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Portrait I Roger Mendy : le défenseur moderne que le Sénégal attendait

Prodige sénégalais, Roger Mendy découvre le football dans des conditions difficiles. Issu d’une famille pauvre, il n’a que dix-sept ans lorsqu’il frappe aux portes de la Jeanne d’Arc. Il raconte qu’il s’était présenté à l’entraînement avec des chaussures ramassées dans une poubelle. Mal habillé, il est d’abord renvoyé par l’entraîneur des juniors, sans même avoir été testé.

Mais sa ténacité change tout. Roger s’accroche, revient, et finit par intégrer les juniors. Très vite, son talent saute aux yeux. L’entraîneur de l’équipe première le surclasse, et en quelques semaines seulement, il débute en équipe A. Ses prestations impressionnent : le jeune défenseur crève l’écran, au point d’être rapidement surnommé “L’Imperial”.

Doué des deux pieds, intraitable au sol comme dans les airs, doté d’une lecture du jeu exceptionnelle, Mendy s’impose comme l’un des meilleurs libéros africains de son époque. Appelé en équipe nationale, il inscrit un but dès sa première cape et devient le patron d’une génération sénégalaise spectaculaire — celle des Thierno Youm, Jules Bocandé, Oumar Sène. Une génération brillante, mais qui, malgré son talent, ne décrochera pas de trophées majeurs et n’atteindra jamais la Coupe du monde.

Un pionnier de la défense moderne

De tous les défenseurs africains de sa génération, peu ont autant révolutionné leur poste que Roger Mendy. Dès ses débuts, il apporte quelque chose de nouveau :

• une relance propre,

• une intelligence tactique rare,

• une anticipation supérieure,

• un sang-froid total,

• une polyvalence technique digne d’un milieu de terrain.

Ses anciens coéquipiers témoignent : pour Amadou Diop, « avec Roger, la défense changeait de dimension ». Il ne subissait jamais le jeu : il anticipait, coupait les trajectoires, organisait la relance. Qu’il utilise la tête, la poitrine ou la cuisse, tout semblait naturel.

À une époque où la force brute était souvent privilégiée, Mendy incarnait déjà l’élégance, la propreté et la réflexion. On le considère aujourd’hui comme l’un des précurseurs africains du défenseur moderne.

L’un des cadres incontournables des Lions

Entre 1980 et 1993, Roger Mendy défend les couleurs du Sénégal sans relâche. Il devient un pilier des Lions, participant à plusieurs CAN, dont celle de 1992 à domicile. Avec le recul, il regrettera que l’équipe n’ait pas été « plus calculatrice », preuve de sa compréhension aiguë des exigences du haut niveau.

Il marque également le but de la victoire lors de ses débuts contre la Guinée, montrant qu’il pouvait se projeter offensivement quand nécessaire.

Une carrière européenne solide et remarquée

Ses performances au Sénégal ne passent pas inaperçues. En 1986, il rejoint le Sporting Toulon, où il forme l’une des défenses les plus solides du championnat aux côtés de Bernard Casoni. Il y reste trois saisons et devient une figure appréciée du club.

En 1989, il signe à l’AS Monaco, avec la lourde mission de succéder à Patrick Battiston. Son association avec Emmanuel Petit deviendra l’une des charnières les plus efficaces de l’histoire du club. Ensemble, ils participent aux magnifiques épopées européennes de 1990 et 1992.

Une période marquée néanmoins par une ombre : ses matchs poussifs contre l’Olympique de Marseille en pleine affaire Tapie, alors que le club phocéen baignait dans un climat de corruption.

À la même période, le fisc français l’inquiète pour des impôts supposément dus lors de son passage dans le Var. Interdit de territoire, Roger s’exile en Italie, à Pescara, devenant le premier joueur sénégalais à évoluer en Serie A.

Il achève sa carrière après un passage à Al Nassr, en Arabie Saoudite, et prend sa retraite à 34 ans.

Le respect unanime de ses pairs

Dans les témoignages compilés par Mamadou Koumé, une constante ressort : le respect que lui portaient coéquipiers, entraîneurs et observateurs.

On louait :

• son leadership naturel,

• sa capacité à organiser toute une défense,

• sa relance d’une propreté rare,

• son style rappelant parfois un milieu relayeur.

Bien avant que le football mondial ne consacre ce profil, Roger Mendy en était déjà un modèle.

Un héritage vivant

Au Sénégal, son nom reste celui du meilleur défenseur de l’histoire du pays. Son style a inspiré plusieurs générations, et certains voient en lui l’archétype du défenseur complet africain. En 2009, de retour au pays, il participe à la création d’un concours national — une sorte de “Nouvelle Star” version football — en partenariat avec la RTS, pour détecter de nouveaux talents.

Palmarès

• 4e de la CAN 1990 (Sénégal)

• Finaliste de la Coupe des Coupes 1992 (AS Monaco)

• Vice-champion de France 1991 et 1992 (AS Monaco)

• Champion du Sénégal 1985, 1986 (ASC Jeanne d’Arc)

• Vainqueur de la Coupe de France 1991 (AS Monaco)

• Vainqueur de la Coupe du Sénégal 1980, 1984 (Jeanne d’Arc)

Roger Mendy : un nom gravé dans la mémoire du football sénégalais

Pionnier, leader, technicien, modèle. Roger Mendy a bouleversé les codes, marqué son époque et laissé une empreinte indélébile sur le football sénégalais et africain.

Il demeure, pour beaucoup, le plus grand défenseur sénégalais de tous les temps.

 

Khadim DIAKHATÉ

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