Contribution : Ibrahima Mbaye, un butin de guerre
Dans le football moderne, il y a de ces joueurs qui surplombent le seul cadre du sportif. Ils sont arrachés, disputés, surveillés et dans une certaine mesure, ostentatoirement brandis, exposés comme un butin de guerre. Crack, pépite ou encore talent, grossièrement appelés par autant de superlatifs, ils deviennent des symboles qui portent des espoirs. Ibrahim Mbaye, jeune prodige, à seulement 17 ans, titi parisien et international sénégalais est de cette race de joueurs : celle des jeunes talents que l’on se dispute et qui portent l’espoir d’un horizon radieux.
A peine quelques foulées d’une jeune carrière dans l’infernal monde professionnel, son nom résonne, circule, attire et effraie des adversaires.
Les prémices d’une promesse
Ibrahim Mbaye est né le 24 janvier 2008, à Trappes, dans le 78, en banlieue parisienne. Dans la périphérie de la capitale française, spectre des décennies de présence de nombreuses vagues migratoires, où contrastent dénuement et excellence, le football, on le sait, occupe une place essentielle et des stars, du sport aux arts sans omettre la culture, elle en a vu naitre : Pap Ndiaye, Paul Pogba, Kylian Mbappé, Riyad Mahrez, Omar Sy entre autres. Les banlieues parisiennes, fabriquent de projets sociaux aux parcours singuliers, pour nombre d’enfants dont les parents sont issus de l’immigration, dans une totale résilience, sont des lieux de créativité.
D’une mère marocaine et d’un père sénégalais, c’est à l’ES Guyancourt, à 5 ans, que le garçon commence à jouer au football, avant de rejoindre, par la suite, le FC Versailles. Mais c’est dans les infrastructures de l’ogre parisien, le Paris Saint-Germain, où il arrive à seulement 10 ans, que le jeune se révèle. En effet, à 16 ans, il joue ses premières minutes en professionnel le 16 aout 2024, lors de la première journée du championnat de Ligue 1 face au Havre AC.
Ailier explosif, rapide et très fort dans la provocation, Ibrahim dispose cette insolence juvénile propre aux adolescents qui ne connaissent pas encore la peur. Le football qu’il pratique est porté de l’avant, instinctif, quasi brut est un rappel que l’envie du jeu devance le calcul.
Entre le Sénégal, le Maroc et la France, l’éternel imbroglio du choix de sélection des binationaux ou trinationaux
Pour de nombreux joueurs binationaux ou trinationaux liés à l’Afrique, arrive toujours ce moment où il faut choisir entre deux voire plusieurs sélections nationales. Un choix entre le pays d’origine, souvent peu connu, aux attaches fragiles et, avouons-le, moins prestigieux et le pays où ils sont nés, grandi, formés, vécus, et y ont fait toutes leurs classes de jeune. Si ces sélections, généralement européennes, ne garantissent pas forcément une carrière étincelante, leurs passeports, comme on le dit dans le jargon, offrent tout de même plus de possibilités contractuelles, dans un football qui garde encore la fracture entre le Vieux continent et le reste du monde.
Lié à la France, son pays de naissance, le Maroc, la patrie d’origine de sa maman et le Sénégal, d’où vient son papa, le choix de sélection d’Ibrahim Mbaye paraissait difficile. Mais selon le concerné, il n’en était rien : il a choisi le pays du pater, le Sénégal qu’il estime être celui du cœur. Si le Sénégal, à travers son sélectionneur, Pape Thiaw était plus mobilisé pour rafler la mise, la France paraissait, par ses médias, surprise que le garçon ait choisi, à seulement 17 ans de représenter le Sénégal, lui qui a été dans toutes les catégories de jeunes (U16, U17, U18 et U20) des Bleuets.
Quant au Maroc, qui arrive en dernière position dans cette trinité, par orgueil ou par conscience de l’incapacité de décrocher la pépite, ne revendiquera officiellement pas l’avoir approché. Mais passons. Ibrahim, qu’on le sache ou non, était dans les petits papiers de toutes ces sélections, car en réalité, dans ce capharnaüm du football mondial dans lequel les binationaux sont devenus plus que des sportifs, mais des enjeux stratégiques impliquant plusieurs facteurs au-delà du football, chaque décision sort du cadre sportif : elle est interprétée, analysée, discutée et célébrée comme une victoire ou une défaite. C’est selon.
Pour le Sénégal, dont la régularité sur la scène continentale et mondiale constitue un atout majeur dans son prestige et son attractivité, Ibrahim Mbaye est plus qu’un jeune joueur, c’est un espoir, une matérialisation d’une dynamique amorcée depuis l’arrivée de l’ancien sélectionneur Aliou Cissé sur le banc en 2015. C’est aussi la confirmation d’un pays qui travaille à, non seulement produire des talents, mais aussi à convaincre ceux de sa diaspora, de les fédérer dans un véritable projet.
Le PSG et la sélection sénégalaise, une cohérence sportive pour le développement du jeune Ibrahim Mbaye
Depuis l’arrivée du technicien espagnol, Luis Enrique, sur le banc du club de la capitale, les jeunes arrivent de plus en plus à intégrer l’équipe première. La présence de jeunes comme Ibrahim, Mayulu ou encore Njantou dans le groupe professionnel depuis au moins l’année dernière atteste de cette nouvelle politique du club où Ibrahim aura tout ce qu’il faut pour son développement. Ces jeunes symbolisent l’ambition du club à s’inscrire dans la continuité, mais aussi, ils renvoient à l’idée qu’un club de stars peut aussi être celui des racines.
Au Sénégal, avec l’arrivée de Pape Thiaw à la tête de l’équipe nationale, le projet, bien que mou, semble accorder plus de place aux jeunes dans un doux panachage avec les anciens afin de garantir un avenir meilleur.
Quoi qu’il en soit, à Paris comme à Dakar, partout, Ibrahim Mbaye est considéré comme une promesse, un diamant brut, un gigantesque projet sportif qu’il faut absolument polir et protéger. Pour le Sénégal, c’est un butin de guerre symbolique, le trophée remporté face à des sélections relativement plus installées depuis des décennies pour la France, et quelques années pour le Maroc.
Toutefois, outre ces lectures de positionnement qu’on peut projeter sur le garçon, il reste un minot, un adolescent précocement propulsé au cœur d’un football mondial exigeant, qui, parfois, peut être impitoyable avec les jeunes.
La CAN comme passerelle pour un nouveau statut
Avec la sélection sénégalaise actuellement au Maroc pour la Can, Ibrahim a fait des entrées remarquables lors des trois matchs du Sénégal. Si contre le Botswana, il affichait déjà sa force de percussion, il sauvera le Sénégal contre le bataillon de Kinshasa en étant décisif sur l’égalisation de la légende, l’éternel Sadio Mané. Ce 30 décembre 2025, dans le magnifique stade de Tanger, il sera essentiel pour le Sénégal qui luttait pour la conservation de la première place du groupe D en obtenant le penalty sur le troisième but de Pape Chérif Ndiaye.
Cette compétition, parfois méprisée et minimisée, reste l’une des plus belles du football mondial et sert de vitrine à de nombreux joueurs du continent. Pour Ibrahim Mbaye, avec à la clé de très belles prestations depuis le début, elle peut être l’étincelle qui lancera définitivement sa carrière en club comme en sélection.
Si le jeune Ibrahim Mbaye doit parvenir à la réalisation de cette immense carrière qu’on lui souhaite, ce ne sera ni parce qu’il joue pour un des plus grands clubs du monde, le PSG, ni parce qu’il est international d’une très belle sélection nationale qu’est le Sénégal. Ce sera, inévitablement, parce qu’on aura su, comme l’exige le haut niveau, le protéger, l’aider, l’encadrer, le conseiller, l’accompagner et le soutenir.
Kamou, Professeur en Amérique du Sud, Guyane






