CAN 2025 : Abdoulaye Seydou Sow décortique la forfaiture
Le ton est grave, les mots sont forts et la détermination affichée. Invité de l’émission Tête à tête sur France 24, le secrétaire général de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Seydou Sow, est longuement revenu sur la décision controversée du jury d’appel de la Confédération africaine de football d’attribuer la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert. Une décision qu’il qualifie sans détour de « forfaiture » et de « déni de justice ».
Pendant plus de dix minutes, Abdoulaye Seydou Sow a déroulé une argumentation dense, mêlant indignation, démonstration juridique et appel à une réforme profonde du football africain. Une prise de parole qui marque un tournant dans ce dossier.
« Une manipulation », « une forfaiture », « un déni de justice »
Dès les premières secondes, le ton est donné. Le dirigeant sénégalais ne cherche pas à nuancer : « C’est une manipulation. Il n’y a pas eu de justice. C’est une forfaiture. À la limite, c’est un déni de justice. »
Des mots extrêmement lourds, qui traduisent l’ampleur du choc ressenti côté sénégalais. Pour lui, la décision du jury d’appel ne repose ni sur les faits ni sur une lecture honnête des règlements.
Il va même plus loin en évoquant une logique d’influence : « On impose une puissance pour s’accaparer d’un titre. »
« Ce combat dépasse le Sénégal »
Dans son intervention, Abdoulaye Seydou Sow élargit immédiatement le débat. Pour lui, il ne s’agit pas seulement d’un litige sportif : « Ce combat n’est pas simplement un combat du Sénégal. C’est un combat de tous les pays africains, de tous ceux qui croient à la justice sportive. » Il appelle à une prise de conscience collective, estimant que cette affaire doit servir de déclencheur pour repenser la gouvernance du football africain.
« L’Afrique a besoin d’être respectée. »
L’un des passages les plus marquants de son intervention concerne la remise en cause de l’indépendance des organes de la CAF : « On va invoquer une certaine indépendance… mais cette indépendance n’est que dans les textes. Dans la réalité, les décisions sont prises ailleurs. »
Une déclaration qui suggère des influences extérieures dans le processus décisionnel. Sans désigner clairement de responsables, il instille un doute profond sur la transparence du système.
Le TAS comme dernier rempart
Face à cette situation, le Sénégal se tourne vers le Tribunal arbitral du sport, présenté comme l’ultime recours crédible : « Le Sénégal saisira la voie qui lui reste […] en croyant très fortement que le TAS maintiendra sa réputation. »
Contrairement à la CAF, cette juridiction internationale est décrite comme indépendante, sérieuse et respectée : « Jusque-là, on n’a pas grand-chose à reprocher au TAS. »
Une image catastrophique pour le football africain
Très critique, Abdoulaye Seydou Sow alerte sur les conséquences de cette affaire à l’échelle mondiale : « Aujourd’hui, l’Afrique fait la risée du monde. »
Selon lui, aucun acteur crédible du football n’a validé la décision de la CAF, ce qui renforce l’isolement de l’instance africaine.
Une défense juridique structurée sur les textes
Au-delà de l’émotion, le secrétaire général développe un argumentaire juridique précis. Il insiste sur trois piliers réglementaires :
- le code de l’arbitrage,
- le code disciplinaire,
- les règlements généraux.
Son point central : le match a été à son terme et validé par l’arbitre. « L’arbitre est le seul maître du terrain et le résultat a été homologué. »
Concernant l’épisode du retrait temporaire des joueurs : « Quitter le terrain et revenir n’a rien à voir avec un abandon. »
Il rappelle que des sanctions ont déjà été infligées :
- plus de 700 000 euros d’amende,
- suspension du sélectionneur,
- suspension de joueurs.
Pour lui, tout était juridiquement réglé. La décision du jury d’appel constitue donc une rupture avec les textes.
« On a voulu donner la coupe au Maroc »
Dans l’un des moments les plus forts de l’entretien, il accuse clairement une intention derrière la décision : « Ce qui importait, ce n’était pas la sanction. Ce qui importait, c’était de donner la coupe au Maroc. » Une déclaration directe, qui renforce l’idée d’un verdict orienté.
Abdoulaye Seydou Sow évoque des éléments troublants : « Il y a beaucoup de choses qui se sont passées […] même avant le jury d’appel. » Il laisse entendre que des révélations pourraient émerger dans les prochaines semaines, notamment autour de soupçons de corruption évoqués par les autorités sénégalaises.
Une procédure jugée irrégulière
Le dirigeant critique également la forme :
- une audience expéditive,
- l’absence de communication claire,
- une décision perçue comme déjà prise.
Patrick Motsepe sous pression, sans accusation directe
Interrogé sur le rôle du président de la CAF, Patrice Motsepe, il adopte une posture prudente mais ferme : « Nous jugeons les gens sur les actes. »
S’il affirme ne pas avoir de preuve d’un soutien au Maroc, il rappelle que : « Les décisions engagent la responsabilité de la CAF. »
Enfin, Abdoulaye Seydou Sow insiste sur la dimension symbolique du combat : « Nous ne sommes pas sur une question de trophée […] mais sur la restauration du droit et de la dignité. »
Le Sénégal refuse ainsi de réduire l’affaire à une simple perte de titre. Déterminé à aller jusqu’au bout, il conclut sur une note offensive : « Avec le TAS, on saura qui a fait quoi et les conséquences en seront tirées. »
Une crise majeure pour le football africain
Entre accusations de manipulation, bataille juridique internationale et crise de confiance envers les instances, cette affaire s’annonce comme l’une des plus marquantes de l’histoire récente du football africain. Et à travers la voix d’Abdoulaye Seydou Sow, le Sénégal affiche une ligne claire : ne rien lâcher, jusqu’à obtenir justice.
Khadim DIAKHATÉ






