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DOSSIER – Que vaut vraiment la Belgique, prochain adversaire des Lions ?

Pendant près d’une décennie, la Belgique a incarné l’une des sélections les plus talentueuses de la planète. Érigée en modèle de formation et portée par une génération exceptionnelle, elle a longtemps occupé les sommets du classement FIFA sans jamais réussir à transformer son immense potentiel en titre majeur. Aujourd’hui, les Diables Rouges abordent une nouvelle étape de leur histoire. Si les visages ont changé, l’ambition, elle, demeure intacte.

Le Sénégal s’apprête donc à défier une équipe en pleine mutation, qui cherche encore à écrire son propre récit en s’appuyant sur les derniers survivants de la mythique « génération dorée ».

La naissance d’une génération qui a changé le football belge

Pour comprendre la Belgique d’aujourd’hui, il faut revenir une quinzaine d’années en arrière.

Avant l’éclosion d’Eden Hazard, Kevin De Bruyne, Romelu Lukaku, Vincent Kompany ou Thibaut Courtois, le football belge traversait l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Les Diables Rouges avaient manqué l’Euro 2008 puis la Coupe du monde 2010. Les changements d’entraîneurs se succédaient sans apporter de stabilité, tandis que le pays peinait à retrouver son rang sur la scène internationale.

Le premier à insuffler un nouvel élan fut Georges Leekens. S’il n’a pas récolté les fruits de son travail, il a profondément transformé la mentalité du groupe.

« Les Belges étaient trop sages. Ils étaient trop gentils. Nous voulions gagner. J’ai essayé de leur transmettre une véritable mentalité de vainqueur », expliquait-il plusieurs années plus tard.

À cette époque, Hazard, De Bruyne ou Lukaku n’étaient encore que de jeunes talents en construction. Leur progression n’avait rien d’évident. Kevin De Bruyne peinait à s’imposer à Chelsea, Lukaku cherchait encore sa véritable dimension, tandis que Vincent Kompany devait composer avec des blessures récurrentes.

Le véritable déclic intervient avec Marc Wilmots, premier sélectionneur à transformer ce potentiel en résultats concrets. Sous sa direction, la Belgique retrouve enfin les grandes compétitions internationales et atteint les quarts de finale de la Coupe du monde 2014 ainsi que ceux de l’Euro 2016.

L’apogée sous Roberto Martínez

Mais c’est Roberto Martínez qui donnera à cette génération son identité footballistique.

Le technicien espagnol révolutionne le jeu belge en installant une défense à trois centraux, un système parfaitement adapté aux qualités de Jan Vertonghen et Toby Alderweireld.

Les pistons deviennent essentiels dans l’animation offensive tandis que Kevin De Bruyne évolue dans une position plus libre pour alimenter Romelu Lukaku, alors au sommet de son efficacité. Eden Hazard, lui, bénéficie d’une totale liberté pour déséquilibrer les défenses adverses.

La Belgique devient alors une machine offensive, capable de dominer n’importe quelle équipe grâce à une qualité technique exceptionnelle et une profondeur d’effectif rare. Chaque poste est doublé par un joueur de très haut niveau, tandis que Thibaut Courtois sécurise les cages avec une régularité impressionnante.

Cette équipe atteint son apogée lors de la Coupe du monde 2018, où elle termine troisième après avoir éliminé le Brésil en quart de finale. Beaucoup considèrent encore cette sélection comme la meilleure de l’histoire du football belge.

Pourtant, malgré un talent exceptionnel, un reproche reviendra constamment : celui d’être davantage une addition de grandes individualités qu’un véritable collectif capable de franchir le dernier palier.

Une génération dorée qui n’a jamais trouvé son trésor

L’histoire retiendra que cette génération exceptionnelle n’a remporté aucun trophée.

Éliminée en quart de finale de l’Euro 2021, sortie dès le premier tour du Mondial 2022, éliminée dès la phase de groupes. Les Diables Rouges ont terminé à la 3e place du Groupe F avec 4 points (1 victoire, 1 nul, 1 défaite), derrière le Maroc et la Croatie puis, éliminée en huitième de finale de l’Euro 2024, la Belgique a progressivement vu son rêve s’effriter.

Les années ont fini par rattraper les cadres historiques.

Jan Vertonghen, Axel Witsel, Thomas Meunier ou Yannick Carrasco ont quitté la sélection ou sont sortis progressivement de la rotation. Kevin De Bruyne et Romelu Lukaku restent les derniers symboles d’une époque qui touche à sa fin.

Comme l’a résumé le consultant belge Alex Teklak, le défi consiste désormais à « assurer le passage de témoin ». Une mission délicate tant cette génération a marqué durablement le football belge.

Une nouvelle Belgique est en train de naître

Depuis l’échec du Mondial 2022, les Diables Rouges ont entrepris un profond renouvellement.

La sélection s’est considérablement rajeunie et de nouveaux leaders émergent progressivement.

Autour des derniers cadres gravitent désormais des joueurs comme Jérémy Doku, Loïs Openda, Charles De Ketelaere, Arthur Vermeeren, Zeno Debast, Amadou Onana ou encore Maxim De Cuyper.

Le profil de l’équipe a évolué

Moins expérimentée, sans doute moins prestigieuse sur le papier que celle de 2018, cette Belgique compense par une intensité supérieure, davantage de vitesse dans les transitions et une volonté de presser beaucoup plus haut.

Les Diables Rouges ne possèdent peut-être plus autant de stars mondiales, mais ils restent l’une des sélections les plus talentueuses d’Europe.

Une dynamique qui force le respect

Si la Belgique n’impressionne plus autant par son aura, elle retrouve progressivement une véritable solidité.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Les Diables Rouges restent sur une impressionnante série de seize rencontres sans défaite. Leur dernier revers remonte au mois de mars 2025, face à l’Ukraine (3-1).

Depuis, ils ont retrouvé une régularité qui rappelle les grandes heures de la sélection belge.

Cette dynamique confirme que la reconstruction avance plus vite que prévu et que la Belgique demeure une nation extrêmement difficile à battre.

Quels dangers pour le Sénégal ?

Face aux Lions, plusieurs secteurs seront particulièrement à surveiller.

La vitesse de Jérémy Doku dans les un contre un peut faire très mal sur les côtés.

Kevin De Bruyne, malgré les années, reste capable de casser n’importe quel bloc grâce à sa qualité de passe unique.

Romelu Lukaku demeure une référence dans la surface de réparation, où son jeu dos au but et sa puissance continuent de poser d’immenses problèmes aux défenses adverses.

Enfin, les Belges excellent dans les transitions offensives. À la moindre perte de balle, ils sont capables de projeter quatre ou cinq joueurs vers l’avant en quelques secondes.

Un défi immense… mais loin d’être impossible

Le Sénégal ne retrouvera pas la Belgique flamboyante de 2018.

En revanche, il fera face à une sélection plus équilibrée, plus disciplinée et en pleine confiance.

La magie de la génération dorée s’est peut-être estompée, mais les Diables Rouges restent une référence du football européen. Leur série d’invincibilité, la qualité de leurs jeunes talents et l’expérience des derniers cadres en font un adversaire redoutable.

Pour les Lions, l’équation est claire : il faudra réussir à contenir le talent individuel belge en exploitant les espaces que laisse encore une équipe en pleine transition.

Un défi de très haut niveau. Mais certainement pas une mission impossible.

Une phase de groupes maîtrisée, mais pas totalement rassurante

La Belgique a validé son billet pour les seizièmes de finale sans véritable frayeur, terminant sa phase de groupes avec sept points au compteur. Son parcours s’est toutefois révélé plus nuancé qu’il n’y paraît.

Les Diables Rouges ont d’abord été accrochés par une séduisante équipe d’Égypte (1-1), avant de se heurter au solide bloc défensif iranien (0-0), incapable de trouver la moindre faille malgré une domination territoriale quasi constante. Ce n’est que lors de la troisième journée que les hommes de Rudi Garcia ont pleinement déployé leur potentiel en corrigeant la Nouvelle-Zélande (5-1), décrochant ainsi la première place du groupe.

Leur parcours :

* Belgique 1-1 Égypte
* Belgique 0-0 Iran
* Belgique 5-1 Nouvelle-Zélande

Sur le plan offensif, la Belgique partage d’ailleurs un point commun avec le Sénégal : les deux sélections n’ont inscrit qu’un seul but avant la pause durant toute la phase de groupes. Celui des Belges est l’œuvre de Leandro Trossard face à la Nouvelle-Zélande.

Les autres réalisations ont été signées Kevin De Bruyne, Romelu Lukaku et Alexis Saelemaekers, auxquelles s’ajoute le but contre son camp du défenseur égyptien Mohamed Hany, provoqué par la pression offensive belge.

La patte Rudi Garcia : une équipe capable de changer de visage

Depuis son arrivée à la tête des Diables Rouges, Rudi Garcia a progressivement façonné une sélection plus adaptable sur le plan tactique.

Si la Belgique se présente généralement dans un 4-2-3-1, son organisation évolue constamment au fil des séquences. En phase de possession, elle bascule volontiers vers un 4-3-3, voire un 3-2-5 particulièrement offensif, les latéraux venant densifier les couloirs tandis que les milieux se projettent entre les lignes.

Au cœur de cette architecture demeure Kevin De Bruyne. À 34 ans, le maître à jouer belge conserve une influence considérable sur le jeu de son équipe. Sa capacité à accélérer le rythme, orienter les offensives et casser les lignes par la passe continue d’en faire l’un des cerveaux les plus raffinés de cette Coupe du monde.

Autour de lui gravitent des profils complémentaires.

Jérémy Doku incarne la menace permanente dans les un contre un. Sa vitesse d’exécution et sa faculté à éliminer son adversaire direct obligent systématiquement les défenses à se réorganiser.

À l’opposé, Leandro Trossard se distingue davantage par son efficacité. Plus discret dans la création, l’attaquant belge se montre particulièrement clinique lorsqu’une occasion se présente.

Une arme redoutable sur les phases arrêtées

S’il existe un secteur dans lequel la Belgique excelle, c’est bien celui des coups de pied arrêtés.

Les corners et coups francs représentent une véritable arme offensive, tant la qualité de service de Kevin De Bruyne se conjugue avec la puissance aérienne de joueurs comme Brandon Mechele ou Romelu Lukaku.

Le premier but inscrit face à la Nouvelle-Zélande est d’ailleurs né d’un corner parfaitement exploité après une hésitation de la défense adverse.

Face aux Diables Rouges, chaque phase arrêtée peut rapidement se transformer en occasion de but.

Le rôle décisif d’un Lukaku devenu supersub

Les années ont modifié le statut de Romelu Lukaku sans réduire son influence.

Longtemps indiscutable à la pointe de l’attaque belge, le meilleur buteur de l’histoire des Diables Rouges débute désormais régulièrement les rencontres sur le banc afin d’être utilisé comme un véritable accélérateur de fin de match.

Son apport demeure pourtant déterminant.

Face à l’Égypte, quelques instants après son entrée en jeu, sa présence dans la surface provoque le but contre son camp qui permet à la Belgique d’égaliser.

Contre la Nouvelle-Zélande, le scénario s’est répété : lancé à cinq minutes du terme, il n’a eu besoin que d’une minute pour trouver le chemin des filets avant de voir Alexis Saelemaekers clôturer le festival offensif.

À défaut d’être titulaire, Lukaku reste une arme capable de faire basculer une rencontre en quelques instants.

Une défense encore en construction

Si le potentiel offensif belge est indiscutable, l’arrière-garde suscite davantage d’interrogations.

Le départ progressif des figures historiques que furent Vincent Kompany et Jan Vertonghen a ouvert une nouvelle ère que les successeurs peinent encore à stabiliser.

Brandon Mechele, Nathan Ngoy ou Arthur Theate disposent d’indéniables qualités, mais ils n’ont pas encore été confrontés, ensemble, aux exigences d’un match à élimination directe face à une attaque du plus haut niveau.

Cette relative inexpérience s’est déjà manifestée lors du premier match contre l’Égypte, où plusieurs transitions rapides ont mis en difficulté la défense belge.

Pour une équipe comme le Sénégal, réputée pour sa puissance athlétique et sa capacité à se projeter rapidement vers l’avant, cette fragilité pourrait constituer une piste d’exploitation.

Le paradoxe belge : beaucoup de maîtrise, parfois trop peu d’efficacité

La Belgique monopolise souvent le ballon, mais cette domination ne se traduit pas toujours par une avalanche d’occasions franches.

Le match nul face à l’Iran en est la parfaite illustration.

Malgré une possession largement en sa faveur, 21 tentatives et sept frappes cadrées, les Diables Rouges n’ont jamais réussi à désorganiser le bloc iranien.

À l’issue de la rencontre, Rudi Garcia reconnaissait lui-même que son équipe avait péché dans le dernier geste, regrettant un manque de réalisme malgré une nette emprise sur le jeu.

Cette difficulté à déséquilibrer des défenses très compactes constitue aujourd’hui l’un des rares points de vigilance d’une sélection belge qui, par ailleurs, affiche une remarquable solidité.

Une équipe qui arrive lancée

Si la Belgique n’impressionne plus par la seule accumulation de stars comme il y a quelques années, elle présente aujourd’hui un autre atout : la confiance.

Autant dire que les Lions s’apprêtent à défier une sélection sûre de ses forces, riche d’un savant équilibre entre l’expérience de ses anciens et l’insouciance de sa nouvelle génération.

Khadim DIAKHATÉ

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