. Et il n’est pas comme ça qu’avec moi, il l’est avec tout le monde. C’est un gars très généreux, et je le remercie tout le temps pour tout ce qu’il a fait pour moi.

Tu as prolongé récemment ton contrat jusqu’en 2030 avec Tottenham, mais est-ce qu’il y a eu des offres concrètes d’autres clubs ? Des grands noms ?

Il y a des gens qui gèrent ces aspects-là pour moi. Moi, je me concentre sur le terrain et sur Tottenham. Je dois être performant et je fais confiance à mes agents pour gérer les discussions avec d’autres clubs. Pour l’instant, je suis ici, et je suis totalement concentré sur Tottenham.

Mais tu as quand même reçu des offres ?

(Rires) « Ça, je ne sais pas.

Si un club comme le Real Madrid, le Bayern ou le PSG venait te chercher demain, tu écouterais ?

Chaque joueur rêve de gravir les échelons et de jouer avec les plus grands clubs du monde. Mais comme je l’ai dit, je suis à Tottenham, et je me concentre sur cette saison avec eux. Tout ce qui viendra après sera un bonus. Je suis prêt pour tous les défis qui se présenteront à moi.

Comment le football est-il entré dans ta vie ?

J’ai grandi à Thiès, c’est là que tout a commencé pour moi. Je viens d’une famille de footballeurs, hommes et femmes, tout le monde joue au football. Mon père est coach, mais ce n’est pas lui qui m’a coaché. Il m’a confié à l’un de mes tontons, c’est lui qui m’a vraiment initié au football.

Quel rôle ta famille a-t-elle joué dans ton parcours ?

Chez moi, tout le monde joue au football. Quand mes amis allaient à l’école, moi, je partais jouer au football. C’est comme un héritage dans ma famille : nous avions tous les équipements, les ballons, les chaussures… Et comme cadeau, mon papa me donnait uniquement des maillots. Je pense que ce sont mes premiers pas dans le football. Ensuite, le centre de formation de Wally Dann FC, situé dans notre quartier, a été une autre étape importante.

Tu suis le football local ? Quelle équipe supportes-tu ?

Wally Dann FC de Thiès, c’est une évidence pour moi. C’est mon héritage, et dans le futur, je compte bien y retourner.

Y retourner, c’est-à-dire terminer ta carrière là-bas ?

Je ne sais pas encore, mais c’est un club que je porte dans mon cœur. J’ai des projets avec eux, et je prévois de retourner là-bas, que ce soit pour jouer ou pour d’autres choses. J’ai beaucoup d’idées pour l’avenir, et puis, c’est ma famille qui est là-bas.

Tu es passé par Génération Foot, puis Metz : comment as-tu vécu cette transition ?

C’est grâce à leur politique sportive que j’ai trouvé ma place là-bas. Le premier jour de mon arrivée à Génération Foot, deux joueurs partaient pour Metz. Dès que j’ai vu ça, je me suis dit que je pouvais aussi me faire une place. Olivier m’a fait croire que si je travaillais dur, je pouvais signer professionnel. Et c’est exactement ce qui s’est passé, j’ai fait trois saisons avec eux et tout s’est déroulé comme prévu.

Qu’est-ce que la formation sénégalaise t’a appris que tu gardes encore aujourd’hui ?

Je pense que Génération Foot (GF) et Metz, c’est juste une continuité. Quand j’ai quitté GF, je n’ai pas perdu mon football. La routine que j’avais à GF, je l’ai emmenée à Metz, car au centre de formation, c’était presque la même chose. Le football professionnel ne se limite pas au terrain, il y a beaucoup d’autres aspects à prendre au sérieux : le comportement sur et en dehors du terrain, la communication… Ce sont des valeurs que j’ai retenues et que j’applique encore aujourd’hui.

As-tu eu des moments de doute à tes débuts en France ?

Oui, forcément, surtout au début. Mais quand tu penses à tout ce que tu as laissé derrière toi, tu te relèves et tu te bats pour gagner la confiance du coach. J’ai toujours cru que j’allais un jour rejoindre Metz pour montrer mes qualités. J’étais prêt, car GF m’a préparé pendant six mois. Mais comme tout être humain, il y a eu des doutes, c’est normal. Cependant, j’ai persévéré. La deuxième partie de saison a été meilleure, car je revenais de la Coupe du monde et un nouveau coach est arrivé. Il m’a fait confiance, et je me suis vraiment bien senti avec lui.

Tu signes à Tottenham très jeune : qu’as-tu ressenti à ce moment-là ?

C’était un challenge au début. C’est très rare de voir un jeune joueur africain intégrer directement un grand club. Avant la signature, Mady Touré m’a appelé et m’a dit : “Je vois tout ce bruit autour de toi, ces gens qui disent que tu n’as pas le niveau pour Tottenham, que c’est trop tôt pour toi, mais sache que tu as les qualités pour t’imposer là-bas. Crois en toi, regarde le jeune français qui est parti et a trouvé ses marques. Pourquoi pas toi aussi ? Les jeunes Brésiliens, Espagnols, Argentins signent là-bas et réussissent, pourquoi pas un jeune Sénégalais ? C’est juste une question de volonté et de travail, et tu en es capable. Tu as le talent et la conviction.” J’ai fini par appeler mon papa, et il m’a dit exactement la même chose. “J’ai confiance en toi, et si tu apportes ce talent à Tottenham, tu réussiras.” Le début a été un peu difficile, mais Dieu merci, on l’a réussi.

Qui t’a le plus aidé au club (joueurs, coach, encadrement) ?

Au début, j’ai trouvé un coach avec une autre structure. Le coach qui m’a recruté Nuno Espirito Santo l’actuel coach de Nottingham Forest avait échangé avec moi quand j’étais à Metz, mais je ne l’ai pas trouvé là-bas. À mon arrivée, j’ai fait la pré-saison avec Conte. Après la pré-saison, le directeur technique m’a dit que le coach était satisfait de mes performances, mais qu’il voulait que je trouve un autre club jusqu’en janvier, car ils avaient beaucoup de joueurs. J’en ai parlé à mon agent, et j’étais sur le point de partir en prêt en Italie. Tout était presque acté, mais la semaine avant la finalisation, je me souviens qu’on faisait une opposition entre nous. J’étais remplaçant avec Ndombele. Ce moment-là, j’étais tellement excité, je voulais montrer tous mes talents. Deux jours après, Skipp s’est blessé à l’entraînement, et je l’ai remplacé. Après l’opposition, c’est Conte lui-même qui m’a appelé et m’a dit : “Tu ne vas pas partir en prêt, je compte sur toi, tu vas rester.” J’avais déjà fait mes valises, et j’ai appelé mon papa et mon agent, car ils avaient déjà fait le déplacement. Au début, j’étais un peu dubitatif, car je savais que je n’allais pas jouer, mais je me suis dit que, une fois que j’aurais l’opportunité, je me montrerais. Au début, faire partie des 20 joueurs sélectionnés pour le match, c’était un vrai défi pour moi.

Ta première convocation avec les Lions, tu t’en souviens ?

Je ne vais jamais l’oublier. J’étais à Metz. Sincèrement, quand j’ai reçu ma première convocation, je n’y croyais pas. Je pensais que c’était un Prank. Je me souviens bien, c’est Ibrahima Niane qui m’en avait informé. À ce moment-là, il devait venir en sélection, mais malheureusement, il était blessé. Ensuite, c’est Oppa Nguette qui m’a dit quelqu’un demandait mon numéro, et quand ce dernier demande le numéro d’un joueur, c’est qu’il va être appelé en sélection. Je lui ai dit : “Arrête tes conneries”, mais il insistait. Ce n’était pas facile de voir des jeunes intégrer l’équipe A. Je pense que je fais partie des premiers jeunes à intégrer l’équipe A. Deux jours après, Lamine Diatta m’a laissé un message.

Tu as connu la CAN 2021, la Coupe du monde 2022… que représentent ces compétitions pour toi ?

Je pense que la dernière Coupe d’Afrique m’a beaucoup marqué, surtout avec l’élimination contre la Côte d’Ivoire. Je disais que c’était ma compétition. Au début, j’étais blessé, mais je disais que j’étais venu pour la gagner. Je ne voulais pas quitter la compétition dans ces conditions-là. Tous les ingrédients étaient réunis pour gagner le trophée.

Et qu’est-ce qui n’a pas marché selon toi ?

Je ne sais pas, la façon dont on a été éliminés était vraiment cruelle. On a été éliminés aux tirs au but, c’est très difficile de s’en remettre. Cela reste toujours dans mon rêve. C’est une élimination très difficile. J’ai regardé le match plus de 10 fois. On a perdu alors qu’on avait la meilleure équipe, mais c’est le football, ça arrive parfois. Et la Côte d’Ivoire, quoi qu’on puisse dire, ils ont mérité le trophée. Je pense qu’on a appris de cette élimination, et que prochainement, on fera tout pour remporter la prochaine édition.

Pour la Coupe du monde, c’est un peu compliqué, mais je pense que le Sénégal est capable de réaliser de belles prouesses et pourquoi pas remporter le trophée dans les prochaines éditions.

Quels sont tes modèles ou joueurs préférés en sélection ?

Idrissa Gana Gueye, je le respecte énormément. Tout ce qu’il fait, même en dehors du football, si je devais avoir un idole, je pense que ce serait lui.

L’équipe nationale U17 du Sénégal s’est qualifiée pour les quarts de finale et va affronter la Côte d’Ivoire. Tu suis l’équipe ?

J’ai suivi leur deuxième match contre la Tunisie, et j’ai été impressionné par la qualité de jeu du capitaine, le numéro 8, Ibrahima Sory Sow. Franchement, il incarne Lamine Camara. Il a le même style et toutes ses qualités. Lamine était comme ça avec les petites catégories. C’est le même profil, notamment sur les coups de pied arrêtés. Ils vont aller loin, car ils ont une très bonne équipe.

Est-ce que tu te vois un jour capitaine du Sénégal ?

Chaque joueur sénégalais rêve de ça. J’ai été capitaine des U17, et peut-être qu’un jour je serai prêt à être capitaine de l’équipe A. Défendre les couleurs de l’équipe, ça en vaut la peine. Cela me ferait grandement plaisir.

Pape Matar Sarr en 5 mots” :

Travailleur, pieux, ouvert, jovial, familial. Si je suis ici aujourd’hui, une grande partie de ce succès est due à ma famille.

Pourquoi Pape Matar Sarr s’est-il lancé dans le social et quels sont ses projets dans ce domaine ?

Je ressens toujours le besoin de partager ce que j’ai avec les Sénégalais. Récemment, j’ai lancé ma Fondation et signé des partenariats pour aider les enfants orphelins. Mon objectif est de m’impliquer pleinement dans ce domaine, non seulement pour le développement de Thiès, mais pour tout le Sénégal. Vous découvrirez bientôt plus de choses à ce sujet.

Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ

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