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Retour sur le 31 mai 2002, le jour où le Sénégal a choqué le monde

Le Sénégal a effectivement choqué le monde, le 31 mai 2002, lors du match d’ouverture du mondial organisé en Corée et au Japon. Les « Lions » ont ainsi bouleversé la hiérarchie et déjoué tous les pronostics en battant la France, championne du monde et championne d’Europe en titre, sur le score de 1 à 0, au World Cup Stadium de Séoul. Ce jour-là, le Sénégal a surpris le monde entier. Et  la France a chuté brutalement et l’onde de choc ressentie dans les 4 coins du monde.

Les bookmakers avaient déjà enterré les « Lions »

Les défis étaient lancés. Joueur d’Auxerre à l’époque, Amdy Faye se souvient : « Dès le tirage certains ont commencé à nous chambrer, dès fois même en annonçant que nous allions prendre un score fleuve mais c’était sans compter sur notre motivation ».

Oui, certains observateurs prédisaient pour les « Lions » une claque à la française. La France dominait tous ses adversaires à cette époque : la Croatie (2-1) en demi-finale et le Brésil (3-0) en finale de Coupe du monde en 1998, le Portugal (1-0) en demi-finale et l’Italie (2-1) en finale de l’Euro 2000, l’Afrique du Sud (3-0) en match d’ouverture du Mondial 98 ; presque tous les grands pays de football avaient été victimes de la furie française.

« Le Sénégal, c’est un peu la France contre la France. De toute façon, il faut accepter le tirage et il vaut mieux finir premiers compte tenu du calendrier qui pourrait nous opposer à l’Argentine » disait Claude Simonet, le Président de la Fédération Française de Football qui se projetait déjà au second tour et tentait de trouver une voie pour échapper à l’Argentine. Hélas la machine française ne décollera même pas dans ce mondial.

Les Bleus étaient champions du monde en 1998 et champions d’Europe en 2000.

Et cette puissance mondiale du football allait jouer contre une équipe du Sénégal 79e au classement FIFA et qui se qualifiait à un mondial pour la toute première fois.

Les pronostics étaient faits et les bookmakers ne donnaient aucune chance au Sénégal face à la puissance française du légendaire Zinédine Zidane, même si ce dernier n’a pu jouer ce match d’ouverture de la XVII Coupe du monde.

Et Bouba Diop fit entrer le Sénégal dans la légende

Séoul, terre bénie du sport sénégalais ! Le 31 mai 2002, au World Cup Stadium, les Lions font tomber la France, championne du monde. À 20 km de là, au-delà du fleuve Han, le stade olympique avait déjà vu Amadou Dia Ba entrer dans l’histoire en 1988, remportant sur 400 m haies la médaille d’argent aux Jeux Olympiques. Quatorze ans d’écart, deux exploits, une même ville et les mêmes sensations.

Et dans la confrontation avec la France, le Sénégal ne s’est pas laissé impressionné par les hommes de Roger Lemerre. Au contraire la bande à El Hadji Diouf a très tôt pris le taureau par les cornes. Bien présents, solidaires et ne laissant aucun espace d’épanouissement aux Français, le Sénégal a sorti le grand jeu et bien utilisé ses armes. Après 30 minutes de jeu, Dakar explose de joie, le Sénégal vibre de bonheur et l’Afrique solidaire apprécie avec fierté la réussite d’un de ses dignes représentants en Coupe du monde. Sur un centre de Diouf, Pape Bouba Diop trompe Barthez. Un à zéro pour le Sénégal, la France est à terre.

« C’était génial de marquer. J’ai toujours rêvé, de marquer contre les champions du monde », déclarait le milieu de terrain après le match.

Pourtant le Sénégal joue pour la première fois un match en Coupe du monde, match d’ouverture en plus avec des joueurs inexpérimentés dans cette compétition mais très talentueux, motivés et déterminés à montrer au monde entier qu’ils ne sont pas en Orient pour admirer le pays du matin calme. Mais ils sont à Séoul pour perpétrer une tradition, commencée depuis les J.O de 88, celle de créer un exploit retentissant et c’est réussi d’emblée mais l’histoire ne faisait que commencer.

Un match si particulier

Soudain on ne parla que du Sénégal. Et l’on se posa même des questions sur ce pays, son histoire dans le monde du ballon rond et sur sa Géographie. Le monde se demanda comment un novice peut-il faire tomber une puissance qui était en train de régner sur le monde football. Surtout il fallait essayer de comprendre quelle stratégie a permis de museler la puissance offensive française, étant donné que dans leurs rangs, les tricolores avaient le meilleur buteur de Ligue 1 (Djibril Cissé), de Serie A (David Trezeguet) et de Premier League (Thierry Henry).

Au-delà de cette différence de niveau qui finalement n’était visible que sur le papier, la confrontation revêtait d’autres caractères particuliers.

Parmi ceux-ci la nationalité du sélectionneur du Sénégal, feu Bruno Metsu. Ce français qui avait mené le Sénégal en finale de CAN, quelques mois avant le mondial, avait bâti la stratégie qui allait faire tomber son pays d’origine au profit de son pays d’accueil. À la fin du match, il dira : « Ce match on l’avait rêvé, on l’a préparé et on l’a réalisé. C’est une grande satisfaction pour tout le monde et pour tous les joueurs »

Revenant sur la stratégie préparée par Metsu, Ferdinand Coly déclarait : « Nous avions un plan à respecter : être solide derrière, vite récupérer le ballon, et se projeter vers l’avant, avec Diouf ».

Dautre part, les 11 joueurs sénégalais qui ont fait tomber les bleus évoluaient tous dans le championnat français en mai 2002.

Parmi les 23 « Lions » seul deux n’ont pas joué en France (Kalidou Cissokho et Oumar Diallo) et le reste avait grandi au Football chez leurs adversaires de ce 31 mai 2002. Diouf était joueur à Lens, Fadiga à Auxerre, Cissé au PSG, Diao à Sedan.

Cela leur a permis d’acquérir une culture du haut niveau : rythme, tactique, exigence physique… Et des joueurs comme Aliou Cissé pouvaient jouer pour la France mais ont choisi le Sénégal. Après le match, Cissé met en garde : « On a prouvé que nous n’étions pas des marioles incapables de discipline, et que réduire le football à l’Amérique du Sud et à l’Europe revenait à commettre un hold-up mental ».

L’histoire retiendra que tout a commencé à Séoul. Ce 31 mai 2002, le Sénégal est passé de l’ombre à la lumière. Ce n’était pas seulement un match de football. C’était un rendez-vous à ne pas manquer et les « Lions » véritable filière française ont réussi leur première en Coupe du monde, face à la France. Mieux ils iront jusqu’en quart de finale, devenant ainsi la deuxième équipe africaine à atteindre ce niveau de la compétition.

Abdoulaye Diouf

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