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Jules Bocandé, la légende indomptable : Anecdotes et héritage d’un capitaine hors norme

Jules François Bocandé n’était pas seulement un footballeur. Il était un phénomène. Une silhouette majuscule, une présence qui imposait le respect, un capitaine capable de faire vibrer tout un stade d’un simple regard. Dsports revient sur le parcours exceptionnel de Jules Bocandé, né un 25 novembre 1958, figure majeure du football sénégalais et première grande star des années 80. À travers anecdotes, souvenirs et témoignages forts, nous redécouvrons l’héritage unique laissé par l’emblématique capitaine des Lions, disparu le 7 mai 2012 à Metz.

L’ascension d’un géant : du Casa Sport à la France

Formé au Casa Sport, Bocandé se forge très tôt une réputation de joueur explosif : vitesse, puissance, jeu de tête, personnalité XXL. Un cocktail rare. Il rayonne dans l’entrejeu des Ziguinchorois, vainqueurs de la Coupe du Sénégal 1979, le premier trophée majeur du club du sud.

Mais l’histoire de ce futur grand attaquant prend un virage inattendu après la finale de Coupe du Sénégal 1980, perdue contre la Jeanne d’Arc. Une suspension à vie après un geste d’humeur envers l’arbitre… une sanction terrible qui aurait pu briser son destin. « On venait de me tuer alors que j’étais si jeune », dira-t-il plus tard.

C’est pourtant cette épreuve qui l’enverra en Europe — comme s’il avait été poussé vers son destin. « Nul ne peut échapper à son destin », répétait-il souvent.

De Casa Sports à Seraing, jusqu’à la France, il s’impose partout. En 1986, il inscrit 23 buts avec le FC Metz et devient meilleur buteur du championnat de France, un exploit monumental pour un joueur issu d’un club loin des géants. Karl-Heinz Förster, roc allemand, dira de lui : « Rapide, fort dans le jeu de tête, imprévisible. »

Le retour du héros, la CAN et les blessures

L’histoire de Bocandé avec la CAN fut passionnelle — parfois cruelle, souvent héroïque. Ce 1er septembre 1985 alors que les Lions tentent de mettre fin à plus d’une décennie sans qualification à la CAN, Boc écrit sa légende. Il inscrit un triplé contre le Zimbabwe (3-0) et qualifie presque à lui seul les Lions. Le pays explose de joie. C’était son cadeau au peuple. Son pardon. Son retour en grâce. Pape Fall dira de lui : « Le Sénégal était tout pour lui. » El Hadji Diouf, un de ses héritiers résume : « Bocandé était notre modèle. Il nous a montré qu’on pouvait réussir en travaillant dur. » Pape Diouf, l’ancien président de l’OM, dira en 2012 : « Il était la première grande star du football sénégalais. »

Le retour à la CAN 1986 (Égypte) est cependant douloureux : élimination au premier tour, critiques violentes, image écornée. Il racontera plus tard : « Je me sentais un homme détesté… mais je ne pouvais pas laisser le football sans l’équipe nationale »

Le capitaine qui donnait, même quand il n’avait plus

En club comme en sélection, Bocandé avait ce sens du devoir, du sacrifice, du groupe. Il ne se contentait pas de motiver : il réclamait pour ses coéquipiers, il s’exposait à la place des autres, il mettait même de sa poche pour encourager.

La “roulade Bocandé” au Camp Nou

Lamine Mboup, ancien international, raconte avec admiration : « Au Nou Camp, il fait une roulade avant de marquer contre le Barça. Pas la roulade de Zidane : la roulade Bocandé ! » Une action typique du personnage : imprévisible, libre, spectaculaire.

La sélection retrouvée grâce à… une insulte volontaire

Dans les années 80-90, les clubs n’étaient pas obligés de libérer leurs joueurs pour les compétitions africaines. Pour pouvoir rejoindre la sélection, Jules Bocandé était allé jusqu’à provoquer volontairement un arbitre afin d’être suspendu… et ainsi avoir la possibilité d’honorer une convocation avec les Lions. Il le raconte lui-même : « J’ai balancé des insanités à l’arbitre pour me faire expulser. »

Un carton rouge volontaire. Une folie ? Non : un acte de patriotisme teinté de malice. Il voulait porter le maillot, il l’a récupéré.

Gambie – Sénégal, standing ovation et fierté

Toujours selon Lamine Mboup : « En Gambie, le public s’est levé pour m’applaudir. Bocandé était tellement fier qu’il est venu me chercher lui-même sur le terrain au moment de ma sortie. » Un geste rare, presque paternel. Bocandé, c’était ça : le capitaine qui t’élève.

Après la carrière : le conseiller, le grand frère

Au début des années 2000, la Fédération le ramène dans la Tanière comme Conseiller de la sélection (2001–2004). Pour transmettre. Pour unir les générations. Pour aider, aussi, car l’homme traversait des périodes difficiles. El Hadj Malick Sy Souris dira : « C’était un modèle. Je ne pouvais pas le laisser tomber. »

Khadim DIAKHATÉ

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