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Après la clameur, le travail : dans les coulisses d’un Sénégal ambitieux

Tanger, fin d’après-midi. Le soleil décline doucement sur les installations d’entraînement, caressant la pelouse d’une lumière dorée. L’air est calme, presque solennel. Ici, loin du vacarme du stade et de l’ivresse du score, se joue une autre partition de la Coupe d’Afrique des Nations : celle de la continuité, de la gestion, de la construction silencieuse d’un groupe qui sait que le plus dur commence toujours après la première victoire.

Pendant près de deux heures, les Lions du Sénégal ont travaillé. Longtemps. Sérieusement. Sans excès, mais sans relâche. Une séance particulière, révélatrice, presque pédagogique, dans un contexte où la victoire 3-0 face au Botswana aurait pu inviter au relâchement. Il n’en fut rien.

Un entraînement à géométrie variable, reflet d’une compétition exigeante

Tous les joueurs ne sont pas sur le terrain. Et ce n’est ni un hasard ni une inquiétude. La veille, l’entrée en lice a coûté cher physiquement. Pressing constant, projections offensives, courses répétées, défenseurs sollicités dans la couverture et l’anticipation. Kalidou Koulibaly, Moussa Niakhaté, Jakobs, comme les joueurs offensifs, ont laissé beaucoup d’énergie sur la pelouse.

Résultat : une séance pensée avec intelligence. Les titulaires sont laissés au repos à l’hôtel. Les muscles doivent récupérer. Le corps doit assimiler l’effort. La CAN ne se gagne pas au premier match, mais elle peut s’y perdre.

Sur le terrain, ce sont donc les remplaçants, les nouveaux arrivés qui prennent possession de l’espace. Une autre équipe, mais la même exigence.

Quand les “seconds couteaux” deviennent une priorité

El Hadji Malick Diouf, Habib Diarra, Ousseynou Niang — arrivé récemment dans la Tanière — enchaînent les exercices. Ballon au sol, déplacements coordonnés, intensité maîtrisée. Rien n’est laissé au hasard.

Pour Chérif Hassana Fall, journaliste à la RTS, cette séance est bien plus qu’un simple décrassage :

« Les retrouver tous ici ensemble, c’est une bonne chose, parce que ça permet de solidifier le groupe et de travailler certains automatismes. Comme ça, tout le monde se sent impliqué. »

C’est là l’un des messages forts de cette CAN version Sénégal : personne n’est spectateur. Chaque joueur est une pièce potentiellement décisive. Chaque minute d’entraînement compte, surtout dans un contexte où la sélection n’a pas pu disputer de matchs de préparation.

Edouard Mendy, incarnation d’un collectif sans hiérarchie figée

Surprise du jour : Edouard Mendy est là. Pas resté à l’hôtel. Présent avec les remplaçants pour le travail de décrassage. Un détail ? Non. Un signal.

Le gardien, peu sollicité face au Botswana, choisit de rejoindre le groupe. Pour se mettre dans le bain. Pour retrouver des repères. Pour travailler avec Yehvann Diouf, Mory Diaw et les autres joueurs.

« C’est important pour lui de pouvoir trouver quelques repères sur le terrain », souligne Chérif Hassana Fall. Dans une compétition aussi courte et intense, même les postes supposés “tranquilles” exigent une vigilance maximale.

Une atmosphère apaisée, mais jamais euphorique

Autour du terrain, quelques journalistes, des créateurs de contenu, des regards attentifs. Parmi eux, Edgar Barros, témoin privilégié de cette séance particulière :

« Aujourd’hui on est à Tanger. Il y a des millions de Sénégalais qui rêveraient d’être à notre place. » Le ton est donné. La victoire a libéré la pression, oui. Mais elle n’a pas anesthésié l’exigence.

L’entraînement se déroule dans la joie, la bonne humeur, mais aussi dans une concentration palpable. « Ce sont des séances agréables parce que c’est le lendemain d’une victoire. On gagne 3-0, la pression est redescendue, mais ça donne aussi des axes d’amélioration. »

Sur le terrain, les joueurs multiplient les appels sans ballon, travaillent les transitions, peaufinent les automatismes. On sent un groupe soudé, une concurrence saine, des joueurs prêts à apporter leur pierre à l’édifice.

Edgar Barros évoque même Ibrahim Mbaye, entré brièvement lors du match précédent. « En trois actions, il peut faire beaucoup. Hier, il offre une passe décisive qui n’est pas transformée. » Des détails, encore. Mais à la CAN, ce sont souvent les détails qui font basculer un tournoi.

Déjà tournés vers la RDC, la “finale avant l’heure”

Tout converge vers le prochain rendez-vous. La RDC. Un choc. Un test grandeur nature. « Tous les matchs sont des finales », répètent les acteurs du groupe.

La séance s’achève progressivement. Les étirements remplacent les courses. Les discussions se prolongent. Rien n’est précipité. Demain et après-demain, les entraînements pourraient se faire à huis clos. Le Sénégal entre dans une phase plus introspective, plus stratégique.

À Tanger, ce jour-là, il ne s’est pas passé grand-chose aux yeux du public. Mais pour qui sait regarder, tout s’est joué là : dans l’intensité mesurée, l’humilité après la victoire, la conviction que cette CAN se gagnera autant dans l’ombre des terrains d’entraînement que sous les projecteurs des stades. Et c’est souvent ainsi que naissent les grandes équipes.

Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial à Tanger

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