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Ligue 1 : Ajel ou la difficulté à conclure

Dans le football, tout va vite. Les supporters d’Ajel en ont fait l’amère expérience ces dernières semaines. Le 15 mars, à l’issue de la 19e journée de Ligue 1, le club rufisquois semblait pourtant filer tout droit vers un premier titre historique de champion du Sénégal.

Les Rouges venaient alors de réussir un exploit retentissant en devenant la première équipe à s’imposer au stade Aline Sitoé Diatta face au Casa Sports (1-0). Mieux, ils enchaînaient une cinquième victoire consécutive et comptaient 8 points d’avance sur leur dauphin, l’US Gorée, et 10 sur leur voisin Teungueth FC. Mais moins de deux mois plus tard, ce matelas confortable a totalement fondu.

Depuis la Korité, le doute s’installe

Depuis la Korité, Ajel avance à pas tremblants. Le club a concédé trois défaites lors des six dernières journées, dont un lourd revers face à HLM (0-3), alors premier non relégable à l’époque, et une défaite inquiétante contre Dakar Sacré-Cœur (0-2), qui n’avait plus gagné depuis quatre mois. Résultat : au moment d’affronter Teungueth FC (43 points), Ajel (44 points) ne possède plus qu’une unité d’avance. Une situation inimaginable il y a encore 40 jours.

La peur de gagner, un mal bien connu

Comment expliquer un tel retournement ? Au-delà des aspects tactiques ou physiques, la réponse est aussi mentale. Les hommes de Tabane Dieng, qui n’hésitent pas à recourir à un coach mental, semblent frappés par ce que les psychologues du sport appellent la peur de gagner. Un phénomène courant chez les équipes peu habituées aux sommets.

Gagner ne se résume pas à un résultat : c’est aussi un changement de statut. Plus d’attentes, plus de pression, plus de responsabilités. Pour un groupe qui n’a jamais connu ce sacre, le cerveau peut inconsciemment freiner pour rester dans une zone de confort. Être en tête, ce n’est pas seulement une position favorable. C’est une pression nouvelle, parfois difficile à gérer.

De la poursuite à la protection

Il existe aussi un basculement psychologique fondamental : quand une équipe est derrière, elle attaque, elle ose. Lorsqu’elle est devant, elle protège. Et défendre un avantage est souvent plus stressant que courir après le score. Le jeu devient moins spontané, plus calculé. On joue pour « ne pas perdre » au lieu de jouer pour « gagner ». Les pensées parasites s’invitent : « Et si on craque ? Et si on perd tout ? » Autant d’interrogations qui éloignent les joueurs de l’instant présent, pourtant essentiel à la performance.

Des précédents qui parlent

Ce scénario n’est pas inédit, ni au Sénégal ni ailleurs. En Angleterre, Arsenal a récemment vu fondre une avance confortable en Premier League, laissant Manchester City revenir dans la course. Au Sénégal, plusieurs clubs ont connu ces fins de saison sous tension. En 2011, US Ouakam avait dominé le championnat avant de trembler au moment de conclure face au ASC Jaraaf et au Casa Sports, sans toutefois céder. Même scénario pour Diambars FC en 2013 ou Génération Foot en 2017, qui ont dû lutter jusqu’au bout pour valider leur sacre. À l’inverse, l’US Gorée a, en 2025, craqué dans le sprint final, laissant Jaraaf s’emparer du titre.

Un derby pour se libérer

Le choc de ce dimanche face à Teungueth FC pourrait bien être un tournant. Dans ce type de rencontre, la motivation est naturelle, presque instinctive. Pas besoin de longs discours : l’enjeu suffit. Et paradoxalement, c’est souvent dans ces matchs à haute intensité que les équipes en difficulté mentale se libèrent.

D’ailleurs, sur les six dernières rencontres d’Ajel, leur seule victoire est intervenue face à l’US Ouakam (1-0), alors en pleine série d’invincibilité. À l’inverse, les défaites ont été concédées contre des équipes en difficulté (HLM 3-0 ; DSC 2-0 et Stade de Mbour 1-0), preuve d’un blocage plus mental que sportif.

Silence, tension et vérité du terrain

Conscients de l’enjeu, les dirigeants ont choisi une stratégie claire : le silence et le huis clos. À quelques jours du derby, le groupe est coupé de l’extérieur, concentré sur l’essentiel.

L’objectif du titre fixé en début de saison par le président Mamadou Niang Mbaye reste à portée de main. Mais pour l’atteindre, Ajel devra retrouver ce qui faisait sa force : l’insouciance, l’audace… et surtout, les réflexes d’un gagneur. Car au bout du compte, le plus dur n’est pas toujours d’arriver au sommet. C’est d’y rester et de conclure.

Demba VARORE

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