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Académies de football : Maroc et Sénégal, deux visions et deux modèles très différents

Dans le football africain, le Sénégal et le Maroc sont aujourd’hui des références en matière de formation. Mais derrière ces succès, il y a deux philosophies très différentes. D’un côté, le modèle ultra-institutionnalisé et étatique du Complexe Mohammed VI au Maroc ; de l’autre, les centres privés d’excellence comme Génération Foot et Diambars au Sénégal, bâtis sur la détection, l’éducation et la vente de talents vers l’Europe.

Le Maroc mise sur la souveraineté et l’infrastructure d’État

Inauguré en 2019, le Complexe Mohammed VI de football, situé à Salé, est le joyau de la Fédération Royale Marocaine de Football. C’est un centre de 35 hectares, exclusivement dédié aux équipes nationales, avec 11 terrains, 5 hôtels, une clinique sportive en construction, un service médical de pointe, des résidences et une école intégrée.

« Ce centre est réservé uniquement aux sélections nationales et à la formation de cadres techniques de très haut niveau », souligne Hassan Kharbouch, son directeur. À travers ce projet de plus de 60 millions d’euros (environ 40 milliards FCFA), financé par des entreprises marocaines, le Maroc assume une stratégie nationale de développement. À cela s’ajoute un réseau de 12 académies régionales en construction pour reproduire ce modèle à l’échelle du territoire.

Le Sénégal parie sur la formation privée et l’exportation

Pour le Sénégal, Génération Foot et Diambars sont devenus des références incontournables en Afrique. Ces centres privés ont vu émerger des talents comme Sadio Mané, Ismaïla Sarr ou Pape Matar Sarr, tous passés par des partenariats directs avec des clubs européens, notamment le FC Metz.

L’objectif : repérer les meilleurs jeunes du pays, les former et les placer rapidement dans des clubs professionnels à l’étranger. Ce modèle, largement financé par des investisseurs privés, fonctionne à travers une logique de retour sur investissement via les transferts.

Deux stratégies, deux temporalités

Le Maroc veut construire dans la durée, en gardant la main sur l’ensemble de la chaîne de développement, avec une forte implication de l’État. Le Sénégal, lui, laisse une large place au secteur privé, misant sur des structures agiles et connectées au marché européen.

Dans un cas, le football est pensé comme un levier stratégique de souveraineté sportive. Dans l’autre, il est vu comme une opportunité économique et sociale pour les jeunes, avec un tremplin vers l’Europe.

Filles, arbitrage, éducation : le Maroc prend de l’avance sur la diversification

Autre distinction majeure : le sport-études au Maroc inclut aujourd’hui 155 jeunes filles résidentes, une première en Afrique. Le centre dispose même de la première académie féminine d’arbitrage du continent. Les jeunes pensionnaires y suivent des cours, des entraînements, et sont formées à d’autres métiers du sport.

« C’est une volonté royale : l’épanouissement des filles à travers le sport », insiste Kharbouch. Une démarche encore peu répandue dans les centres sénégalais, qui restent majoritairement masculins et orientés vers la performance individuelle.

Coopération ou compétition ?

Les deux pays ne sont pas en opposition frontale. Le Complexe Mohammed VI accueille régulièrement des sélections africaines en stage dans un esprit de coopération continentale. Mais cette mise en perspective révèle une dynamique intéressante : celle d’un Maroc qui mise sur le leadership institutionnel, face à un Sénégal fer de lance de l’export de talents bruts.

Si le Maroc construit une pyramide sportive centralisée, le Sénégal continue de produire des pépites à haut potentiel international. Deux chemins, deux visions – mais une même ambition : faire du football africain une force mondiale, à partir de ses racines.

Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial à Rabat

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