Mathieu Chupin (DSC) : « Difficile d’attirer des investisseurs dans un championnat encore fragile »
Le président de Dakar Sacré-Cœur dresse un bilan de la dernière saison et détaille ses ambitions pour le club. Formation, infrastructure, dimension sociale : Chupin explique comment le club conjugue performance sportive et engagement humain. Dans cet entretien exclusif, le président de Dakar Sacré-Cœur revient sur les défis et réussites de son club, entre Ligue 1, Coupe du Sénégal, développement des jeunes et projets communautaires. Une vision qui place l’humain au cœur du projet sportif.
Président Mathieu Chupin, avec du recul, quel regard portez-vous sur la dernière saison du Dakar Sacré-Cœur ?
Mathieu Chupin : La saison écoulée peut être qualifiée de mitigée. L’équipe première a bien démarré le championnat, mais a manqué de constance sur la durée, ce qui a freiné sa progression. Du côté de l’équipe féminine, nous avons opéré un important renouvellement de l’effectif, avec un groupe jeune. Malgré les défis liés à l’inexpérience, le bilan reste satisfaisant. Chez les jeunes, plusieurs catégories ont montré de belles choses, même si certaines éliminations prématurées, notamment en Coupe du Sénégal U19, laissent quelques regrets.
« Nous visons une place dans le top 5 en Ligue 1 et au moins une demi-finale en Coupe du Sénégal »
Quels ont été les principaux points forts et faiblesses du groupe ?
→ Points forts : un jeu porté vers l’avant, dynamique et ambitieux, et une solidité défensive qui nous a permis de rester compétitifs.
→ Insuffisances : un manque d’efficacité offensive dans les moments décisifs, et l’inexpérience de nombreux jeunes joueurs qui s’est ressentie lors des matchs clés.
Et sur le plan de la formation ?
La formation reste un pilier central du club. La qualité est réelle, comme le prouve l’intégration régulière de jeunes en équipe première. Mais il manque de compétitions régulières pour nos jeunes, ce qui freine leur progression. C’est un problème structurel au niveau national.
DSC est souvent cité comme un modèle d’organisation. Comment évaluez-vous votre fonctionnement interne ?
C’est le fruit d’une rigueur constante et d’une structure solide. Le fonctionnement interne continue de s’améliorer, avec des équipes compétentes et une volonté permanente de progresser.
Quelles sont les ambitions sportives du club cette saison ?
Nous visons une place dans le top 5 en Ligue 1 et au moins une demi-finale en Coupe du Sénégal.
La jeunesse reste-t-elle au cœur du projet ?
Absolument. La jeunesse demeure notre ADN. Mais nous avons ajouté des joueurs expérimentés pour encadrer les plus jeunes. L’idée est de bâtir un groupe U19 solide, à fort potentiel.
Qu’attendez-vous du staff technique ?
Le staff reste inchangé. Nous attendons de lui qu’il respecte le projet de jeu et les valeurs du club, tout en atteignant les objectifs fixés avec engagement et cohérence.

La formation au cœur du projet de DSC
« Après dix ans d’une collaboration fructueuse, nous avons mis fin au partenariat en juin 2025. C’était une décision réfléchie. Nous avions des exigences financières légitimes pour poursuivre un tel partenariat ».
Où en est aujourd’hui votre centre de formation ?
Dakar Sacré-Cœur est avant tout un club formateur, pas une académie. Nous avons réduit nos effectifs pour nous concentrer sur les hauts potentiels, en intégrant de plus en plus de jeunes issus de notre école de football. C’est dans cette école qu’ont débuté Iliman Ndiaye et Leila Wanderler, aujourd’hui étoiles montantes du football européen. Lors du dernier mercato, 5 joueurs ont signé à l’étranger (France, Italie, Soudan, Qatar). Et chaque année, de nombreux joueurs formés chez nous rejoignent les clubs de L1 et L2 sénégalaises.
Quelle place occupe la formation humaine dans votre modèle ?
Elle est essentielle. À DSC, la formation ne se limite pas au football. Nous formons des femmes et des hommes capables de s’intégrer positivement dans la société. C’est un engagement fort.
Quels sont vos projets en matière d’infrastructures ?
Nos installations sont de bon niveau. La priorité est aujourd’hui le remplacement du tapis du terrain d’honneur et le renouvellement des buts, prévu entre décembre 2025 et janvier 2026.
Le partenariat avec l’Olympique Lyonnais a pris fin. Pourquoi ?
Après dix ans d’une collaboration fructueuse, nous avons mis fin au partenariat en juin 2025. C’était une décision réfléchie. Nous avions des exigences financières légitimes pour poursuivre un tel partenariat. Ce lien avec l’OL a été riche et structurant, et nous restons en excellents termes.
Avez-vous déjà des contacts pour de nouveaux partenariats ?
Oui, plusieurs clubs européens, américains et investisseurs nous ont sollicités. Nous prenons le temps d’évaluer chaque option, mais nous n’excluons pas de poursuivre seuls le développement de notre football professionnel.
Comment le club maintient-il sa stabilité financière dans le contexte actuel ?
Comme beaucoup, nous subissons le contexte économique. Certaines activités sont en recul, mais nous avons adapté notre budget, notamment pour le football professionnel. Nous restons prudents mais solides.
Les sponsors jouent-ils un rôle déterminant ?
Bien sûr, mais il est difficile d’attirer des investisseurs dans un championnat encore fragile. Tant que nous n’aurons pas des infrastructures adaptées, un calendrier stable et une vraie couverture médiatique, ce sera compliqué.
Comment jugez-vous le niveau de la Ligue 1 sénégalaise ?
Le niveau technique et tactique progresse nettement, grâce à la place croissante accordée à la formation dans nos clubs.
« Dakar Sacré-Cœur, c’est une famille unie par la passion. Restons soudés, soyons meilleurs ensemble. C’est notre slogan et notre force. »
Que pensez-vous de la politique de la FSF concernant la professionnalisation du championnat ?
Ce que je trouve incroyable aujourd’hui, c’est que les performances du Sénégal, reconnues à travers le monde, reposent largement sur une spécificité sénégalaise : l’existence de nombreux clubs formateurs et académies de très haut niveau, qui sont à l’origine directe de ces résultats. J’en veux pour preuve le match contre la Mauritanie : sur le onze de départ, sept joueurs étaient issus de ces clubs sénégalais. Je pourrais aussi citer le beau parcours de notre équipe nationale lors de la dernière CHAN. Cela pose forcément question. Pourquoi notre football local, et notamment notre football professionnel, n’est-il pas davantage pris en compte et valorisé, alors même qu’il constitue la base de ce que le monde entier nous envie ? Nous n’attendons plus des promesses mais des actes concrets.
Selon vous, que faut-il améliorer pour que les clubs sénégalais soient plus compétitifs sur la scène africaine ?
Le vrai défi, c’est de faire grandir nos clubs pour qu’ils soient plus compétitifs. Il faut qu’on se professionnalise davantage, qu’on améliore nos infrastructures et qu’on construise un modèle économique viable. Mais cette mutation dans le contexte institutionnel et économique n’est quasiment pas envisageable. Elle repose sur une véritable prise en compte par les plus hautes autorités du pays du potentiel immense du sport sénégalais LOCAL !
DSC milite souvent pour un football structuré et durable : sentez-vous une évolution dans ce sens ?
Certains clubs font de vrais efforts de structuration, et Dakar Sacré-Cœur en fait partie. Mais pour parler d’un football durable, il faut une vision partagée, des moyens stables et une meilleure coordination entre clubs, Ligue et Fédération. On avance, mais pas encore au rythme qu’il faudrait.
Dakar Sacré-Cœur se veut un club à dimension humaine. Comment entretenez-vous ce lien avec les jeunes et la communauté locale ?
Dakar Sacré-Cœur est, avant tout, un club à dimension humaine qui s’inspire aussi de l’approche éducative extraordinaire de nos partenaires historiques, l’Institut des Frères du Sacré-Cœur. Nous entretenons ce lien fort avec les jeunes à travers notre centre de formation, où nous offrons une prise en charge complète et un accompagnement éducatif fondé sur nos valeurs. Au-delà du foot pro, cette mission se poursuit au cœur de notre secteur sport loisir avec l’équivalent chaque saison de 1000 h terrain offertes à notre communauté. A titre d’exemple :
→ Nous accueillons gratuitement depuis 8 saisons des centaines de jeunes filles de Dakar à l’école de football et en stage durant les grandes vacances.
→ Depuis près d’un an nous accueillons sur nos terrains l’équipe nationale des sourds-muets pour ses entraînements.
Nous renforçons ainsi notre impact social en créant des passerelles entre le club et la communauté. Nous offrons ainsi à des milliers de citoyens un espace d’épanouissement et de repères positifs. C’est cette dimension humaine qui fait de Dakar Sacré-Cœur bien plus qu’un club de football. C’est aussi autour de cette approche que se retrouve sur nos réseaux sociaux notre vaste communauté. Dans ce domaine aussi nous avons été pionnier et nous sommes à date leader.
Vous menez régulièrement des actions sociales et éducatives : quels en sont les prochains projets ?
Effectivement, Dakar Sacré-Cœur, fidèle à sa vision communautaire, poursuit le déploiement de nouvelles activités. Tout récemment, nous avons participé à la marche de l’Association Cancer du Sein Sénégal pour soutenir les femmes de notre communauté dans le cadre d’octobre rose. À travers la Maison des Femmes (projet initié avec l’appui du CIO via la plateforme sport en commun), et notre sponsor féminin SWORD, nous favorisons la promotion de la femme à travers le sport.
D’autres initiatives vont être déployées cette saison en étant de plus en plus connecté à notre communauté et au territoire des 3 communes qui nous entourent. Pour faciliter cette dynamique en marche, nous allons aussi développer un dispositif de fidélisation. Ce dernier permettra de mieux identifier, impliquer et accompagner les membres de notre communauté.
Que représente, personnellement, cette nouvelle saison pour vous ?
Cette nouvelle saison représente un renouveau, avec un changement de logo et un rebranding assumé, nous continuons de miser sur la valeur humaine la jeunesse et le professionnalisme. C’est cette recette qui a fait de Dakar Sacre Cœur l’institution qu’elle est aujourd’hui. Nous allons encore plus légitimer notre place dans l’environnement du football sénégalais avec les objectifs précédemment cités. Tout cela en mettant l’humain au cœur de nos actions à travers la communauté et la maison des femmes. Notre slogan Meilleurs Ensemble témoigne à lui seul de nos ambitions.
Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ
Fiche technique
- Nom officiel : Association Sportive Dakar Sacré-Cœur.
- Fondé : 2005
- Siège / Base : Rue 10 angle 12 – Liberté 1, BP 25 111 Dakar-Fann, Sénégal
- Couleurs : Bleu et Blanc
- Stade : Pas de terrain fixe
- Président : Mathieu Chupin
- Entraîneur : Hassane Fall
Palmarès
- Champion Ligue 2 : 2017
- Coupe de la Ligue : Finaliste 2015, 2016
Saison dernière 2024-2025
- Ligue 1 : 8e avec 39 points
- Stats : 10 victoires, 9 nuls, 11 défaites, 30 marqués, 29 encaissés






